Compte épargne ou bourse : la vérité sur 29 ans de données

Dernière mise à jour : décembre 2025

10'000 francs suisses investis en 1996. Compte épargne ou bourse ? Vingt-neuf ans plus tard, le verdict est sans appel : 9'526 CHF d'un côté, 60'921 CHF de l'autre.

Comparaison visuelle compte épargne versus bourse suisse sur 29 ans : 10'000 francs suisses investis en 1996 valent 9'526 CHF sur compte épargne contre 60'921 CHF en bourse (SPI avec dividendes réinvestis) en 2025, illustrant la perte de pouvoir d'achat de l'épargne face à la performance boursière

La différence ? 51'395 francs. Pas une simulation. Pas une projection. Les données réelles, année après année, depuis 1996.

Le compte épargne suisse n'a pas simplement raté le train de la croissance. Il a détruit votre patrimoine en silence, pendant que l'inflation et les frais bancaires grignotaient vos économies. À côté, la bourse a multiplié votre capital par six.

Bienvenue dans la réalité chiffrée de l'épargne suisse.

Le mythe du compte épargne "sans risque"

Mars 2023. Credit Suisse s'effondre en 48 heures. L'État intervient, UBS rachète la banque : les déposants sont protégés, leurs comptes transférés. Mais si l'État n'était pas intervenu ? Si la faillite avait suivi son cours normal ? La garantie des dépôts s'arrête à 100'000 francs. Au-delà, vous êtes un créancier parmi d'autres.

Les titres déposés en bourse, eux, restent votre propriété même si votre banque coule. Ils sont séparés du bilan de la banque, transférables à un autre dépositaire. Cette protection existe par la loi, pas par la grâce de l'État.

Le compte épargne "sans risque" est un mensonge par omission. Le vrai risque n'est pas la volatilité. C'est la perte garantie de pouvoir d'achat.

1996-2010 : le début de la fin pour l'épargne

Commençons par les quinze premières années. Voici ce qui s'est réellement passé avec 10'000 francs investis en janvier 1996 :

AnnéeInflationTaux épargneSPI (bourse)Gain réel épargne
1996+0.8%2.18%-5%+1.38%
1997+0.5%1.61%+49%+1.11%
19980.0%1.34%+22%+1.34%
1999+0.8%1.19%+9%+0.39%
2000+1.6%1.56%-1%-0.04%
2001+1.0%1.34%-21%+0.34%
2002+0.6%1.03%-27%+0.43%
2003+0.6%0.53%+22%-0.07%
2004+0.8%0.51%+7%-0.29%
2005+1.2%0.46%+35%-0.74%
2006+1.1%0.52%+18%-0.58%
2007+0.7%0.74%+2%+0.04%
2008+2.4%0.83%-34%-1.57%
2009-0.5%0.41%+20%+0.91%
2010+0.7%0.35%+8%-0.35%
Cumul 1996-2010+13%+16%+114%+2.5%

Bilan sur 15 ans : le compte épargne a rapporté 2.5% après inflation. La bourse ? +114%. Malgré deux krachs majeurs (2001-2002, 2008), malgré la volatilité, malgré tout. Les 10'000 francs de 1996 valent désormais 21'400 CHF en bourse, contre 10'250 CHF sur le compte épargne.

Mais le pire restait à venir.

2011-2025 : quinze ans d'agonie pour l'épargne

Janvier 2011. La Banque nationale suisse commence sa longue marche vers des taux d'intérêt négatifs. Le compte épargne suisse entre dans son âge de glace.

AnnéeInflationTaux épargneSPI (bourse)Gain réel épargne
2011-0.7%0.29%-7.7%+0.99%
2012-0.4%0.23%+17.7%+0.63%
2013+0.1%0.19%+24.6%+0.09%
2014-0.3%0.15%+13.0%+0.45%
2015-1.3%0.07%+2.7%+1.37%
2016-0.4%0.05%-1.4%+0.45%
2017+0.8%0.05%+19.9%-0.75%
2018+0.7%0.04%-8.6%-0.66%
2019+0.2%0.03%+30.6%-0.17%
2020-0.8%0.03%+3.8%+0.83%
2021+1.5%0.02%+23.4%-1.48%
2022+2.8%0.10%-16.5%-2.70%
2023+1.7%0.76%+6.1%-0.94%
2024+0.6%0.42%+6.2%-0.18%
2025+0.3%0.25%+15.6%-0.05%
Cumul 2011-2025+4.8%+2.7%+209%-2.0%

Regardez attentivement la dernière colonne. Le gain réel du compte épargne. Négatif sur 11 des 15 dernières années.

De 2017 à 2024, le compte épargne a perdu contre l'inflation tous les ans, sauf en 2020. Pendant ce temps, la bourse encaissait les chocs (2018, 2022) mais continuait sa progression : +209% sur la période.

Le taux d'épargne ? Tombé à 0.02% en 2021. Deux centimes par an sur 100 francs déposés. Le compte épargne suisse était devenu un hospice pour capital en fin de vie.

Le calcul final : ce que vous avez vraiment perdu

Reprenons nos 10'000 francs de 1996. Fin 2025, après 29 ans de fidélité au compte épargne, voici le bilan réel :

Compte épargne

  • Capital brut : 10'528 CHF (intérêts cumulés sur 29 ans)
  • Frais bancaires : -870 CHF (30 CHF/an en moyenne)
  • Impôts sur intérêts : -132 CHF (taux marginal 25%)
  • Capital net : 9'526 CHF
  • Pouvoir d'achat 2025 : 9'087 CHF

Vous avez perdu 913 francs en pouvoir d'achat. Votre argent "sécurisé" s'est évaporé pendant que vous dormiez.

Bourse (SPI avec dividendes réinvestis)

  • Capital brut : 71'233 CHF (performance +612% sur 29 ans)
  • Frais ETF/courtage : -2'566 CHF (0.10% TER + frais d'entrée)
  • Impôts dividendes : -7'747 CHF (3% yield moyen, taux 25%)
  • Capital net : 60'921 CHF
  • Pouvoir d'achat 2025 : 58'117 CHF

Gain net en pouvoir d'achat : +48'117 francs.

L'écart entre les deux stratégies ? 51'395 francs. Parti en fumée parce qu'on vous a dit que le compte épargne était "sûr".

Le pouvoir du temps : 1996-2025 en perspective

Vingt-neuf ans d'histoire boursière. Voici ce que vos 10'000 francs ont traversé :

  • 2000-2002 : Éclatement de la bulle internet (-45% sur deux ans)
  • 2008 : Crise financière mondiale (-34% en un an)
  • 2011 : Crise de la dette européenne (-8%)
  • 2015 : Abandon du taux plancher EUR/CHF (volatilité extrême)
  • 2018 : Guerre commerciale USA-Chine (-9%)
  • 2020 : Pandémie COVID-19 (chute de 30% en mars, récupération complète en 6 mois)
  • 2022 : Inflation post-COVID, guerre en Ukraine (-17%)
  • 2023 : Effondrement de Credit Suisse

Huit crises majeures. Le compte épargne s'en est "protégé". La bourse les a toutes traversées. Résultat ? La bourse a multiplié votre capital par 6, le compte épargne l'a détruit.

Le temps n'est pas l'ami du compte épargne. C'est son fossoyeur.

La sécurité est une illusion, le risque est dans l'inaction

Le vrai risque n'est pas la volatilité du marché. C'est l'érosion silencieuse de votre patrimoine sur un compte qui rapporte 0.25% pendant que l'inflation tourne à 1-2% par an.

Vos dépôts ne sont pas garantis au-delà de 100'000 francs. Vos actions, elles, restent votre propriété même si la banque coule. La "sécurité" du compte épargne est un mythe marketing.

Le SPI suisse, l'indice qui regroupe l'ensemble des actions du marché suisse, a délivré un rendement annuel moyen de 7.7% sur les 29 dernières années. Dividendes réinvestis, c'est la force tranquille des entreprises suisses qui travaille pour vous : Nestlé, Roche, Novartis, ABB, Zurich Insurance...

Pas besoin de timing parfait. Pas besoin de stock-picking. Un ETF sur le SPI, des versements réguliers, et le temps fait le reste.

Ce que vous devez faire maintenant

Si vous avez encore de l'argent qui dort sur un compte épargne, vous perdez 1 à 2% par an en pouvoir d'achat. C'est une hémorragie lente et garantie.

Trois étapes pour arrêter l'hémorragie :

  1. Gardez 3 à 6 mois de dépenses sur votre compte courant. C'est votre coussin de sécurité pour les imprévus. Le reste ne devrait jamais dormir sur un compte épargne.
  2. Investissez le surplus dans un portefeuille diversifié d'ETF.
  3. Automatisez vos versements mensuels. 500 francs par mois pendant 20 ans à 7% de rendement moyen ? 262'000 francs. Le même montant sur un compte épargne ? 122'000 francs. Différence : 140'000 francs.

Le compte épargne appartient au passé. Votre avenir financier se construit en bourse.

Vous voulez construire un portefeuille efficace ? J'ai documenté ma propre stratégie d'investissement, celle qui m'a permis d'atteindre l'indépendance financière. ETF, allocation d'actifs, rééquilibrage : tout est détaillé sur ma page Portefeuilles.

Sources

Office fédéral de la statistique (OFS)

Banque nationale suisse (BNS), données historiques de marché SPI Total Return


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7 réflexions sur “Compte épargne ou bourse : la vérité sur 29 ans de données”

  1. Merci pour ce calcul qui m’a interpellée.

    Tout d’abord, comment un investisseur disposant de SFr.10000 pouvait-il accéder à la performance du SPI, qui nécessite d’investir dans 230 valeurs différentes de façon pondérée, sans passer par un fond géré par un établissement financier qui se serait largement servi les plus-values au passage, et sans y perdre en frais de courtage loin d’être négligeables s’il y allait en direct – je ne suis même pas sûre que le trading en ligne était possible en 1996 en Suisse?

    Cet investisseur avait en fait une autre option minimisant le risque (du moins à l’époque), utilisant indirectement la gestion financière de professionnels mais gratuitement, et qui lui aurait rapporté entre SFr. 16000 et 20000 selon son taux marginal d’imposition, net de frais d’investissement et non imposés sur la fortune ni sur les intérêts (contrairement au compte épargne)…

    Je suppose simplement qu’au décès de sa grand-mère notre investisseur était encore actif et donc probablement salarié, et qu’il avait la possibilité de racheter SFr.10000 de sa caisse de pension en 1996. Certes, les retraits sont limités mais pour se constituer une bonne épargne logement ou retraite, c’était l’idéal! Et avec un taux marginal d’imposition de 30% (je crois de mémoire que cela va jusqu’à 45%), SFr. 3000 d’économies d’impôts se font sur le rachat… à réinvestir (et je croyais jusqu’à récemment que c’était plafonné, mais cf Hildebrand…)

    Enfin, si notre investisseur avait eu l’occasion de combiner cette somme avec sa propre épargne pour acheter un bien immobilier, là il aurait fait beaucoup mieux. +50 en moyenne Suisse, +100% (doublement de la mise!) sur l’arc lémanique rien que de 2001 à 2011.

    Tout cela peut être bien sûr combiné… c’est d’ailleurs ce qui me motive à musarder ici pour comprendre les différents investissements possibles (merci pour ce site bien pédagogique)

    1. Petite correction (j’ai oublié le renchérissement dans mon calcul trop rapide avec les taux LPP depuis 1996) – il reste en gros 14000 de base + l’économie fiscale qu’on peut estimer entre 1000 et 5000 francs à la louche.

      1. Bonjour Capucine et merci pour ces compléments d’information bien complets.

        J’aurais pu être plus précis en effet sur la méthode, mais le but de l’article se voulait plus un brin provocateur par rapport au compte épargne. Effectivement d’autres solutions existent comme l’immobilier que vous mentionnez.

        Les ETF n’existaient pas en 1996 à ma connaissance mais ils pourraient actuellement constituer une des possibilités d’investir sur un indice à moindres frais (courtage et gestion).

        Concernant la caisse de pensions, le rachat est possible, mais à ma connaissance il est limité à la couverture d’assurance éventuellement lacunaire. C’est par contre effectivement déductible fiscalement. Par contre il y a une confusion, ou alors je ne comprends pas bien, lorsque vous parlez de rachat, puis de retrait. Le rachat est déductible, mais le retrait est imposé. Pouvez-vous préciser svp ?

        Pouvez-vous aussi expliquer ce que vous entendez par l’utilisation « indirectement de la gestion financière de professionnels, mais gratuitement ».

        Encore merci pour votre commentaire de qualité.

  2. Un super billet contre les détracteurs de la Bourse.

    Par ailleurs, le gouvernement français n’aime pas la Bourse car il va bientôt adopter une taxe sur les transactions financières seulement sur les achats de titres ou actions dont le siège social est en France.

    1. Merci pour ton commentaire.

      Je ne sais pas que penser de cette taxe… l’intention peut être bonne, car il est clair que ce sont les hedge funds, les banques irresponsables et leurs traders déconnectés de toute réalité qui sont responsables du marasme financier, économique et social dans lequel on vit. Ils doivent donc payer pour cela. Finalement pour les investisseurs à long terme cette taxe n’a aucune incidence car leurs mouvements sont faibles.

      Mais d’un autre côté je me dis que tant que tous les Etats ne l’instaureront pas, les requins de la finance trouveront toujours un moyen de ne pas s’en acquitter. Et puis, également, je pense que les Etats eux-mêmes doivent se responsabiliser. Ce n’est pas en instaurant plus de taxes, en faisant la chasse aux sorcières et aux soit-disant paradis fiscaux qu’ils vont régler leurs problèmes. Il faut commencer par faire un grand coup de balai dans les hautes sphères de l’Etat, il y a trop de gens qui sont payés pour ne rien faire, ou pire, pour faire des conneries…

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