Dernière mise à jour : décembre 2025
Le Price-Earnings Ratio (PER) est bien plus qu'un simple indicateur de valorisation : c'est un véritable baromètre des attentes et de la psychologie collective des investisseurs. Comprendre cette dimension psychologique vous permettra de mieux appréhender les cycles de marché et d'éviter les pièges des valorisations extrêmes.

Le PER : rappel des fondamentaux
Le PER compare le cours d'une action au bénéfice par action. Un PER de 15 signifie que vous payez 15 euros pour chaque euro de bénéfice annuel généré par l'entreprise. C'est l'indicateur le plus suivi par la masse des investisseurs, même s'il présente certes des avantages, mais aussi beaucoup de défauts.
La moyenne historique du PER du S&P 500 se situe autour de 16-17. En décembre 2025, le marché américain affiche un PER de 24-25, soit environ 50% au-dessus de sa moyenne historique. Cette différence n'est pas anodine : elle révèle des attentes très élevées quant aux bénéfices futurs des entreprises.
Le PER comme baromètre psychologique
Lorsqu'un titre prend de la valeur, deux mécanismes peuvent être à l'œuvre. Soit le bénéfice progresse et le prix s'ajuste pour maintenir un PER relativement constant. Soit les investisseurs sont prêts à payer plus cher parce qu'ils anticipent une forte croissance future. Dans ce second cas, le PER grimpe.
Cette dynamique crée souvent une spirale autoréalisatrice lors des marchés haussiers : les bénéfices progressent, mais le PER augmente encore plus vite parce que de plus en plus d'investisseurs parient sur un avenir toujours meilleur. Le ratio CAPE de Shiller (qui lisse les bénéfices sur 10 ans) illustre parfaitement ce phénomène : fin 2024, il atteignait 37.94 contre une moyenne historique de 17.19.
Attentes élevées, déceptions amplifiées
Plus le PER est élevé, plus les attentes sont importantes. Imaginons une entreprise technologique au PER de 40. Le marché anticipe non seulement une forte croissance, mais aussi une accélération de cette croissance. Dans ce contexte, même des résultats conformes aux prévisions peuvent décevoir et faire chuter le titre. Il faut aligner les bonnes surprises trimestre après trimestre pour justifier une telle valorisation.
Fatalement, ce niveau d'excellence devient insoutenable. Lorsque les bénéfices tombent en dessous des attentes, ou même simplement lorsqu'ils ralentissent, la correction peut être brutale. Les investisseurs réalisent qu'ils ont payé un prix élevé pour une croissance qui ne se matérialisera pas au rythme espéré.
Attentes faibles, potentiel de surprise élevé
À l'inverse, une entreprise au PER de 8 n'inspire pas de grandes attentes. Le marché la considère comme mature, cyclique, ou en difficulté. Dans ce contexte, même des résultats médiocres ont peu d'impact sur le cours. Le titre est déjà valorisé en conséquence.
En revanche, le "risque" de bonne surprise est beaucoup plus élevé. Un retournement de situation, une amélioration opérationnelle, ou simplement un retour à la normale peuvent déclencher une forte hausse. Le cours a beaucoup plus de marge de progression car les attentes étaient au plus bas.
| Critère | PER élevé (>20) | PER faible (<10) |
|---|---|---|
| Attentes du marché | Très élevées, croissance forte anticipée | Faibles, entreprise mature ou en difficulté |
| Réaction aux résultats | Forte volatilité, déception facile | Résilience, bonnes surprises possibles |
| Marge de sécurité | Faible, prix déjà élevé | Élevée, prix décoté |
| Potentiel de hausse | Conditionné à l'excellence continue | Important si situation s'améliore |
| Risque de baisse | Élevé en cas de déception | Limité, déjà anticipé |
| Profil investisseur | Growth, appétit pour le risque | Value, recherche de marge de sécurité |
Les leçons de l'histoire
La bulle internet (1995-2000)
Le ratio CAPE du S&P 500 a atteint son record historique à 44.19 lors de la bulle internet. Les investisseurs payaient plus de 40 fois les bénéfices moyens des entreprises, pariant sur une révolution technologique qui justifierait n'importe quelle valorisation. Lorsque la bulle a éclaté en 2000, la décennie 2000-2009 est devenue la seule décennie négative de l'histoire moderne du S&P 500 avec -9.1% de performance totale.
La situation en 2025
Avec un PER de 24-25 et un CAPE à 37.94, le marché américain affiche des valorisations proches des niveaux de la bulle internet. Cette fois, l'optimisme porte sur l'intelligence artificielle et l'innovation technologique. Les 7 plus grandes entreprises technologiques représentent environ 32% de l'indice S&P 500. Ces valorisations reflètent des attentes très élevées qui devront être validées par les performances futures.
Les enseignements pour l'investisseur value
L'histoire boursière démontre que les actions à faibles valorisations surperforment sur le long terme. Ces surperformances s'expliquent précisément par la dynamique psychologique décrite dans cet article. Les titres à PER faible intègrent des attentes réduites. Toute amélioration, même modeste, est vue comme une bonne surprise. À l'inverse, les titres à PER élevé sont sous pression constante pour délivrer une croissance exceptionnelle.
Cette approche value, popularisée par Benjamin Graham et appliquée avec succès par Warren Buffett, repose sur un principe simple mais puissant : acheter la qualité à prix décoté. Plutôt que de payer 25 fois les bénéfices en espérant une croissance future hypothétique, concentrez-vous sur des entreprises rentables valorisées à 8-12 fois leurs bénéfices.
Questions fréquentes
Un PER élevé signifie-t-il toujours qu'une action est surévaluée ?
Pas nécessairement. Un PER élevé peut être justifié par de fortes perspectives de croissance. Cependant, il reflète des attentes importantes qui devront être confirmées par les résultats futurs. Le risque est que ces attentes ne se matérialisent pas, entraînant une correction du cours.
Un PER faible est-il toujours une bonne affaire ?
Non, certaines entreprises ont un PER faible pour de bonnes raisons : déclin structurel, problèmes de gouvernance, endettement excessif. Il est essentiel de vérifier que les fondamentaux sont sains (rentabilité, génération de cash-flow, bilan solide) avant d'investir dans une action à PER faible.
Comment utiliser le PER dans ma stratégie d'investissement ?
Le PER doit être utilisé en complément d'autres indicateurs (Price-to-Book, rendement du dividende, ROE, qualité du management). Privilégiez les entreprises rentables à PER modéré (8-15) dans des secteurs que vous comprenez, plutôt que de payer des valorisations extrêmes en pariant sur une croissance incertaine.
Quel est le bon niveau de PER ?
Cela dépend du secteur et du contexte économique. Historiquement, un PER entre 10 et 20 est considéré comme raisonnable pour des entreprises matures.
Conclusion
Le PER est bien plus qu'un simple ratio financier : c'est le reflet des espoirs et des craintes de millions d'investisseurs. Comprendre sa dimension psychologique permet d'éviter les pièges des valorisations extrêmes et d'exploiter les opportunités créées par des attentes déraisonnablement basses.
Plutôt que d'espérer des résultats futurs hypothétiques, concentrez-vous sur la réalité du présent. Achetez des entreprises rentables à des prix raisonnables, avec une marge de sécurité confortable. Cette approche, moins glamour que la quête de la prochaine pépite technologique, a fait ses preuves sur un siècle d'histoire boursière.
Comme disait Sénèque : "Le plus grand obstacle à la vie est l'attente, qui espère demain et néglige aujourd'hui".
Sources et données
- O'Shaughnessy, James (1996) : "What Works on Wall Street" - Études de performance 1951-1996
- Fama, Eugene F. et French, Kenneth R. : Recherches sur les facteurs de performance value vs growth
- Oppenheimer, Harry (1986) : Étude NYSE/AMEX 1970-1983
- Julius Baer - Analyse de valorisation S&P 500
- Finance Aces - S&P 500 : une bulle spéculative ?
- KRYOS - Performance historique du S&P 500 sur 50 ans
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Excellent article! D’un côté un PER élevé signifie en effet des attentes élevées, voir trop élevées, et le risque de déception est relativement important. D’un autre côté, on constate qu’un PER élevé signifie généralement que les investisseurs ont identifié une société de grande qualité et sont prêts à payer une prime – le plus souvent à juste titre.
Les qualités d’un Givaudan justifient par exemple un PER deux fois plus élevé que pour Adecco. Les attentes pour Givaudan sont certes plus élevées, mais la pratique montre qu’une telle entreprise les remplit bien plus souvent qu’une autre telle qu’Adecco.
Enfin, il ne faut pas oublier que le PER (comme tout autre ratio) n’est pas une valeur figée dans le temps. Un PER 2019 de 25 n’est par exemple pas forcément exagéré si l’année d’après les bénéfices augmentent de 20%, ramenant ainsi mécaniquement le PER 2020 à 20.
Juste. La qualité a un prix. Reste à savoir lequel. Tout est affaire de proportions, de rapport qualité/prix.
On peut acheter en effet trop cher une entreprise avec un PER de 10 parce que son FCF diverge des bénéfices, parce que ses concurrents sont meilleurs qu’elle, parce que son domaine est obsolète, parce que son personnel est dépassé, ou pour x autres raisons. On peut acheter bon marché aussi une entreprise avec un PER de 25 parce que les actifs valent plus que la capitalisation, parce que l’entreprise passe juste une mauvaise période, parce que le FCF est énorme, ou pour x autres raisons.
Si on en revient à la comparaison avec U2 c’est pareil. On est ok pour mettre le prix. Il est normal d’aligner les billets pour un groupe qu’on connaît et qui a fait ces preuves depuis des décennies. Souvent, on trouve exactement ce qu’on recherche. Une belle soirée, un public chaud, de la bonne musique et de jolis effets. On n’est rarement surpris, ni en bien, ni en mal. C’est du U2 quoi, dans toute sa splendeur. On ne s’attend à rien d’autre.
Mais si ça devait foirer, on serait fortement déçus parce que nos attentes sont au moins aussi élevées que le prix qu’on y a mis.
Dans le même genre d’idées, si le guitariste du groupe local a trop carburé au Fendant, ça va nous casser les oreilles et on risque d’aller boire notre prochaine bière ailleurs. Nos attentes sont tellement insignifiantes avec le groupe local, que notre risque est assez faible. Au contraire, les chances de bonne surprise sont assez importantes.
Tout est question de proportion donc, mais aussi de probabilités. Notre risque est forcément plus élevé avec un PER plus haut.
Merci pour cet article.
Le problème avec le PER, c’est qu’il correspond au présent et ne constitue pas une garantie pour l’avenir. Alors, effectivement, plus il est élevé plus le risque de déception -et donc de perte sur la valeur de l’action- l’est aussi.
Par ailleurs, l’époque que l’on vit est bien étrange. Les banques centrales ayant créé beaucoup de liquidités depuis 2008 et les taux d’intérêts bas voire négatifs faisant leur effet, la masse monétaire se place où elle peut, si ce n’est pour gagner au moins pour tenter si possible de ne pas perdre. C’est l’un des facteurs qui fait que les marchés sont au plus haut et déconnectés d’une certaine réalité. L’investisseur place pour placer et tant pis pour les PER élevés et autres indicateurs au rouge. Comment cela va-t-il finir?
Par une belle grosse pétée comme chaque fois. La planète finance souffre d’amnésie…