Dernière mise à jour : janvier 2026
Acheter une action la veille du versement d'un dividende, empocher le paiement, puis revendre quelques jours plus tard : la capture de dividendes semble une stratégie idéale pour générer des revenus rapides sans engagement à long terme. Des plateformes spécialisées proposent même des calendriers détaillés et des outils de sélection pour identifier les meilleures opportunités chaque semaine.

Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache une réalité bien différente. Entre l'ajustement systématique des cours boursiers, les frais de transaction et les implications fiscales, cette tactique se révèle nettement moins rentable qu'elle n'y paraît. Explications détaillées sur le fonctionnement de cette stratégie et sur les raisons pour lesquelles elle déçoit généralement les attentes.
Qu'est-ce que la capture de dividendes ?
La capture de dividendes est une stratégie d'investissement à très court terme qui vise à percevoir le dividende d'une action sans la conserver sur le long terme. L'investisseur achète le titre quelques jours avant la date ex-dividende, devient éligible au paiement, puis revend l'action dès que possible après cette date.
Cette approche s'oppose diamétralement à l'investissement en dividendes traditionnel, où l'actionnaire détient ses positions pendant des années pour bénéficier d'une croissance régulière des versements et d'une appréciation du capital.
Les quatre dates essentielles à connaître
Toute stratégie de capture repose sur la compréhension précise du calendrier des dividendes. Quatre dates structurent ce processus :
Date de déclaration : le conseil d'administration annonce officiellement le montant du dividende et les dates clés associées. Cette information déclenche souvent une légère hausse du cours en anticipation du versement.
Date ex-dividende : point central de toute stratégie de capture. À partir de cette date, l'action se négocie "ex-dividende", c'est-à-dire sans droit au prochain versement. Pour être éligible au dividende, vous devez posséder l'action avant cette date. Si vous achetez le jour même ou après, vous devrez attendre la distribution suivante.
Date d'enregistrement (record date) : généralement le jour ouvrable suivant la date ex-dividende. C'est la date à laquelle la société identifie officiellement les actionnaires éligibles au paiement.
Date de paiement : le dividende est effectivement versé sur votre compte, typiquement 2 à 4 semaines après la date ex-dividende.
Le mécanisme théorique de la capture
En théorie, la stratégie paraît imparable. Vous identifiez une action versant un dividende substantiel, disons 2.50 francs par action. Vous l'achetez à 100.00 francs la veille de la date ex-dividende. Le lendemain, vous êtes éligible au dividende de 2.50 francs. Vous attendez quelques jours que le cours se stabilise, puis vous revendez.
Si vous parvenez à revendre à 100.00 francs ou plus, vous empochez le dividende net d'impôts. Multipliez cette opération sur plusieurs actions chaque semaine, et vous créez théoriquement un flux de revenus régulier.
Cette vision simplifiée néglige toutefois un mécanisme fondamental des marchés financiers.
Pourquoi l'ajustement du cours annule les gains potentiels
Le principe central qui fait échouer la plupart des tentatives de capture est l'efficience des marchés. Dans un marché fonctionnant normalement, le cours d'une action s'ajuste automatiquement à la baisse d'un montant approximativement égal au dividende versé dès la date ex-dividende.
L'ajustement automatique du marché
Prenons un exemple concret. L'action XYZ clôture à 50.00 francs la veille de la date ex-dividende et verse un dividende de 0.70 francs. Le jour de la date ex-dividende, toutes choses égales par ailleurs, l'action devrait ouvrir aux alentours de 49.30 francs (50.00 - 0.70).
Cette baisse n'est pas une anomalie : elle reflète simplement le fait que la société vient de distribuer une partie de ses liquidités. Les nouveaux acheteurs, qui n'auront pas droit à ce dividende, ne sont pas prêts à payer le prix plein.
Dans notre exemple, si vous avez acheté à 50.00 francs et que l'action ouvre à 49.30 francs, votre position affiche une perte latente de 0.70 francs... exactement le montant du dividende que vous allez percevoir. Le gain net avant impôts est nul.
Le temps de récupération (recovery time)
La stratégie ne devient rentable que si le cours remonte rapidement vers son niveau d'avant ex-dividende. Les praticiens de la capture suivent attentivement le "recovery time" : le nombre de jours nécessaires pour que l'action retrouve son cours d'avant dividende.
Des données récentes de 2025 montrent des durées très variables selon les titres. Bank of America (BAC) affichait un temps de récupération de 6.1 jours pour un dividende de 0.26 dollars, tandis que Trane Technologies (TT) ne nécessitait que 0.8 jour. Target Corporation (TGT) présentait un recovery time de seulement 1.4 jour pour un rendement de 4.30%.
Mais cette récupération rapide est l'exception, pas la règle.
Les coûts cachés qui érodent la rentabilité
Frais de transaction
Chaque achat et chaque vente génèrent des frais de courtage. Même avec les courtiers en ligne les moins chers, une opération aller-retour peut coûter entre 10.00 et 30.00 francs selon les montants investis et les plateformes.
Sur une position de 5'000.00 francs générant 50.00 francs de dividende brut, des frais de 20.00 francs représentent déjà 40% du revenu potentiel avant même de considérer la fiscalité.
Risque de marché pendant la détention
Contrairement à l'idée reçue selon laquelle vous ne détenez l'action que quelques jours, vous restez exposé au risque de marché pendant toute la période de récupération. Si le secteur de l'action subit une correction, si la société annonce une mauvaise nouvelle, ou si le marché global chute, votre perte peut largement excéder le dividende perçu.
Durant les périodes de volatilité élevée, comme celles observées en mars 2025 lors des turbulences liées aux politiques commerciales américaines, les temps de récupération s'allongent considérablement. Une stratégie conçue pour quelques jours peut vous laisser exposé pendant plusieurs semaines.
Impact fiscal substantiel
La fiscalité des dividendes varie considérablement selon votre pays de résidence, mais elle représente systématiquement un coût important qui réduit drastiquement la rentabilité de la capture.
Fiscalité des dividendes en Suisse
Impôt anticipé de 35%
En Suisse, tous les dividendes versés par des sociétés suisses sont soumis à un impôt anticipé de 35%. Sur un dividende brut de 100.00 francs, vous ne recevez que 65.00 francs sur votre compte.
Heureusement, cet impôt est entièrement récupérable pour les résidents suisses qui déclarent correctement leurs revenus. Lors de votre déclaration d'impôt annuelle, vous indiquez le montant brut du dividende (100.00 francs dans notre exemple) dans le formulaire d'état des titres. L'administration fiscale vous créditera alors les 35.00 francs d'impôt anticipé, soit en les déduisant de votre dette fiscale, soit en vous les remboursant directement.
Le dividende brut est ensuite imposé comme revenu ordinaire selon votre taux marginal d'imposition cantonal et fédéral.
Gains en capital exonérés
Point crucial pour la stratégie de capture : en Suisse, les gains en capital réalisés sur la vente d'actions sont généralement exonérés d'impôt pour les particuliers. Si vous achetez une action à 100.00 francs et la revendez à 102.00 francs quelques jours plus tard, les 2.00 francs de plus-value ne sont pas imposés.
Cette spécificité rend la stratégie théoriquement plus attractive en Suisse qu'ailleurs, puisque seul le dividende est imposable, pas le potentiel gain sur la revente. Mais attention : si vos opérations sont trop fréquentes et systématiques, l'administration fiscale pourrait vous requalifier en "négociant professionnel en titres", auquel cas tous vos gains deviendraient imposables.
Fiscalité des dividendes en France
Prélèvement Forfaitaire Unique (flat tax) de 30%
Depuis 2018, les dividendes français sont par défaut soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), communément appelé flat tax, au taux global de 30%. Cette imposition se décompose en deux parts :
12.8% d'impôt sur le revenu : prélevé automatiquement à la source lors du versement du dividende sous forme d'acompte non libératoire, puis régularisé lors de la déclaration annuelle.
17.2% de prélèvements sociaux : incluant 9.2% de CSG, 0.5% de CRDS et 7.5% de prélèvement de solidarité.
Sur un dividende brut de 100.00 euros, vous conservez donc 70.00 euros après imposition. Pour une stratégie de capture visant des rendements faibles (1% à 2% par opération), cette fiscalité absorbe une part considérable du gain potentiel.
Option pour le barème progressif
Les investisseurs peuvent opter pour l'imposition au barème progressif de l'impôt sur le revenu au lieu de la flat tax. Dans ce cas, ils bénéficient d'un abattement de 40% sur le montant du dividende avant application du barème.
Cette option devient intéressante pour les contribuables faiblement imposés (tranches à 0%, 11% ou 30%). En revanche, elle est globale et irrévocable pour l'année : vous ne pouvez pas choisir la flat tax pour certains dividendes et le barème pour d'autres.
Les prélèvements sociaux de 17.2% restent dus dans tous les cas, quelle que soit l'option choisie.
Dividendes étrangers
Pour les actions étrangères, une retenue à la source est généralement prélevée dans le pays d'origine selon les conventions fiscales. Un mécanisme de crédit d'impôt permet d'éviter la double imposition, mais les démarches administratives sont complexes et le remboursement partiel seulement.
Exemple chiffré complet d'une opération de capture
Prenons un cas réaliste pour un investisseur suisse réalisant une capture sur une action suisse :
Données de départ :
- Action ABC : cours de 120.00 francs avant ex-dividende
- Dividende : 3.00 francs par action (rendement de 2.50%)
- Achat de 100 actions = 12'000.00 francs
- Frais de courtage : 15.00 francs à l'achat, 15.00 francs à la vente
- Taux marginal d'imposition de l'investisseur : 35%
Déroulement :
Jour J-1 : achat de 100 actions à 120.00 francs + 15.00 francs de frais = 12'015.00 francs investis
Jour J (ex-dividende) : l'action ouvre à 117.00 francs (ajustement de 3.00 francs). Valeur de position : 11'700.00 francs, soit une moins-value latente de -315.00 francs (incluant les frais d'achat).
Jour J+12 : l'action stagne à 117.80 francs (récupération partielle seulement de 0.80 francs sur les 3.00 perdus). Décision de vente.
Vente : 100 actions × 117.80 = 11'780.00 - 15.00 frais = 11'765.00 francs encaissés
Bilan de l'opération :
- Perte sur la transaction : 12'015.00 - 11'765.00 = -250.00 francs
- Dividende brut : 100 × 3.00 = 300.00 francs
- Impôt anticipé récupérable : 35% × 300.00 = 105.00 francs (temporairement déduit)
- Dividende net reçu immédiatement : 195.00 francs
- Imposition définitive (35%) : 300.00 × 35% = 105.00 francs (payés via déclaration, mais impôt anticipé récupéré)
- Dividende net après impôts : 195.00 francs
Résultat net final : 195.00 - 250.00 = -55.00 francs
Soit une perte de 0.46% sur le capital investi (12'015.00 francs), pour une période d'exposition de 13 jours et un risque de marché constant. Si l'action avait subi une correction supplémentaire (mauvaise nouvelle sectorielle, baisse générale du marché), la perte aurait pu facilement atteindre plusieurs centaines de francs.
Ce scénario illustre le piège typique de la capture : le cours ne récupère que partiellement ou très lentement, vous laissant face au dilemme de vendre à perte ou de rester exposé indéfiniment en espérant une remontée hypothétique.
L'alternative : l'investissement en dividendes croissants
Plutôt que de chercher à capturer des dividendes sur le court terme, une approche nettement plus efficace consiste à investir dans des sociétés de qualité qui augmentent régulièrement leurs distributions.
Des données de 2025 montrent que l'indice S&P U.S. Dividend Growers (actions ayant augmenté leur dividende pendant au moins 10 années consécutives) a significativement surperformé les indices focalisés sur le rendement élevé, tout en affichant une volatilité plus faible.
Cette stratégie bénéficie de plusieurs avantages absents de la capture :
- Exposition minimale aux frais de transaction (achat et conservation long terme)
- Bénéfice de la croissance du dividende année après année
- Appréciation potentielle du capital sur le long terme
- Dividende potentiellement réinvesti dans de nouvelles actions pour un effet de composition
Questions fréquentes sur la capture de dividendes
Puis-je pratiquer la capture avec des ETF à dividendes ?
Les ETF distribuant des dividendes subissent le même ajustement de cours que les actions individuelles à leur date ex-dividende. Le mécanisme est identique, et la stratégie présente les mêmes limitations : frais, fiscalité et récupération incertaine du cours.
La capture fonctionne-t-elle mieux sur les actions à fort rendement ?
Paradoxalement, non. Les actions à rendement très élevé (>5%) sont souvent des "value traps" : sociétés en difficulté dont le cours a chuté, faisant mécaniquement monter le rendement. Ces titres présentent une volatilité accrue et des temps de récupération très longs. Les meilleures cibles théoriques sont les actions stables, liquides, à rendement modéré (2% à 4%) et temps de récupération historiquement court.
Que se passe-t-il si j'achète exactement à la date ex-dividende ?
Vous n'êtes pas éligible au dividende. L'action se négocie "ex-dividende" cette date-là, signifiant "sans dividende". Le prochain versement ira aux actionnaires qui possédaient le titre la veille. Vous devrez attendre la distribution suivante, généralement 3 mois plus tard pour un dividende trimestriel.
Peut-on combiner capture et effet de levier ?
Techniquement oui, en utilisant un compte sur marge. Mais c'est extrêmement risqué. L'effet de levier amplifie non seulement le dividende perçu mais aussi les pertes potentielles si le cours ne récupère pas rapidement. Les intérêts sur le capital emprunté (généralement 3% à 6% annualisés) dévorent rapidement le maigre gain escompté. Cette approche multiplie les risques sans améliorer significativement le rendement attendu.
Conclusion : une stratégie séduisante mais peu rentable
La capture de dividendes illustre parfaitement le décalage entre une idée théoriquement attrayante et sa mise en pratique réelle. Sur le papier, percevoir des dividendes sans engagement long terme semble idéal. Dans les faits, l'efficience des marchés, qui ajuste systématiquement les cours à la baisse du montant du dividende, neutralise l'essentiel du gain potentiel.
À cela s'ajoutent des frais de transaction répétés, une exposition au risque de marché difficile à anticiper, et une fiscalité qui grève lourdement les revenus perçus. Pour l'investisseur suisse imposé à 35% ou le contribuable français soumis à la flat tax de 30%, une part substantielle du dividende part en impôts.
Si votre objectif est de générer des revenus réguliers via les dividendes, privilégiez une approche d'investissement à long terme dans des sociétés de qualité qui augmentent progressivement leurs distributions. Cette stratégie éprouvée combine croissance du revenu, appréciation du capital et minimisation des frais, tout en bénéficiant d'un traitement fiscal plus favorable sur le long terme.
Sources et données
- Dividend.com - Dividend Capture Trading: A Strategic Approach to Generating Income (mai 2025)
- Tokenist - Dividend Capture Strategy 2025: What it is, How it Works
- Administration fédérale des contributions (AFC) - Documentation officielle sur l'impôt anticipé
- Service Public France - Fiscalité des dividendes perçus par les associés
- LSEG (London Stock Exchange Group) - Dividend growth with a quality overlay: The rationale for systemic dividend capture
- Lord Abbett - Dividend Growers: A Less Volatile Approach to Building Long-Term Wealth (août 2025)
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