Dernière mise à jour : décembre 2025
Kinepolis Group, exploitant belge de salles de cinéma, incarne à la fois l'histoire glorieuse des multiplexes européens et les défis actuels d'une industrie transformée par le streaming et les confinements. Avec 49 complexes et 441 écrans répartis dans 9 pays européens, le groupe emploie 2 160 personnes et affiche un chiffre d'affaires de 578.19 millions d'euros (exercice 2024). Mais peut-on encore investir dans le cinéma en 2025 ?

L'histoire d'un pionnier européen
Kinepolis Group naît dans les années 1960 lorsque la famille Bert transforme le cinéma de quartier Majestiek à Harelbeke en complexe de deux salles, créant ainsi le premier "multiplexe" belge. L'aventure prend une dimension européenne en 1988 avec l'ouverture du Kinepolis Bruxelles au Heysel, premier multiplexe du continent avec 25 salles. Son succès lance une vague de modernisation qui révolutionne l'exploitation cinématographique en Europe.
L'introduction en bourse en 1998 accompagne une expansion internationale remarquable. Entre 2013 et 2017, l'action délivre une performance annualisée de 30.39% contre 9.40% pour le marché suisse, confirmant le potentiel du modèle. Mais l'arrivée du COVID-19 bouleverse définitivement le secteur : fermetures administratives prolongées, distanciation sociale, et surtout accélération massive du streaming qui modifie durablement les habitudes de consommation.
Situation actuelle et réseau
En 2025, Kinepolis exploite 49 complexes totalisant 441 écrans dans 9 pays : Belgique, Pays-Bas, France, Espagne, Luxembourg, Suisse, Pologne, Danemark et Canada. Au-delà de la projection traditionnelle, le groupe développe des formats premium (IMAX, 4DX, ScreenX) et diversifie ses revenus avec la distribution de films, la publicité sur écrans et la gestion immobilière liée au cinéma.
Le groupe investit massivement dans l'innovation technologique pour se différencier du streaming domestique : sièges premium reclinables, salles à acoustique optimisée, expériences immersives et événements alternatifs (concerts, sports, opéras retransmis en direct). Cette stratégie vise à transformer la sortie cinéma en expérience sociale que le streaming ne peut reproduire.
Performance financière : entre reprise et fragilités
Les résultats 2024 montrent une entreprise en phase de redressement mais encore fragile. Le chiffre d'affaires atteint 578.19 millions d'euros sur l'exercice clos le 31.12.2024, en baisse de 4.51% par rapport à 2023, tandis que les données TTM affichent 593.30 millions d'euros, soit une croissance de 5.38% sur douze mois glissants. Cette divergence reflète une activité en dents de scie avec des semestres inégaux selon les sorties cinéma.
Le bénéfice net s'établit à 40.46 millions d'euros sur l'exercice 2024, en recul de 27.83% après une année 2023 exceptionnelle. Les données TTM montrent 47.32 millions d'euros, en hausse de 33.61%, confirmant la volatilité inhérente au modèle : tout dépend du calendrier des blockbusters et de leur succès commercial.
Les marges opérationnelles restent solides avec 14.76% (TTM), largement supérieures à la moyenne sectorielle de 6.01%. La marge nette de 7.98% (TTM) surperforme également l'industrie (1.55%). Le ROE atteint 24.72% (TTM), un niveau impressionnant qui s'explique toutefois en partie par un levier d'endettement élevé.
Valorisation : des signaux contradictoires
À 29.45 euros par action, Kinepolis affiche une capitalisation boursière de 787.75 millions d'euros. Le ratio cours/bénéfices de 16.65 (TTM) positionne le titre en décote de 21% par rapport à la moyenne sectorielle de 21.02, suggérant une certaine prudence des investisseurs. Le P/B de 4.10 (dernier trimestre) reste en revanche bien supérieur à la moyenne de l'industrie (2.43), reflétant la qualité des actifs immobiliers du groupe.
Le ratio cours/cash-flow libre de 6.90 (TTM) apparaît particulièrement attractif comparé aux 17.21 de l'industrie, indiquant que le marché valorise modestement la capacité de Kinepolis à générer du cash. Cette décote reflète les incertitudes sur la pérennité du modèle face au streaming.
Dividende : rendement faible et croissance négative
Kinepolis distribue actuellement un dividende annuel de 0.39 euro par action, soit un rendement de seulement 1.31% au cours actuel. Ce rendement apparaît modeste comparé aux 2.78% de moyenne sectorielle et marque un net recul par rapport aux 1.9% de 2013 (1ère analyse). Plus préoccupant, la croissance du dividende sur 5 ans affiche -9.78% annualisé, reflétant les difficultés du secteur depuis le COVID.
Le ratio de distribution de 31.09% (TTM) demeure prudent, bien en deçà des 52.59% de l'industrie. Cette politique conservatrice offre une marge de sécurité : le dividende ne menace pas l'équilibre financier même en cas de baisse des résultats. Pour un investisseur dividende, Kinepolis ne constitue clairement pas un titre de rendement mais plutôt un pari sur un potentiel redressement à long terme.
Solidité financière : un endettement préoccupant
Le ratio dette/capitaux propres de 3.51 (dernier trimestre) constitue le principal point d'alerte, dépassant largement la moyenne sectorielle de 1.13. Cette structure financière tendue s'explique par les investissements massifs dans les infrastructures cinématographiques et les difficultés de trésorerie liées aux fermetures COVID. La couverture des intérêts à 2.86x (TTM) reste acceptable mais offre peu de marge de manœuvre en cas de retournement.
Le score Altman Z-Score de 1.55 place Kinepolis dans la "zone de détresse" (entre 1.1 et 2.6), confirmant la fragilité financière. À l'inverse, le Piotroski F-Score parfait de 9/9 reflète une qualité comptable irréprochable et une gestion rigoureuse malgré le contexte difficile. Ces indicateurs contradictoires illustrent bien la situation : une entreprise bien gérée mais structurellement fragilisée par son endettement et la transformation du secteur.
Risque et volatilité : pour investisseurs avertis
Le titre affiche une volatilité annuelle de 26.39%. Cette volatilité reflète la sensibilité extrême du cours aux sorties cinéma majeures. Le beta de 0.66 indique toutefois une corrélation limitée avec le marché global : Kinepolis évolue selon sa propre dynamique sectorielle.
La performance récente est douloureuse : -24.39% sur 52 semaines et -18.65% sur 26 semaines. L'action peine à convaincre dans un contexte où les habitudes de consommation culturelle continuent d'évoluer vers le streaming et où chaque semestre dépend de la qualité des sorties programmées.
Perspectives et opportunités
Plusieurs facteurs pourraient favoriser un rebond de Kinepolis. La fréquentation cinéma montre des signes de stabilisation post-COVID, notamment pour les grosses productions (Marvel, Star Wars, Avatar) qui génèrent un effet "événement" difficilement reproductible à domicile. L'expansion continue du réseau, particulièrement en Europe du Nord et au Canada, offre des relais de croissance. Les formats premium (IMAX, 4DX) et les événements alternatifs créent de nouvelles sources de revenus à plus fortes marges.
À l'inverse, la concurrence du streaming s'intensifie avec des fenêtres d'exclusivité cinéma qui se réduisent. Les studios majeurs développent leurs plateformes propriétaires et réservent parfois leurs contenus pour ces canaux. L'inflation pèse sur le pouvoir d'achat des ménages, rendant les sorties cinéma moins prioritaires. Enfin, l'endettement élevé limite la flexibilité stratégique du groupe.
Synthèse : un pari risqué sur le redressement
Kinepolis Group incarne le dilemme de l'investissement dans le cinéma post-COVID. D'un côté, une valorisation attractive (P/E 16.65, P/FCF 6.90), des marges opérationnelles solides (14.76%), un ROE impressionnant (24.72%) et un score Piotroski parfait attestent de qualités objectives. De l'autre, un rendement dividende faible (1.31%) en décroissance (-9.78% sur 5 ans), un endettement préoccupant (dette/equity 3.51) et une performance boursière négative (-24.39% sur un an) reflètent les fragilités structurelles.
Pour l'investisseur dividende classique, Kinepolis ne correspond pas au profil recherché. Le titre s'adresse plutôt aux investisseurs value acceptant une forte volatilité et pariant sur un redressement à 3-5 ans du secteur cinéma. L'analyse de 2013 accordait "4 étoiles" au titre, et effectivement jusqu'en 2017 la performance fut remarquable. Mais le monde a changé : en 2025, il s'agit d'un investissement spéculatif dans un secteur en mutation profonde, réservé à ceux qui croient que l'expérience collective du cinéma survivra à l'ère du streaming.
Questions fréquentes
Kinepolis est-il un bon investissement dividende ?
Non, avec un rendement de seulement 1.31% et une croissance négative sur 5 ans (-9.78%), Kinepolis ne convient pas aux investisseurs recherchant un revenu stable et croissant.
L'action Kinepolis est-elle sous-évaluée ?
Les ratios de valorisation (P/E 16.65, P/FCF 6.90) suggèrent une décote par rapport à la capacité bénéficiaire actuelle. Mais cette décote reflète les incertitudes structurelles du secteur face au streaming, l'endettement élevé et la volatilité des résultats.
Quels sont les principaux risques d'investir dans Kinepolis ?
L'endettement élevé (dette/equity 3.51), la dépendance aux sorties blockbusters, la concurrence du streaming, la réduction des fenêtres d'exclusivité cinéma et la sensibilité aux cycles économiques constituent les risques majeurs.
Le secteur du cinéma peut-il rebondir après le COVID ?
La fréquentation montre une stabilisation mais reste inférieure aux niveaux pré-COVID. Les grosses productions événementielles continuent d'attirer le public, mais les habitudes ont durablement évolué vers le streaming pour le cinéma "du milieu". Le modèle doit se réinventer autour de l'expérience premium.
Sources et données
Données financières : FactSet (décembre 2025)
Informations corporate : Kinepolis Group - Site Investisseurs
Rapports annuels : Kinepolis Annual Reports
Cours et historique : Euronext Brussels (KIN)
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Ma soeur et mes 3 nièces vivant en Belgique / Flandres sont de bonnes clientes du groupe, un hiver un peu plus rigoureux doit aussi favoriser les profits du groupe ;-). Tout le business autour du ciné (nourriture, boissons et produits dérivés) semble bien développé et participe aux marges du groupe. Combien d’années consécutives de hausse des dividendes ? Est-ce que 2002-2003 a par exemple marqué une baisse ?
Aucune donnée pour 2001-2003 sur Yahoo et sur d’autres sites. Apparemment aucun dividende n’a été payé sur cette période. Rappelons néanmoins que l’historique d’augmentation successives du dividende n’est pas un critère de la stratégie Ex-US, au contraire des Global Dividend Growers.
Merci pour ce rappel, j’avais effectivement oublié que tu avais 3 stratégies qui se complètent. Pour la 3eme stratégie ‘Smoking and drinking », il me semble que Pernod Ricard présente de bonnes perspectives. Une belle réussite familiale à la française, avec quelques soutiens politiques utiles dans le passé ;-).
D’autant que la saison des apéros s’approche à nouveau 😉