PepsiCo : le Dividend King qui paie 104% de ses profits

Dernière mise à jour : décembre 2025

PepsiCo affiche un rendement du dividende de 3.8%, une capitalisation de 205 milliards de dollars et un palmarès impressionnant de 53 années consécutives d'augmentation du dividende. Sur le papier, voilà le portrait parfait du Dividend King défensif que tout investisseur orienté revenus rêverait d'ajouter à son portefeuille. Mais un détail dérange : le géant américain distribue actuellement 104.5% de ses bénéfices en dividendes. Autrement dit, PepsiCo paie plus en dividendes qu'elle ne gagne en profits.

Illustration montrant une couronne de Dividend King fissurée entourée de produits PepsiCo (chips Lay's, canette Pepsi, Gatorade) avec graphique boursier en baisse, symbolisant les défis de l'entreprise en 2025 avec un payout ratio de 104%

Pour un investisseur FIRE ou un amateur de dividend growth investing, cette situation soulève une question fondamentale : ce Dividend King traverse-t-il une simple année difficile, ou sommes-nous face à un dividend trap ? Avec des volumes en baisse depuis cinq trimestres consécutifs, les pressions des médicaments GLP-1 sur la consommation de snacks et l'activiste Elliott Investment qui pousse pour des changements structurels, 2025 marque un tournant pour PepsiCo. Plongée dans les chiffres d'une icône américaine à la croisée des chemins.

PepsiCo : bien plus qu'un soda

PepsiCo est une multinationale américaine active dans les secteurs des boissons et de l'agroalimentaire, présente dans plus de 200 pays. L'entreprise emploie 319.000 personnes et a généré un chiffre d'affaires de 91.9 milliards de dollars en 2024. Contrairement à ce que son nom suggère, PepsiCo tire aujourd'hui une part significative de ses revenus des snacks salés plutôt que des boissons gazeuses.

Le groupe possède un portefeuille de 23 marques générant chacune plus d'un milliard de dollars de ventes annuelles, incluant Lay's, Doritos, Cheetos, Gatorade, Tropicana, Quaker et Mountain Dew. Cette diversification fait de PepsiCo le deuxième plus grand groupe alimentaire mondial après Nestlé.

L'entreprise actuelle est née de la fusion en 1965 entre Pepsi-Cola Company et Frito-Lay. En 1997, elle s'est séparée de sa division restaurants (Taco Bell, KFC, Pizza Hut) pour créer Yum! Brands. Depuis 2018, PepsiCo est dirigée par Ramon Laguarta, un vétéran de 29 ans au sein du groupe qui a succédé à Indra Nooyi. Sa stratégie "Faster, Stronger, Better" vise à accélérer la croissance, renforcer les capacités digitales et améliorer la durabilité.

Analyse financière : des chiffres qui interrogent

Les données financières de PepsiCo (TTM au 31 août 2025 et exercice fiscal clos le 31 décembre 2024) révèlent un tableau contrasté :

MétriqueValeur PepsiCoMoyenne industrie
Valorisation
Cours actuel150.08 USD-
Capitalisation boursière205.5 Mds USD-
P/E (TTM)28.6x17.6x
P/B (dernier trimestre)10.6x1.6x
P/FCF (TTM)30.3x17.5x
Performance opérationnelle
CA (TTM)92.4 Mds USD-
CA (exercice 2024)91.9 Mds USD-
Croissance CA (TTM)+0.5%-
Bénéfice net (TTM)7.2 Mds USD-
Bénéfice net (exercice 2024)9.6 Mds USD-
Croissance bénéfice (TTM)-22.8%-
Rentabilité
Marge brute (TTM)58.6%26.2%
Marge opérationnelle (TTM)14.7%5.5%
Marge nette (TTM)7.8%2.3%
ROE (TTM)37.2%5.2%
Dividende
Rendement actuel3.8%3.2%
Dividende annuel indiqué5.69 USD-
Payout Ratio (TTM)104.5%59.0%
Croissance dividende (5 ans)7.0%5.1%
Années d'augmentation consécutive53 ans-

Ce qui attire l'œil immédiatement : malgré des marges impressionnantes et un ROE de 37%, la baisse de 22.8% du bénéfice net (TTM) combinée au payout ratio de 104.5% crée une situation intenable à moyen terme. PepsiCo distribue actuellement plus qu'elle ne gagne.

Le payout ratio de 104% : alerte rouge ou anomalie temporaire ?

Un payout ratio supérieur à 100% signifie qu'une entreprise puise dans ses réserves ou s'endette pour maintenir son dividende. Pour un Dividend King qui a augmenté son versement pendant 53 ans consécutifs, c'est un signal d'alarme majeur.

D'où vient cette situation ? Le bénéfice net a chuté de 9.6 milliards (exercice 2024) à 7.2 milliards (TTM), principalement en raison de charges exceptionnelles liées à la dépréciation d'actifs et à la restructuration. Pendant ce temps, PepsiCo a maintenu sa progression du dividende avec une augmentation de 5% en février 2025, portant le versement annuel à 5.69 USD.

Il est important de noter que certaines sources calculent le payout ratio sur le bénéfice ajusté (hors éléments exceptionnels) plutôt que sur le bénéfice net comptable. Selon cette méthodologie, le ratio se situe entre 70% et 80%, ce qui reste élevé mais gérable. Néanmoins, même avec cette lecture plus optimiste, la marge de manœuvre se réduit considérablement.

Pour un investisseur FIRE habitué à rechercher des payout ratios inférieurs à 60% chez les dividend growers, la situation actuelle de PepsiCo devrait susciter une vigilance accrue. Le flux de trésorerie disponible (free cash flow) demeure solide, mais la pression sur les marges et les volumes pose question sur la capacité à poursuivre les augmentations de dividendes au rythme historique de 7% annuel.

Des défis structurels multiples

La menace GLP-1 et le déclin des snacks

L'émergence des médicaments GLP-1 (Ozempic, Wegovy, Mounjaro) pour la perte de poids constitue un défi inédit pour l'industrie agroalimentaire. Ces traitements réduisent l'appétit et modifient les habitudes de consommation. Selon des études, l'adoption massive des GLP-1 pourrait entraîner une réduction de 3 à 5% de la consommation calorique totale aux États-Unis d'ici 2030.

Les catégories les plus touchées ? Précisément celles où PepsiCo excelle : les snacks salés (en baisse de 11.1%) et les sodas (en baisse de 6.6%). Bien que le CEO Ramon Laguarta affirme n'observer "aucun impact direct" des GLP-1 sur les ventes, il reconnaît une hausse générale de la conscience santé qui affecte la consommation.

PepsiCo a enregistré cinq trimestres consécutifs de baisse des volumes en Amérique du Nord, son marché le plus important. Au T4 2024, les volumes ont reculé de 3% pour Frito-Lay, 6% pour Quaker et 3% pour PepsiCo Beverages.

La polémique des aliments ultra-transformés

Parallèlement, le débat sur les aliments ultra-transformés (UPF) gagne en intensité. Une enquête révèle que 79% des consommateurs américains prennent désormais en compte le niveau de transformation dans leurs achats, et 63% évitent activement les produits transformés. Cette tendance est particulièrement marquée chez les millennials et la génération Z.

Avec la FDA qui s'apprête à éliminer progressivement les colorants synthétiques et les autorités sanitaires qui scrutent de près les UPF, PepsiCo doit accélérer la reformulation de son portfolio. L'entreprise travaille sur des versions sans colorants artificiels (notamment pour Lay's et Tostitos) et enrichit ses produits en protéines et fibres.

Pressions inflationnistes et tarifaires

L'inflation des matières premières et l'annonce de nouveaux tarifs douaniers pèsent sur les coûts. PepsiCo a d'ailleurs révisé à la baisse ses prévisions de bénéfices pour 2025, citant ces facteurs ainsi qu'une consommation atone. Le groupe prévoit désormais une croissance organique des revenus en "low single-digit" pour l'année.

Les opportunités : transformation et catalyseurs

Elliott Investment : un activiste qui pousse au changement

En octobre 2024, le fonds activiste Elliott Investment Management a pris position chez PepsiCo et proposé plusieurs mesures : simplification du portfolio, refranchisage du réseau d'embouteillage, réduction des coûts et optimisation de la structure. Laguarta a répondu que beaucoup de ces suggestions faisaient déjà partie de la stratégie de l'entreprise, mais l'arrivée d'Elliott pourrait accélérer les changements et débloquer de la valeur.

Pour les investisseurs value, l'activisme représente souvent un catalyseur positif. Si PepsiCo parvient à améliorer ses marges de quelques points de base grâce à ces initiatives, cela pourrait soutenir à la fois les bénéfices et le dividende.

Innovation produit et pivot santé

PepsiCo investit massivement dans les produits fonctionnels : protéines (Muscle Milk, extensions Doritos et Quaker enrichies), fibres (nouveau cheval de bataille du groupe), et électrolytes adaptés aux utilisateurs de GLP-1 via la marque Propel. L'entreprise mise également sur les formats portion contrôlée et les ingrédients "clean label".

L'acquisition récente de Siete Foods (1.2 milliard USD) et de la marque de soda prébiotique Poppi illustre cette stratégie d'élargissement vers le "better-for-you". Ces paris sur les tendances émergentes pourraient compenser partiellement le déclin des catégories traditionnelles.

Un rendement devenu attractif

Avec un cours en baisse de 3.8% sur 52 semaines, le rendement du dividende de PepsiCo est passé de 2.7% (moyenne historique) à 3.8%. Pour un investisseur dividende long terme, ce rendement élevé pourrait représenter un point d'entrée intéressant, à condition que le dividende demeure soutenable.

Le dividende : 53 ans d'histoire, mais quel avenir ?

PepsiCo a rejoint le club ultra-sélect des Dividend Kings en 2022. Seules 56 entreprises dans le monde affichent un palmarès de 50 années ou plus d'augmentation consécutive du dividende. Ce track record exceptionnel témoigne de la résilience de l'entreprise à travers les cycles économiques.

Historique récent du dividende :

  • 2020-2025 : croissance moyenne de 7.5% par an
  • Février 2025 : augmentation de 5% (5.42 USD → 5.69 USD)
  • Prochain versement : 1.4225 USD le 6 janvier 2026 (ex-dividend le 5 décembre 2025)

Cependant, deux éléments tempèrent l'optimisme :

1. La croissance du dividende pourrait ralentir. Avec un payout ratio déjà tendu et des pressions sur les marges, il devient difficile de maintenir des augmentations annuelles de 7%. Un rythme de 3-5% semble plus réaliste à court terme.

2. Le flux de trésorerie disponible reste le vrai indicateur. En 2024, PepsiCo a généré 7.5 milliards de free cash flow pour 7.2 milliards de dividendes versés. C'est serré.

Perspective value investing : dividend trap ou opportunité contrarian ?

Du point de vue du value investing, PepsiCo présente un profil ambivalent :

Arguments baissiers :

  • Piotroski F-Score de 5/9 (médiocre)
  • Croissance des revenus quasi-nulle (+0.5% TTM)
  • Baisse des bénéfices (-22.8% TTM, même si partiellement due à des éléments exceptionnels)
  • Valorisation élevée : P/E de 28.6x, P/FCF de 30.3x
  • Défis structurels (GLP-1, UPF) nécessitant des années d'adaptation

Arguments haussiers :

  • Marques iconiques avec fort pricing power
  • Marges brutes et opérationnelles supérieures à l'industrie
  • ROE exceptionnel de 37.2%
  • Diversification géographique et produit
  • Catalyseur potentiel avec Elliott Investment
  • Rendement attractif de 3.8% pour un blue chip défensif
  • Valorisation relative : cours en baisse alors que les fondamentaux sous-jacents restent solides

Ma lecture personnelle : PepsiCo n'est pas un achat évident aujourd'hui. Le payout ratio tendu, la stagnation des volumes et l'incertitude sur l'impact réel des GLP-1 à moyen terme créent un niveau de risque inhabituel pour un Dividend King. Ce n'est probablement pas un dividend trap au sens classique (coupure imminente du dividende), mais plutôt une période de transition où la croissance du versement sera limitée.

Pour un investisseur FIRE en phase d'accumulation, je privilégierais des dividend growers avec plus de marge de sécurité et de croissance. Pour un investisseur en phase de distribution recherchant du rendement défensif, PepsiCo pourrait convenir dans le cadre d'un portefeuille diversifié, mais en surveillant de près l'évolution trimestrielle des volumes et du free cash flow.

Foire aux questions (FAQ)

PepsiCo va-t-elle couper son dividende ?

Une coupure franche du dividende semble peu probable à court terme. Cependant, le rythme de croissance du dividende devrait ralentir significativement dans les 2-3 prochaines années.

Comment expliquer le payout ratio de 104% ?

Ce ratio élevé résulte principalement de charges exceptionnelles qui ont affecté le bénéfice net comptable (TTM). Sur une base de bénéfice ajusté, le ratio est plus proche de 70-80%. Néanmoins, même cette lecture reste tendue par rapport aux standards historiques de PepsiCo.

Les médicaments GLP-1 vont-ils tuer les snacks ?

L'impact sera progressif plutôt que brutal. Les études suggèrent une réduction de 3-5% de la consommation calorique d'ici 2030, concentrée sur les produits denses en calories. PepsiCo adapte son portfolio en conséquence, mais la transition prendra du temps et pèsera sur la croissance.

PepsiCo est-elle mieux positionnée que Coca-Cola ?

PepsiCo bénéficie d'une plus grande diversification avec ses activités snacks (environ 55% des revenus), ce qui réduit l'exposition aux seules boissons. Cependant, les deux entreprises font face à des défis similaires concernant les tendances santé et les GLP-1.

Quelle est la différence entre Dividend King et Dividend Aristocrat ?

Un Dividend Aristocrat doit avoir augmenté son dividende pendant au moins 25 ans consécutifs et être membre du S&P 500. Un Dividend King nécessite 50 ans ou plus d'augmentation consécutive, sans obligation d'appartenance à un indice spécifique. PepsiCo est les deux.

Le titre est-il sous-évalué actuellement ?

Avec un P/E de 28.6x contre une moyenne quinquennale de 21-24x, PepsiCo n'apparaît pas particulièrement bon marché sur critères de valorisation absolue. Cependant, la baisse du cours de 3.8% sur un an a créé un rendement du dividende plus attractif.

Conclusion : un Dividend King sous surveillance

PepsiCo incarne le paradoxe du dividend investing en 2025 : un palmarès historique exceptionnel confronté à des vents contraires structurels. Avec 53 ans d'augmentation consécutive du dividende, l'entreprise a traversé d'innombrables crises. Mais la combinaison actuelle – payout ratio à 104%, volumes en baisse, pressions GLP-1 et débat sur les UPF – crée un niveau d'incertitude inhabituel pour un blue chip défensif.

Ce n'est pas un dividend trap au sens où le versement serait en danger immédiat. PepsiCo dispose de leviers (optimisation des coûts avec Elliott). Mais ce n'est plus le dividend grower sans histoire qu'on pouvait acheter les yeux fermés il y a cinq ans.

Pour l'investisseur en quête de revenus réguliers, PepsiCo peut encore jouer un rôle dans un portefeuille diversifié, surtout avec le rendement actuel de 3.8%. Mais il faut accepter une croissance du dividende bridée et surveiller de près l'évolution des volumes nord-américains. Pour l'investisseur FIRE en phase d'accumulation, d'autres dividend growers offrent probablement un meilleur profil risque/rendement actuellement.

Le prochain test clé ? Les résultats du T4 2025 (10 février 2026) et surtout l'annonce du dividende. Si PepsiCo maintient une augmentation de 5% malgré le contexte difficile, ce sera un signal de confiance du management. Si l'augmentation est limitée à 2-3%, cela confirmera le nouveau régime de croissance ralentie.

Sources et données

Données financières : FactSet (données au 31 août 2025 pour TTM et exercice fiscal clos le 31 décembre 2024)

Rapports et communications officielles :

  • PepsiCo Q3 2025 Earnings Report (9 octobre 2025)
  • PepsiCo Q1 2025 Earnings Report (24 avril 2025)
  • Communiqué dividende trimestriel (novembre 2025) - https://investors.pepsico.com/
  • PepsiCo Annual Report 2024

Articles de presse et analyses sectorielles :

  • CNBC - "PepsiCo Q1 2025 earnings" (24 avril 2025)
  • Food Navigator - "PepsiCo to invest in functional health" (10 octobre 2025)
  • Food Dive - "PepsiCo to focus on value, healthier offerings amid slump in snacks" (5 février 2025)
  • Bakery and Snacks - "Snack industry faces 2025 reset amid GLP-1, inflation" (12 mai 2025)
  • Nasdaq - "PepsiCo: 53 Years of Dividend Growth and Still Going Strong" (21 janvier 2025)
  • TechStock² - "PepsiCo Stock on December 2, 2025" (2 décembre 2025)

Analyses dividend investing :

  • Sure Dividend - "Dividend Kings In Focus: PepsiCo" (14 juillet 2025)
  • Sure Dividend - "2025 Dividend Aristocrats List" (mise à jour continue)

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3 réflexions sur “PepsiCo : le Dividend King qui paie 104% de ses profits”

  1. Hello Jérôme !
    Ou trouves tu toutes ces données sur les chiffres fondamentaux de toutes les entreprises de ton protefeuille ? Est ce qu’il faut se débrouiller pour avoir les résultats annuels de l’entreprise, et ensuite faire ses calculs dans une feuille excel ? Sont ils disponibles sur un site qui établi déjà ses calculs et les mets à jour régulièrement ?
    Merci d’avance !

    1. eh bien il faut zieuter dans la partie membre de mon site
      sinon tu peux regarder aussi sur des références comme
      – fool.com
      – markets.ft.com
      – finance.yahoo.com
      – morningstar.com

  2. Merci Jérôme, c’était dans le but de me démmerder seul à trouver des nouvelles valeurs, de récupérer les chifres, et de faire mes propres analyses.

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