Article original rédigé par dividinde en octobre 2017, mis à jour par mes soins en décembre 2025
En mars 2020, quand le CAC 40 perdait 40% en quelques semaines, les analystes du monde entier prédisaient une décennie boursière catastrophique. Six mois plus tard, les indices battaient des records historiques. En 2022, tous les économistes annonçaient une récession mondiale pour 2023. Elle ne s'est jamais produite.

Voilà qui résume parfaitement la valeur réelle des prévisions boursières : elles ne valent pas mieux qu'un simple lancer de pièce. Et pourtant, rien de plus facile que de devenir un véritable gourou des marchés financiers.
La recette magique pour devenir un "expert"
Il suffit en effet d'une seule prévision exacte pour devenir un véritable héros et faire oublier les 99 autres prédictions erronées qui ne se sont jamais réalisées. Ceux qui ont annoncé avec justesse un krach boursier en ont généralement prédit des dizaines d'autres avec un mauvais timing.
Depuis le début du bull market en mars 2009, des centaines de stratèges et autres analystes surpayés annoncent l'arrivée imminente du prochain bear market. Un parmi tous ces charlatans finira par avoir raison et sera adulé comme un véritable génie. Il écrira un livre dans lequel il expliquera en détail comment il avait tout vu venir.
Même une pendule cassée donne l'heure juste deux fois par jour. Même un analyste incapable finira par avoir raison un jour... pour autant qu'il fasse au moins une prévision par jour.
Les prévisions ratées les plus spectaculaires des années 2020
Le fiasco COVID de 2020
En mars 2020, quand les premières mesures de confinement sont annoncées en Europe, c'est la panique générale sur les marchés. Le CAC 40 perd 40% de sa valeur en à peine un mois. Les analystes rivalisent de prévisions catastrophistes : "dépression mondiale", "fin du capitalisme", "décennie perdue pour la bourse".
Résultat ? Six mois plus tard, en septembre 2020, les marchés américains effaçaient toutes leurs pertes. Fin 2021, le MSCI World affichait +35% depuis le début de la pandémie. Les "experts" qui avaient prédit l'apocalypse sont restés étrangement silencieux.
Les investisseurs qui ont vendu en panique en mars 2020 en suivant les prévisions pessimistes ont raté l'une des plus belles reprises boursières de l'histoire moderne.
L'inflation fantôme de 2021-2022
En 2021, alors que l'inflation commençait à accélérer, Jerome Powell et la majorité des économistes la qualifiaient de "transitoire". Résultat : l'inflation mondiale a atteint 8.7% en 2022, un niveau jamais vu depuis des décennies.
Ironie du sort, une fois que tout le monde criait à l'inflation durable, elle s'est rapidement calmée en 2023-2024. Les économistes ont à nouveau eu tort, mais dans l'autre sens cette fois.
La récession qui n'est jamais arrivée
Fin 2022, le consensus était unanime : la récession mondiale de 2023 était inévitable. La Banque de France prévoyait une croissance quasi nulle de 0.1%, les États-Unis 0.2%, le FMI parlait de croissance mondiale sous 2%.
Résultat réel ? La France a enregistré 0.9% de croissance en 2023, l'économie mondiale n'est pas entrée en récession, et les marchés boursiers ont terminé l'année en hausse significative. Une fois de plus, le consensus s'est trompé.
Les prévisions historiques qui font sourire
L'histoire regorge de prédictions spectaculairement ratées qui devraient nous rendre humbles face à notre incapacité à prévoir l'avenir.
Il y a plus d'un siècle, Guillaume II, dernier empereur d'Allemagne, affirmait avec assurance : "L'automobile n'est qu'un effet de mode, le cheval est l'avenir". On connaît la suite.
Plus près de nous financièrement, Irving Fisher, professeur d'économie à l'Université de Yale, déclarait le 17 octobre 1929 : "La bourse a atteint ce qui apparaît comme un haut plateau permanent". Quelques semaines plus tard survenait le plus grand krach boursier de l'histoire moderne.
David Lloyd George, ancien Premier ministre britannique, affirmait en 1934 : "Croyez-moi, l'Allemagne est financièrement incapable de faire face à une guerre". Cinq ans plus tard éclatait la Seconde Guerre mondiale.
Mais les plus belles perles nous viennent probablement du milieu technologique. Bill Gates prédisait en 1981 que "640 ko devraient pouvoir suffire à tout un chacun". Le même affirmait en 1993 que "Internet is just a hype" (Internet n'est qu'un phénomène passager).
Steve Ballmer, alors CEO de Microsoft, déclarait avec aplomb en 2007 : "Il n'y a aucune chance pour que l'iPhone arrive à avoir une part de marché significative". Apple est devenu l'entreprise la plus valorisée au monde en grande partie grâce à cet appareil.
Pourquoi les prévisions échouent systématiquement
La prophétie auto-réalisatrice
Parfois, le cours d'une action monte en flèche exactement comme un investisseur célèbre venait de l'annoncer. Mais ce n'est pas qu'il avait anticipé ce mouvement : c'est simplement que des milliers d'investisseurs l'ont imité aveuglément et ont acheté cette même action en masse, la faisant grimper mécaniquement. On parle alors de prophétie auto-réalisatrice.
L'illusion de compétence
Les marchés financiers sont des systèmes complexes où interviennent des millions de variables interconnectées. Prétendre pouvoir prédire leur évolution à court terme relève de l'hubris. Les professionnels les mieux équipés, avec leurs modèles mathématiques sophistiqués et leurs ordinateurs surpuissants, se trompent régulièrement.
Si les banques centrales elles-mêmes, qui disposent des meilleurs économistes et des données les plus complètes, ratent systématiquement leurs prévisions d'inflation et de croissance, comment un analyste pourrait-il faire mieux ?
L'horizon temporel change tout
Les soubresauts de la bourse à court terme sont beaucoup plus aléatoires que son évolution à long terme. À court terme, les marchés sont dirigés par les émotions et la spéculation. À long terme, ce sont les tendances économiques de fond et les bénéfices croissants des entreprises qui importent.
C'est pourquoi les prévisions à une semaine ou un mois sont essentiellement du hasard, alors que prévoir une progression moyenne de 7-8% par an sur 20 ans pour les actions américaines est statistiquement très probable.
Comment investir sans prédire l'avenir
Privilégiez le prévisible au spéculatif
Les prévisions simples, peu risquées et pleines de bon sens sont les plus robustes. Les biens de base seront toujours consommés dans 50 ans. Peut-on en dire autant de toutes les entreprises technologiques à la mode ?
Investissez dans des entreprises dont le modèle d'affaires est compréhensible et durable. Les besoins humains fondamentaux (alimentation, santé, logement, énergie) ne disparaîtront pas demain.
Diversifiez massivement
Puisque vous ne pouvez pas prédire quels secteurs ou quelles entreprises surperformeront, possédez-en suffisamment. Un portefeuille diversifié sur de plusieurs dizaines d'entreprises dans différents pays et secteurs vous protège contre vos propres erreurs de jugement.
Achetez de la qualité sans surpayer
Concentrez-vous sur des entreprises avec des fondamentaux solides : bilans sains, génération de cash-flow robuste, avantages concurrentiels durables. Mais ne les payez pas à n'importe quel prix. Les meilleures entreprises du monde peuvent être de mauvais investissements si vous les achetez trop cher.
Gardez votre indépendance d'esprit
Ne vous laissez pas influencer par les oiseaux de mauvais augure ou les prophètes d'un nouveau monde. Conservez votre esprit critique face aux prévisions, même celles des "experts" les plus médiatisés.
Ayez l'honnêteté d'admettre que bien souvent, vous ne savez rien. Restez humble et terre-à-terre. Ne vous prenez pas pour un génie capable de dénicher le prochain Microsoft.
Adoptez une perspective long terme
Le court terme est dominé par le bruit et l'émotion. Sur 20 ou 30 ans, ce sont les fondamentaux économiques qui gagnent. Les entreprises qui créent de la valeur pour leurs clients finissent par créer de la valeur pour leurs actionnaires.
Ignorez les fluctuations quotidiennes. Elles ne signifient rien pour un investisseur de long terme. Ce qui compte, c'est la tendance sur plusieurs décennies.
Questions fréquentes sur les prévisions boursières
Peut-on vraiment prédire un krach boursier ?
Non. Même les meilleurs analystes ne peuvent pas prédire le timing précis d'un krach. Certains annoncent des krachs depuis 15 ans et finiront bien par avoir raison un jour, mais leurs clients auront raté d'énormes hausses entre-temps. Le problème n'est pas de savoir si un krach arrivera (c'est certain), mais quand, ce qui est impossible à prédire.
Les analystes professionnels sont-ils plus fiables que les autres ?
Les études montrent que non. Les prévisions des analystes professionnels ne sont pas significativement meilleures que le hasard sur le court terme. Leur principal avantage est qu'ils ont accès à plus d'informations, mais cette information est largement disponible à tous les investisseurs aujourd'hui.
Faut-il ignorer complètement les prévisions économiques ?
Il ne s'agit pas de tout ignorer, mais de ne pas baser vos décisions d'investissement sur des prévisions à court terme. Les grandes tendances macro-économiques (démographie, transition énergétique, digitalisation) sont plus fiables que les prévisions trimestrielles de croissance ou d'inflation.
Comment les investisseurs à succès font-ils alors ?
Warren Buffett ne prédit pas les marchés. Il achète des entreprises de qualité à des prix raisonnables et les garde pendant des décennies. Peter Lynch investissait dans ce qu'il comprenait. Aucun d'eux ne basait sa stratégie sur des prévisions de marché.
Conclusion : l'humilité comme stratégie d'investissement
L'histoire nous enseigne une leçon fondamentale : nous ne pouvons pas prédire l'avenir des marchés financiers. Les plus grands "experts", avec tous leurs modèles et leurs ressources, se trompent régulièrement.
Plutôt que de perdre du temps et de l'énergie à essayer de deviner ce que feront les marchés demain, concentrez-vous sur ce que vous pouvez contrôler : diversifiez largement, investissez dans la qualité, ne surpayez pas, gardez une perspective long terme.
Les investisseurs qui réussissent ne sont pas ceux qui prédisent le mieux l'avenir, mais ceux qui acceptent de ne pas pouvoir le prédire et construisent des portefeuilles robustes capables de traverser tous les scénarios.
Et vous, pensiez-vous vraiment pouvoir prédire où sera le Dow Jones la semaine prochaine ? 😉
Sources et données
Perspectives de l'économie mondiale, FMI, octobre 2023 - https://www.imf.org/fr/Publications/WEO/Issues/2023/10/10/world-economic-outlook-october-2023
Mise à jour de janvier 2023 des Perspectives de l'économie mondiale, FMI - https://www.imf.org/fr/Publications/WEO/Issues/2023/01/31/world-economic-outlook-update-january-2023
Retour sur les prévisions économiques du Gouvernement pour 2023 et 2024, Direction générale du Trésor - https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2024/12/19/retour-sur-les-previsions-economiques-du-gouvernement-pour-2023-et-2024
Krach boursier de 2020, Wikipedia - https://fr.wikipedia.org/wiki/Krach_boursier_de_2020
Année 2020 : une crise boursière atypique, La finance pour tous - https://www.lafinancepourtous.com/2021/01/05/annee-2020-une-crise-boursiere-atypique/
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Encore un excellent article dividinde. Merci.
Encore heureux que la bourse est imprévisible. Sans cela il serait tout simplement impossible d’y faire de l’argent!
Cela fait longtemps que je ne regarde plus les gourous sur CNBC et mon portefeuille m’en remercie.
Oui, la bourse est imprévisible, capricieuse et imparfaite (tiens, ça me fait penser aux femmes…)
Et heureusement! Car ce sont toutes ces poches d’inefficience qui font que les petits investisseurs comme nous peuvent tirer leur épingle du jeu.
Oui, tout ça est très juste.
Mais il y a un phénomène intéressant: les « experts » professionnels sont généralement formatés dans le même moule, utilisent largement les mêmes outils et indices, et poursuivent les mêmes buts, ce qui fait qu’ensemble, ils font en grande partie le marché. Cela n’empêche pas que des méthodes « à la Warren Buffet » et/ou comme celle défendue sur dividendes.ch soient fondamentalement plus correctes -et saines- et aient du succès sur le long terme. Pour moi, s’éloigner de ces méthodes revient à jouer au casino, qui plus est pour un non professionnel.
Bonjour Messieurs,
En réalité la bourse est plus prédictible qu’il n’y parait. Mais seuls les traders sur options en sont réellement conscients: https://celtinvest.com/calculer-la-variation-possible-dune-action
Cette méthode ne nous donne pas le sens du marché, mais une amplitude probable des cours. Ce qui n’est déjà pas si mal! 😉
Tu as raison Laurent Martin: La plupart des traders ont appris les mêmes inepties et réagissent foncièrement de la même façon, créant ainsi « le marché ».
Et tous ces mouvements sont encore amplifiés d’une part par la gestion passive (les ETF) et d’autre part par le trading quantique algorithmique (black box trading / high frequency trading).
En découlent des phénomènes très sympathiques comme ces fameux krachs éclairs (p.ex. le flash crash du DJIA le 6 mai 2010).
Perso, en bourse je préfère les vieilles recettes de grand-mères à la Graham ou Fisher. C’est dans les vieilles casseroles qu’on cuisine les meilleurs dividendes!
Cela donne envie de se faire un bon gueuleton!
Je ne peux qu’être d’accord avec cet article qui permet de prendre un peu de recul sur les soi-disants gourous de la finance. Par contre, certaines citations ne sont pas vraies je crois. Notamment celle de Bill Gates. Et j’ai un gros doute sur celle du cheval.
Merci PEA pour ton commentaire. Tu peux trouver ces citations partout sur internet, par exemple:
http://www.spiegel.de/spiegel/unispiegel/d-88906244.html
http://dicocitations.lemonde.fr/citation_internaute_ajout/5265.php
https://www.aphorismen.de/zitat/134260
La tournure exacte de ces citations varie parfois selon la traduction.