Dernière mise à jour : décembre 2025
Quand on découvre l'investissement dividendes, le réflexe est universel : rechercher les rendements les plus élevés. Pourtant, cette approche intuitive est l'une des plus risquées qui soit. Les investisseurs expérimentés le savent : un dividende généreux cache souvent une entreprise en difficulté, dont la distribution sera bientôt réduite ou supprimée.

Après cette déconvenue, la plupart se tournent vers les dividendes croissants : des distributions modestes mais qui progressent régulièrement chaque année. Cette stratégie éprouvée fonctionne car elle sélectionne naturellement des entreprises rentables et bien gérées.
Mais il existe une troisième voie, moins connue et pourtant redoutable : les petits dividendes. Ces sociétés qui distribuent moins d'un tiers de leurs bénéfices offrent une combinaison unique de sécurité, valorisation attractive et potentiel de croissance explosif.
Les trois catégories de payeurs de dividendes
L'univers des actions à dividendes se divise grossièrement en trois familles, selon leur ratio de distribution (payout ratio) :
Catégorie 1 : Les hauts rendements risqués (payout > 67%)
Ces entreprises distribuent plus des deux tiers de leurs bénéfices. Le rendement en dividende semble attractif, mais c'est souvent un piège. La marge de manœuvre pour augmenter le dividende est quasi nulle, et le risque de coupe est élevé.
Exemples typiques : Roche Holding ou Swisscom versent l'essentiel de leurs profits et offrent peu de potentiel de croissance du dividende.
Catégorie 2 : Les dividendes croissants stables (payout 33-67%)
Le territoire familier des investisseurs orientés revenus. Ces sociétés versent des distributions dans la moyenne du marché, avec une marge de sécurité confortable qui leur permet d'augmenter leur dividende même en période difficile.
Exemple typique : LVMH (coté à Paris) maintient une politique de distribution équilibrée qui lui permet de récompenser ses actionnaires tout en finançant sa croissance.
Catégorie 3 : Les petits dividendes à fort potentiel (payout < 33%)
Ces entreprises distribuent peu, voire rien. Les raisons sont multiples : financement de la croissance organique ou par acquisitions, désendettement, rachats d'actions, optimisation fiscale. Le potentiel de progression du dividende est considérable.
Exemples typiques : Safran ou Dassault Systèmes (cotés à Paris) conservent l'essentiel de leurs bénéfices pour financer leur développement. Berkshire Hathaway, la holding de Warren Buffett, représente le cas extrême : aucun dividende depuis des décennies.
Pourquoi les petits dividendes surperforment
Des valorisations plus attractives
La relation mathématique est implacable : ratio de distribution = rendement × PER. Pour un rendement donné, un faible payout ratio implique mécaniquement un PER plus bas. Ces titres se négocient donc souvent à des multiples de bénéfices plus abordables.
Les données de décembre 2025 le confirment. Parmi les entreprises mondiales payant des dividendes et affichant un PER inférieur à 15 :
- 43.0% ont un payout ratio inférieur à 33%
- 37.0% ont un payout ratio compris entre 33% et 67%
- 11.0% ont un payout ratio compris entre 67% et 100%
- 5.0% ont un payout ratio supérieur à 100%
Or, dans le marché mondial des dividend payers, seulement 31.0% affichent un payout inférieur à 33%. Les PER attractifs (< 15) sont donc surreprésentés parmi les faibles distributeurs : 43.0% contre 31.0% en moyenne.
Une meilleure représentation parmi les valorisations abordables
Inversons la perspective. Parmi les sociétés qui distribuent moins de 33% de leurs bénéfices :
- 51.0% se négocient à un PER inférieur à 15
- 28.0% affichent un PER entre 15 et 30
- 21.0% dépassent un PER de 30
À titre de comparaison, seulement 26.0% des actions mondiales se négocient actuellement à un PER inférieur à 15. Les petits dividendes offrent donc deux fois plus de chances de trouver des valorisations attractives (51.0% vs 26.0%).
Une marge de sécurité supérieure
En ne distribuant qu'une fraction modeste de leurs bénéfices, ces entreprises se protègent contre les aléas économiques. Si les profits baissent temporairement, elles peuvent maintenir voire augmenter leur dividende sans mettre en péril leur bilan. Cette résilience est précieuse pour les investisseurs long terme.
Le pari sur les dividendes futurs
Investir dans les petits dividendes, c'est parier sur leur transformation future en généreux distributeurs. Une fois l'expansion financée, la dette remboursée ou le programme de rachat d'actions achevé, ces sociétés peuvent basculer vers une politique de rémunération plus généreuse.
Et même si cette évolution tarde, leur capacité à générer du free cash flow se traduit de toute façon en valeur : cours de l'action en hausse grâce à la croissance organique, rachats d'actions accréditifs, acquisitions stratégiques. Pour les investisseurs résidant en Suisse, c'est un avantage fiscal supplémentaire : les plus-values boursières ne sont pas imposées.
L'erreur coûteuse du tri par rendement
En écartant d'emblée les faibles payout ratios, vous vous privez d'un vivier considérable d'opportunités. Certes, il est possible de trouver des sociétés abordables dans les deux autres catégories, mais la tâche devient ardue une fois appliqués vos filtres qualitatifs habituels.
Les données sont sans appel : si vous cherchez des PER inférieurs à 15, vous trouverez 51.0% de candidats parmi les faibles distributeurs, contre seulement 26.0% sur l'ensemble du marché. C'est mathématique.
FAQ : Petits dividendes et stratégie d'investissement
Un faible dividende signifie-t-il toujours une bonne affaire ?
Non. Un faible payout ratio n'est pas un critère d'achat en soi, mais un indicateur de potentiel. Il faut ensuite valider la qualité de l'entreprise : génération de free cash flow régulière, avantages concurrentiels durables, management compétent et allocation du capital intelligente.
Ces actions conviennent-elles aux retraités cherchant des revenus immédiats ?
Pas exclusivement. Si vous dépendez aujourd'hui de vos dividendes pour vivre, privilégiez les catégories 1 et 2. Mais même en phase de retrait, conserver 20-30% de votre portefeuille en petits dividendes assure une croissance future de vos revenus et protège contre l'inflation.
Quel est le risque principal des petits dividendes ?
Le risque est que l'entreprise n'utilise jamais ses liquidités pour rémunérer les actionnaires : surinvestissement, acquisitions destructrices de valeur, mauvaise allocation du capital. C'est pourquoi l'analyse qualitative reste indispensable.
Comment identifier les candidats prometteurs ?
Recherchez des entreprises avec : (1) un payout ratio inférieur à 33%, (2) un PER inférieur à 15-20, (3) une croissance régulière du free cash flow, (4) un historique d'allocation du capital intelligente (rachats d'actions, dividendes croissants même modestes, acquisitions rentables).
Conclusion
Les petits dividendes ne sont pas un choix par défaut, mais une stratégie délibérée pour combiner valorisation attractive, sécurité et potentiel de croissance. Les données de 2025 le prouvent : avec 51.0% de PER inférieurs à 15 dans cette catégorie contre 26.0% sur le marché global, vous doublez vos chances de trouver des opportunités bon marché.
L'approche nécessite patience et vision long terme. Mais pour les investisseurs qui acceptent de sacrifier un peu de rendement immédiat, les petits dividendes offrent une des meilleures combinaisons risque-rendement du marché actions.
Sources et données
Screener utilisé : Financial Times Markets - https://markets.ft.com/data/equities/results
Analyses d'entreprises citées : dividendes.ch (Roche Holding, Swisscom)
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Effectivement, le fait qu’en Suisse les dividendes soient imposés et pas les gains en capitaux change la donne. Pour ma part, à résultats égaux, je préfère un rachat d’actions à une distribution de dividendes.
Toutefois, il n’est pas possible de racheter indéfiniment ses actions (même s’il y a de la marge et que l’on peut les diviser pour en avoir plus). Par ailleurs, garder du cash à seule fin de le gérer n’est une bonne affaire que si la société a la capacité de faire fructifier correctement cet avoir, d’une part, et l’augmentation indéfinie des actifs n’est pas forcément une bonne chose, la société changeant finalement sa nature, en se transformant au final en une société de gestion (n’est pas Berkshire Hathaway qui veut), d’autre part. Quant à garder le cash en vue d’augmenter son business en le développant, c’est bien entendu possible voire recommandable dans certains cas, mais acheter pour acheter et grandir pour grandir n’est pas une stratégie suffisante en soit: il faut que cela soit réfléchi et que les bonnes opportunités se présentent.
Donc, avec une société à gros cash flow, il restera toujours de la place pour le versement de dividendes, que l’Etat imposera.
Oui tu as raison. Comme toujours dans la plupart des cas la modération est la meilleure solution. Trop de dividende ce n’est pas bon, pas de dividende pas mieux.
Par contre les sociétés qui en paient un peu sont oubliées de pas mal de monde…
Merci pour cet excellent article! Je pense aussi que la modération est souvent la meilleure approche et que panacher différents niveaux de yields offre un bon compromis.
De mon côté, je planche actuellement sur un article en 3 parties qui pourrait créer un petit séisme chez plus d’un lecteur… Mystère et boule de gomme… J’espère le finir d’ici ce soir ou demain 😉
Zyva dividinde on est tous au taquet là !!!