Dernière mise à jour : décembre 2025
En bourse, nous sommes constamment confrontés à des préjugés. Ils viennent de notre éducation, des médias, de nos expériences passées, de nos peurs ou de notre cupidité. Ces croyances nous poussent à agir de manière irrationnelle et à commettre des erreurs coûteuses. Voici les 10 préjugés les plus répandus, décortiqués pour vous aider à les comprendre et à vous en prémunir.

Préjugé n°1 : Investir en bourse est risqué
Cette croyance nous vient des pertes que beaucoup d'investisseurs ont essuyées lors de krachs historiques. On pense à 1929, 1987, 2000, 2008, et plus récemment la chute de mars 2020 lors de la pandémie. Certains épargnants ont tout perdu lors de ces événements.
Pourtant, ce préjugé nous fait courir un risque bien plus pernicieux : la perte de pouvoir d'achat à cause de l'inflation. En laissant son argent sur un compte épargne, on perd à coup sûr de l'argent en termes réels sur le long terme.
La réalité : à court terme, la bourse est effectivement volatile. Mais à long terme, c'est le moyen le plus efficace de faire progresser son capital. Pour diminuer le risque, quatre principes essentiels : diversifier, acheter bon marché, investir régulièrement et posséder un horizon de placement d'au moins 10 ans.
Préjugé n°2 : Investir en bourse est compliqué
Il y a trente ans, c'était vrai. Internet et les ETFs n'existaient pas. Il fallait consulter des revues spécialisées puis téléphoner à son banquier pour passer un ordre.
Aujourd'hui, le web regorge d'informations et on achète un titre en quelques clics, à moindres frais. Mais la règle de base n'a jamais changé : acheter un titre bon marché par rapport à sa valeur intrinsèque.
Suivant la méthode utilisée pour déterminer cette valeur, ça peut devenir complexe. Mais on peut aussi s'accommoder d'un seul indicateur, comme l'ont prouvé plusieurs recherches académiques. Une stratégie simple consistant à n'acheter que les titres avec les plus faibles ratios EV/EBIT permet de battre la plupart des fonds de placement.
Si vous ne voulez pas vous prendre la tête, achetez un ETF qui réplique le marché. Comme la majorité des investisseurs n'obtiennent pas de meilleurs résultats que le marché, cette approche passive a tout son sens. Le mieux est l'ennemi du bien.
Préjugé n°3 : Un titre devient bon marché si son cours s'effondre
Demandez à 100 personnes comment juger si une action est bon marché et 99 vous répondront qu'il suffit de regarder l'historique de son cours. Si le titre est au plus bas des 12 mois ou qu'il a perdu un tiers de sa valeur, "c'est forcément une bonne occasion" ou "ça ne peut pas tomber plus bas".
L'histoire boursière regorge d'entreprises qui ont commencé par perdre quelques dizaines de points avant de faire faillite. En Suisse, Swissair reste le cas d'école. Plus récemment, pensez à Silicon Valley Bank en mars 2023, qui a perdu 60% avant de s'effondrer totalement, ou à FTX en 2022, dont le cours s'est évaporé en quelques jours.
Comme dit le dicton : "On n'attrape pas un couteau qui tombe". C'est sans doute une des leçons les plus précieuses que j'ai apprises à mes dépens lors de mes premières années d'investissement.
L'historique des cours n'a strictement rien à voir avec la valeur d'une entreprise. Si le cours chute, c'est que le marché estime, à tort ou à raison, que l'entreprise a perdu de sa valeur. Même si le marché a tort, rien ne garantit que le cours actuel reflète la valeur intrinsèque. De plus, le marché peut prendre plusieurs années pour reconnaître ses erreurs.
Préjugé n°4 : Un titre devient cher si son cours grimpe fortement
Si on suppose qu'un titre est bon marché lorsque le cours s'effondre, alors l'inverse serait aussi vrai : un titre qui a pris 50% en quelques mois doit forcément être trop cher.
Mais trop cher par rapport à quoi ? Ce n'est pas parce que le marché reconnaît ses erreurs qu'il a rattrapé tout son retard au niveau de la valorisation.
Si vous estimez qu'une action vaut 100$ et que son cours est récemment monté de 50$ à 75$, vous pouvez encore escompter une jolie plus-value en l'achetant à ce prix. Mieux : vous n'avez pas à attendre que le marché s'intéresse au titre, car il est déjà en train de s'emballer.
Préjugé n°5 : Les grosses entreprises sont plus sûres que les petites
On a parlé de Swissair, mais on pourrait aussi citer Kodak, General Motors, Enron, Lehman Brothers, ou plus récemment Credit Suisse en 2023. Les grandes entreprises ne sont pas à l'abri de la faillite.
Les big caps sont certes souvent plus diversifiées et ont un accès plus facile au crédit. Mais elles sont nettement plus difficiles à piloter et à faire évoluer. Les problèmes dans les petites entreprises sont relativement simples et identifiables. Dans les grandes, ils sont complexes et parfois détectés trop tard.
Les grandes entreprises ont du mal à s'adapter aux changements rapides de l'environnement. Elles peinent à innover, se renouveler et donc à croître durablement.
Les small caps possèdent le risque inverse : elles n'ont pas toujours les reins assez solides pour traverser des difficultés passagères. En prenant quelques précautions lors de l'analyse des bilans, on peut néanmoins s'assurer qu'elles seront suffisamment armées. Pour les grandes entreprises, il est beaucoup plus difficile de juger objectivement de leur capacité à perdurer.
Préjugé n°6 : Le marché est efficient
C'est plus qu'un préjugé, c'est devenu une théorie enseignée dans les écoles de commerce. Pourtant, pas besoin d'avoir fait HEC pour constater que cette affirmation est erronée.
Les bulles spéculatives ont toujours existé. En 2000 avec les valeurs Internet, en 2021 avec les cryptomonnaies et les actions mèmes, ou en 2020-2021 avec les SPACs. Si le marché était efficient, il ne permettrait pas que le cours de sociétés sans bénéfices s'envole dans le firmament, ni que des valeurs de qualité soient totalement négligées lors des corrections.
De plus, si le marché était vraiment efficient, comment expliquer qu'un certain nombre d'investisseurs issus de l'école de Benjamin Graham parviennent à le battre année après année, depuis des décennies ?
Le marché, à court terme, est tout sauf efficient. Il réagit selon les peurs et la cupidité des êtres humains qui y interagissent. À long terme par contre, il finit toujours par retourner à sa vraie valeur.
Préjugé n°7 : Les analystes en savent plus que nous
Les analystes ont accès à un nombre incalculable d'informations privilégiées. Ils ont le temps d'effectuer des recherches approfondies sur une entreprise en particulier. De ce point de vue, ils en savent effectivement plus que nous.
La vraie question est : ces informations sont-elles utiles et pertinentes pour obtenir une meilleure performance tout en minimisant le risque ? La réponse est non.
Les analystes possèdent tous plusieurs biais. Le premier : ils sont issus du sérail financier et peinent à penser "out of the box". La crise des subprimes de 2008 en est le meilleur exemple. Plus récemment, combien d'analystes recommandaient Silicon Valley Bank quelques semaines avant son effondrement ?
L'autre biais des analystes est leur focus sur les résultats à court terme, notamment trimestriels. Ils participent ainsi à la volatilité des marchés en émettant des recommandations basées sur des prévisions à court terme.
Sans oublier les conflits d'intérêts évidents auxquels ils sont soumis. Oui, les analystes en savent potentiellement plus que nous, mais ces informations ne servent que leurs propres intérêts. En pensant en dehors du système, nous avons toutes les chances de faire mieux qu'eux.
Préjugé n°8 : Seuls les très riches peuvent gagner de l'argent en bourse
Posséder un capital de départ substantiel offre indéniablement des avantages. Plus le patrimoine est important, plus on peut diversifier ses actifs. De plus, en achetant des grosses positions, on limite la proportion des frais de transaction.
Néanmoins, il a été prouvé qu'au-delà de 50 positions, la diversification n'offre plus d'avantage supplémentaire. De nos jours, on trouve des courtiers vraiment bon marché, même pour de petites transactions.
Avec une petite fortune, il est relativement aisé de trouver des opportunités d'investissement. Au contraire, avec une masse de cash importante, on doit se creuser les méninges pour trouver encore et encore d'autres endroits où placer son argent. On peut certes recourir à des spécialistes de la finance, mais ceux-ci facturent des frais supplémentaires et ne sont pas forcément meilleurs que nous.
Préjugé n°9 : Un titre qui paie un gros dividende est bon marché
C'est tellement tentant. Vous tombez sur un titre qui paie un rendement supérieur à 5% et vous vous dites que c'est une sacrée aubaine.
Ce faisant, vous oubliez que les dividendes, contrairement aux coupons d'obligations, ne sont jamais garantis. Une entreprise peut diminuer voire supprimer les distributions qu'elle offre à ses actionnaires. Au contraire, une entreprise qui paie un petit dividende peut décider de le doubler l'année suivante.
Le piège classique du "dividend trap" : une entreprise en difficulté voit son cours chuter, ce qui fait mécaniquement monter son rendement. Le marché anticipe souvent une coupe du dividende avant qu'elle ne soit annoncée. Se baser uniquement sur le rendement du dividende pour juger si un titre est bon marché est donc une très mauvaise idée.
Préjugé n°10 : Les fonds de placement sont plus sûrs que les actions
C'est même tout le contraire. Comme nous l'avons vu au préjugé n°2, même avec une stratégie simple, il est possible d'obtenir une meilleure performance que les fonds de placement. Il suffit de diversifier suffisamment son portefeuille pour éviter une volatilité excessive. Entre 20 et 50 titres font l'affaire.
En misant sur un fonds de placement, vous perdez forcément entre 1% et 2% par an, juste pour payer ceux qui s'en occupent. Cela pèse lourd sur une rentabilité réelle d'environ 8% par an qu'on pourrait obtenir sur le marché des actions.
N'oubliez pas : tout intermédiaire prend sa part du gâteau. En achetant directement des actions, on évite ce problème. Sans compter qu'on est certain que la stratégie nous corresponde.
Les ETFs sont plus intéressants que les fonds actifs, grâce à leurs faibles frais de gestion. Attention néanmoins : les ETFs possèdent un biais vers la "popularité" au détriment de la qualité, privilégiant les big caps et les gros marchés. De plus, ils ont une fâcheuse tendance à prêter les actions qu'ils possèdent ("securities lending") pour abaisser artificiellement leurs frais. Cette pratique n'est pas dénuée de risques.
Questions fréquentes
Combien faut-il investir en bourse pour que ça en vaille la peine ?
Il n'y a pas de montant minimum. Avec les courtiers modernes, vous pouvez commencer avec quelques centaines de francs. L'important est de diversifier progressivement et d'investir régulièrement, même de petites sommes. Le temps et la régularité comptent plus que le montant initial.
Vaut-il mieux acheter un ETF ou sélectionner ses propres actions ?
Les deux approches sont valables. Un ETF est une excellente solution pour quelqu'un qui ne veut pas gérer activement son portefeuille. La sélection d'actions individuelles peut offrir de meilleures performances, mais demande du temps et de la discipline. L'essentiel est de choisir une stratégie et de s'y tenir.
Comment savoir si une action qui a beaucoup chuté est une opportunité ou un piège ?
Il faut analyser les fondamentaux : qualité du bilan, génération de cash-flow, dette raisonnable, modèle économique viable. Ne jamais acheter sur la seule base d'une baisse de cours. Une vraie opportunité présente des fondamentaux solides temporairement mal valorisés par le marché.
Les grandes entreprises sont-elles vraiment plus risquées que ce qu'on pense ?
Oui. Leur taille les rend moins agiles face aux changements. De nombreuses big caps ont disparu ou perdu l'essentiel de leur valeur (Kodak, Swissair, Lehman Brothers, Credit Suisse). La taille n'est pas une garantie de sécurité. Une petite entreprise bien gérée avec un bilan solide peut être moins risquée qu'un géant en difficulté.
Conclusion
Ces dix préjugés sont ancrés dans notre culture d'investisseurs. Ils nous semblent souvent évidents, voire logiques. Pourtant, chacun d'entre eux peut nous coûter cher en performance et en opportunités manquées.
La clé pour réussir en bourse n'est pas de suivre le consensus ou de croire que le marché a toujours raison. C'est d'analyser objectivement les fondamentaux, de penser de manière indépendante et de garder une discipline rigoureuse. Que vous choisissiez une approche passive avec des ETFs ou active avec une sélection de titres, l'essentiel est de comprendre ce que vous achetez et pourquoi vous l'achetez.
Les préjugés nous poussent vers des raccourcis mentaux dangereux. En les identifiant et en les combattant, vous vous donnez les meilleures chances de réussir sur le long terme.
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Merci pour cet article. Même si on sait déjà quelque chose, ça fait du bien de le lire. Et même si l’on a conscience de certains de ses propres biais, on doit toujours lutter pour ne pas s’y laisser prendre. Je lutte en permanence, et pas toujours avec succès…
J’ai un ami qui est convaincu que le système capitaliste américain a trouvé le moyen de faire monter la bourse et l’économie jusqu’à l’infini, sans jamais redescendre. On s’argumente là-dessus depuis un an et +. Je suis certain de gagner, mais pour l’instant il n’arrête pas de me faire mentir… J’ai hâte de pouvoir rire de lui!
Il a peut-être raison… Sur le très long terme!
Merci pour cette excellente revue des préjugés à la bourse.
Un autre a priori très fréquent à la bourse est qu’un titre avec un PER de 20 est forcément plus cher qu’un autre avec un PER de 10 et qu’il vaut mieux acheter le second. Pourtant, ce ratio (ou un autre comme le PBR) dépend énormément de la qualité de l’entreprise, de sa croissance, ses marges,… C’est pourquoi une perle comme Geberit ou Partners Group est bon marché à un PER de 20, alors qu’une tache comme Adecco est beaucoup trop chère à un PER de 15.
Je lis très souvent sur des blogs des critères du type « j’achète seulement des actions dont le PER est inférieur à 20 ». En procédant ainsi on ne tient pas compte de la qualité de l’entreprise. C’est comme dire qu’une BMW devrait coûter le même prix qu’une Peugeot!
Oui c’est juste. La qualité a un prix. C’est d’ailleurs ce qu’il y a peut-être de plus difficile à juger. Combien suis-je prêt à payer pour posséder ces attributs particuliers ?
Le danger en ne misant que sur des PER bas par exemple, c’est de tomber sur des canards boiteux. A l’inverse, se focaliser sur le haut du panier en termes de prix ne garantit nullement d’obtenir de la qualité. C’est comme quand vous faites des achats de biens et services. Le plus cher n’est pas forcément le mieux, mais le moins cher est souvent (mais pas toujours) un coup foireux. Il est important de regarder le prix et la qualité.
Ceci étant dit, la recherche a montré, comme je l’ai dit dans cet article, qu’en en ne misant même que sur un critère de valorisation (EBIT/EV), on pouvait battre la plupart des gestionnaires de fortune. Se concentrer sur des titres qui sont délaissés par le marchés, c’est donc bénéficier de jolies opportunités et d’une espèce de garde-fou sur les titres trop spéculatifs. Sur la masse des titres achetés par ce biais, il y aura bien entendu des titres de piètre qualité, qui risquent de sous-performer. Ajouter des critères qualitatifs permettent de limiter notablement ces inconvénients.
Attention également comme tu le dis à ce fameux PER (qui est justement un peu trop connu à mon goût). Parmi les nombreux critères de valorisation qui existent, c’est sans aucun doute le moins pertinent, car il est inconstant, peu fiable, sujet à manipulation et interprétations différentes, en fonction de ce qui est ou non traduit dans le bénéfice.