Journal d’un futur rentier (12) : cela suffit

This entry is part 12 of 86 in the series Journal d'un futur rentier

Mars 2013. Dernière mise à jour : décembre 2025.

Coup de gueule. Ras-le-bol. Explosion.

Journal rentier mars 2013 colère système professionnel exploitation parasites refus indépendance financière

Un monde de cinglés

On vit dans un monde de cinglés. Les personnes qui ont le goût d'entreprendre et de créer, celles qui assument et sont responsables de leurs actes, n'ont plus leur place dans le monde professionnel. On leur préfère les paons, ceux qui ne font rien, si ce n'est beaucoup de bruit. Pire, on les brime en contrôlant leur travail, en limitant leur autonomie, en évaluant leur performance selon des critères plus que discutables et en leur ôtant tous les moyens financiers et humains nécessaires à réaliser leurs objectifs.

Les erreurs comptent plus que les réalisations

On ne porte plus attention aux réalisations, mais aux erreurs. Celui qui a travaillé comme un malade est moins bien évalué que celui qui n'a rien fait parce que ce dernier n'a pas commis d'erreur, par la force des choses. Les personnes les mieux rétribuées dans les entreprises sont celles qui contrôlent et jugent le travail des autres, pas ceux qui le font. Celles qui évaluent les atteintes d'objectifs de leurs employés sont les mêmes qui privent ces derniers de moyens pour les atteindre.

Justifications et contradictions permanentes

Il faut sans cesse se justifier, expliquer les mêmes choses, aller dans un sens, puis revenir en arrière en fonction des idées loufoques des dirigeants. Un jour c'est blanc, l'autre jour c'est noir. On vous critique sur des éléments dont non seulement vous êtes conscient mais surtout pour lesquels vous demandez en vain et depuis longtemps des moyens pour les améliorer. Pire, on vous prive même de ressources.

Toujours plus avec moins

Il faudrait toujours faire plus, avec moins, sans jamais recevoir d'augmentation. On n'est plus très loin du stade où il faudra accepter des baisses de salaire, tandis que les actionnaires reçoivent chaque année une augmentation de 10% sur leurs dividendes. Les journées sont longues, les pauses sont courtes, voire inexistantes. Les heures supplémentaires s'accumulent et ne sont que rarement payées. Quant à les récupérer en congé c'est inutile d'y penser... il est déjà presque impossible de prendre ses vacances.

Les fausses vacances

Les vacances justement, parlons-en. On les paie de sa personne avant, pendant et après. Avant, parce qu'il faut tout terminer coûte que coûte dans les délais impartis. Pendant, parce qu'on vous a tant conditionné pendant les neuf mois qui précèdent que vous êtes incapable de penser à autre chose que votre travail et que vous flippez déjà rien qu'à l'idée de recommencer. Pendant toujours, parce que votre employeur vous a gracieusement offert un smartphone pour vous empêcher de couper totalement les ponts. Après enfin, parce que lorsque vous reprenez le travail, votre boîte e-mail explose littéralement tandis que votre téléphone ne cesse de sonner.

Cela suffit

Et pendant que vous suez corps et âme, les cigales se prélassent et sont couvertes de lauriers. Cela suffit. Je n'accepte plus que la plus-value que je réalise dans mon job soit bouffée par ces parasites, collègues, supérieurs hiérarchiques et actionnaires. Je refuse de préjudicier tous les jours un peu plus ma vie privée pour des gens qui n'en valent pas la peine, juste pour que ceux-ci vivent mieux à ma place.

L'indépendance commence par l'indépendance

L'indépendance financière commence par l'indépendance tout court. Plutôt que de travailler pour des nuisibles, je travaillerai soit avec de véritables entrepreneurs, soit seul. Mais je ne travaillerai plus jamais pour quelqu'un. Il est temps que le mérite revienne à ceux qui font vivre le système, pas ceux qui le détruisent.

À suivre dans les prochains épisodes.


Note rétrospective (décembre 2025)

En relisant ce coup de gueule de mars 2013, je me reconnais parfaitement. Douze ans plus tard, voici ce que cette colère a produit.

Cette colère était-elle justifiée ?

Oui, complètement. Rétrospectivement, je ne renie rien de ce que j'ai écrit en mars 2013. Le système professionnel décrit ici - les paons récompensés, les travailleurs exploités, les moyens refusés, les heures supplémentaires non payées - c'était ma réalité quotidienne. Et celle de millions de salariés.

Où cette colère m'a-t-elle mené ?

Cette rage a été mon carburant pendant huit ans supplémentaires. Chaque fois que j'étais tenté de relâcher mes efforts d'épargne ou d'investissement, je me rappelais ce que je décrivais dans cet article. La promesse que je me faisais - "je ne travaillerai plus jamais pour quelqu'un" - s'est réalisée en 2021. Démission. Sortie définitive du salariat.

Ai-je vraiment "travaillé avec de véritables entrepreneurs ou seul" ?

Seul. J'ai finalement choisi de travailler seul. Ce blog, mes outils, mes stratégies quantitatives - tout ça, c'est moi, sans patron, sans collègues parasites, sans supérieurs hiérarchiques incompétents. La promesse de mars 2013 s'est réalisée exactement comme je l'espérais.

Le vocabulaire était-il trop dur ?

"Parasites", "nuisibles", "cigales qui se prélassent"... Oui, c'était dur. Mais c'était sincère. En mars 2013, je crevais de frustration. Cette violence verbale reflétait ma violence intérieure. Aujourd'hui en 2025, je ne ressens plus cette colère. Pas parce que le système a changé (il n'a pas changé), mais parce que j'en suis sorti. La colère s'est transformée en sérénité détachée.

Ce que j'aurais fait différemment :

Rien. Cette colère était nécessaire. Elle m'a poussé à agir, pas à me plaindre passivement. Sans cette rage de mars 2013 et des années suivantes, j'aurais peut-être accepté le système, continué à subir, fini en burn-out. Au lieu de ça, j'ai canalisé cette énergie négative en action positive : épargner plus, investir mieux, tenir le cap.

Le message pour les lecteurs :

Si vous ressentez cette même colère que je décrivais en mars 2013, c'est normal. C'est sain. Mais ne la laissez pas vous consumer. Canalisez-la. Transformez-la en motivation FIRE. Chaque heure supplémentaire non payée, chaque critique injuste, chaque paon récompensé à votre place - que ça devienne du carburant pour votre indépendance. La meilleure vengeance contre un système toxique, ce n'est pas de se plaindre. C'est d'en sortir.

En mars 2013, j'écrivais "Cela suffit". En 2021, j'ai démissionné. Je suis désormais totalement libre. La colère s'est transformée en action, puis en victoire.

Journal d'un futur rentier

Journal d’un futur rentier (11) : le piège de la roue Journal d’un futur rentier (14) : salaires contre bourse

En savoir plus sur dividendes

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

6 réflexions sur “Journal d’un futur rentier (12) : cela suffit”

  1. Bonjour Jérôme,

    Il est vrai que certaines entreprises fonctionnent comme tu le décris dans ton article. J’ai également vécu ça lors de mes précédents postes et j’ai constaté aussi que l’on a tendance à broyer du noir en généralisant cette situation.
    Lorsque par la suite, j’ai trouvé un vrai bon boulot, avec des vrais managers qui savent reconnaître les personnes compétentes, qui ne misent pas tout sur le « copinage », j’ai été rassuré : il existe encore des belles entreprises où il fait bon travailler. Par contre, il est parfois difficile de les trouver 🙂

    Cordialement,
    Phil

  2. birdienumnum

    Jerome,

    attention l’herbe est moins verte de l’autre cote de la barriere car il y a beaucoup plus de fumier(s) de son propre cote! 😉

    Plus serieusement, j’ai des annees d’experience de multinationales derriere moi et j’ai constate que lorsqu’on ne voit plus que les disfonctionnements, le copinage, les beaux parleurs, les injustices professionnelles, le mobbing, etc (qui existent deja depuis le debut, meme quand on est content de son travail ou que l’on est la superstar du departement ou de la boite), il est temps de changer de cremerie.

    Sur un autre plan, la remuneration du capital est beaucoup plus elevee que celle du travail (malheureusement). C’est pour cela que je m’affaire depuis plus de 10 ans a transformer mon epargne salariale en capital. « If you can’t beat them, join them! »
    Personnellement, je suis un actionnaire « heureux » de Swissre, Nestle, Roche, etc….et je me soucie que tres peu de la corporate governance que ces boites ont a l’egard de leurs employes….peu de personnes iront pleurer sur mon sort quand je ferai partie d’une charette dans quelques annees….les actionnaires, eux, applaudiront…..ce n’est pas du cynisme, c’est juste la realite.

    En attendant, j’essaie de faire grossir mes dividendes. Si tout va bien, ces dividendes me feront acheter un costume de poulet dans quelques annees…. »Au revoir Monsieur President!!!!! »…..J’ai encore quelques annees pour repeter mon role 🙂

    1. Salut Birdie, comme d’habitue nous sommes bien d’accords. Tu as raison, il est temps de changer crèmerie et c’est pour ça que je joins mes actes à mes paroles. Tu as raison aussi, le capital est mieux rémunéré que le travail, avec moins d’efforts. Comme toi je me soucie peu de la gouvernance des boîtes dont je suis actionnaire. J’ai bien assez à faire avec celle qui m’emploie 😉 Il est normal que ce que l’on trime d’un côté, en tant que salarié, on le récupère de l’autre côté en tant qu’actionnaire. On peut voir cela comme du cynisme, mais pour moi c’est juste du pragmatisme.

  3. Bonjour Jérome,
    Je suis d’accord avec Phil ça dépend vraiment des boites. Certaines peignent quotidiennement le tableau noir que tu décris d’autres sont vraiment plus acceuillantes aux dires de ceux qui y travaillent. Dans ton cas si tu vois ça tous les jours depuis un bon moment… c’est clair qu’il faut dire ciao aux boulets.

    Je te rejoins sur l’intérêt de vendre sa valeur ajoutée pour son propre compte, ou pour le compte d’un groupe qui en vaut la peine. Les entrepreneurs de mon entourage qui ont réussi m’ont souvent dit qu’au final c’est quand même le kiff de monter une boite et de vivre cette aventure seul. Par conséquent, crois-tu vraiment que changer de boite et rester salarié résoudra le problème d’indépendance à long terme pour toi? (ici je parle d’indépendance professionelle).

    (me questionnant sur le même sujet tout autre point de vue de gens sensés m’intéresse :).
    Bonne journée!
    A+

    1. Cela dépend de mon futur patron. On peut être salarié et bénéficier d’une très large indépendance. Ces places sont rares et j’espère que ce sera le cas pour moi. Dans le cas contraire, ce ne sera qu’un petit détour de plus sur la longue voie vers l’indépendance financière … 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *