Dernière mise à jour : janvier 2026
Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025 a marqué un tournant historique pour le dollar américain. Sa politique délibérée d'affaiblissement de la devise, combinée à l'accumulation de la dette fédérale américaine (122% du PIB), a provoqué la plus forte chute du dollar depuis 50 ans. La paire USD/CHF, qui oscillait autour de 1.20 en 2015, s'échange désormais à 0.7977, soit une baisse de 42% en une décennie. Face à l'euro, le dollar a perdu 9% sur l'année 2025, passant de 1.035 fin 2024 à environ 1.16 à l'automne 2025.

Pour les investisseurs suisses et européens détenant des actifs américains, cette érosion monétaire représente un risque souvent sous-estimé. Un portefeuille composé uniquement d'actions américaines, même très performantes en dollars, peut voir ses gains fondre de 40% une fois convertis en francs suisses. Cette réalité illustre pourquoi la diversification géographique n'est pas un luxe, mais une nécessité pour protéger son capital.
L'affaiblissement structurel du dollar : une tendance de fond
Contrairement aux fluctuations de court terme, la dépréciation inexorable du dollar sur plusieurs décennies reflète des déséquilibres structurels profonds de l'économie américaine. Les déficits jumeaux (budgétaire et commercial) se creusent année après année, tandis que la dette fédérale atteint des niveaux historiques. L'administration Trump accentue cette dynamique en exerçant des pressions sans précédent sur la Réserve fédérale pour obtenir des baisses de taux, menaçant l'indépendance de la banque centrale.
Cette politique d'affaiblissement volontaire du dollar vise à restaurer la compétitivité des exportations américaines et à réduire le déficit commercial. Trump souhaite même négocier un accord multilatéral de dévaluation concertée, utilisant les menaces tarifaires comme levier de négociation avec l'Europe et la Chine. À court terme, cette stratégie peut stimuler l'économie américaine, mais elle crée une incertitude durable sur les marchés des changes.
Les investisseurs internationaux commencent à exprimer leur défiance. Les adjudications du Trésor américain peinent à attirer les capitaux, les rendements obligataires grimpent, et les flux d'investissement se détournent progressivement des actifs américains. Si le dollar conserve son statut de monnaie de réserve mondiale faute d'alternative crédible, sa domination s'effrite progressivement au profit d'une multipolarité monétaire accrue.
Trois stratégies pour se protéger du risque de change
Investir dans des multinationales américaines avec revenus internationaux
La première approche consiste à sélectionner des sociétés américaines qui génèrent une part substantielle de leurs revenus hors des États-Unis. Lorsque le dollar se déprécie, ces entreprises bénéficient d'un double avantage : leurs produits deviennent plus compétitifs à l'exportation, et leurs revenus étrangers valent davantage une fois convertis en dollars.
Cette stratégie s'avère particulièrement efficace dans les secteurs des biens de consommation, de la pharmacie et de la technologie. Les entreprises comme Coca-Cola, qui réalise plus de 70% de son chiffre d'affaires hors des États-Unis, illustrent parfaitement ce mécanisme de protection naturelle. Johnson & Johnson génère 52% de ses revenus à l'international. Les grandes entreprises technologiques américaines, malgré leur image domestique, tirent également une part croissante de leurs bénéfices des marchés étrangers.
Cette diversification géographique des revenus crée une couverture implicite contre le risque de change. Le cours de l'action en dollars augmente mécaniquement lorsque le dollar s'affaiblit, compensant ainsi la perte de change pour l'investisseur étranger. Cette protection fonctionne sans frais de couverture, contrairement aux instruments dérivés coûteux.
Diversifier avec des ETFs internationaux
Les fonds indiciels cotés offrent une solution simple et peu coûteuse pour accéder aux marchés développés hors États-Unis.
ETFs à hauts dividendes internationaux
Pour une exposition diversifiée aux sociétés à dividendes élevés hors États-Unis, deux options s'offrent aux investisseurs : l'ETF américain IDV (iShares International Select Dividend) suit un indice de 100 sociétés à hauts dividendes dans les marchés développés (Europe, Pacifique, Asie et Canada). Avec un rendement de dividende de 4.86% et des frais de gestion de 0.50%, il privilégie les secteurs financiers, utilities et biens de consommation. Au 31 décembre 2025, IDV affiche une performance de 53.52% en USD sur un an.
L'alternative UCITS, domiciliée en Irlande, est le VHYL (Vanguard FTSE All-World High Dividend Yield UCITS ETF). Lancé en mai 2013, ce fonds offre une exposition mondiale (incluant les États-Unis et les marchés développés ex-US) avec des frais de gestion de seulement 0.29%. Le fonds verse des dividendes trimestriels et offre également une version capitalisante pour ceux qui préfèrent la réinvestissement automatique.
ETFs Japon
Le marché japonais offre des opportunités intéressantes avec des valorisations attractives et des réformes de gouvernance d'entreprise en cours. L'ETF américain EWJ (iShares MSCI Japan), le plus ancien ETF axé sur le Japon (lancé en 1996), suit l'indice MSCI Japan avec 0.49% de frais et 15.8 milliards de dollars d'actifs sous gestion. Sur l'année écoulée, EWJ affiche une performance remarquable de 29% en USD, surpassant le S&P 500 de 12 points de pourcentage.
L'alternative UCITS est le IJPN (iShares MSCI Japan UCITS ETF), domicilié en Irlande avec des frais de 0.48%. Le fonds est disponible en version distribuante et capitalisante. Pour une exposition plus spécifique aux petites capitalisations japonaises, le DFJ (WisdomTree Japan SmallCap Dividend) reste une option unique sans équivalent UCITS direct, avec 4.74% de rendement et une performance de 29.93% sur un an.
ETFs Suisse
Pour les investisseurs souhaitant s'exposer au marché suisse, EWL (iShares MSCI Switzerland) domicilié aux États-Unis investit dans les sociétés cotées principalement à la bourse de Zurich, avec un ratio de frais de 0.50%. Cependant, pour les investisseurs résidents en Suisse, il existe une option fiscalement plus avantageuse : le CHSPI (iShares Core SPI ETF), domicilié en Suisse avec des frais de gestion de seulement 0.10%. Ce fonds suit l'indice SPI (Swiss Performance Index) qui couvre l'ensemble du marché suisse, offrant ainsi une diversification maximale sur les actions helvétiques.
Ces ETFs permettent de s'exposer aux devises refuge comme le franc suisse et le yen japonais, qui ont bénéficié de l'aversion au risque et du repli des investisseurs face à l'incertitude politique américaine. En 2025, le CHF et le JPY ont capté des flux importants de capitaux inquiets de la trajectoire budgétaire américaine et des ingérences politiques dans la politique monétaire.
Investir directement dans les actions internationales sur leurs marchés locaux
Pour les investisseurs suisses et européens, la troisième stratégie consiste à acheter directement des actions de sociétés internationales sur leurs bourses d'origine.
Cette approche directe offre plusieurs avantages par rapport aux ETFs. Elle permet d'abord de sélectionner des entreprises spécifiques plutôt que d'acheter un panier complet, ce qui convient particulièrement aux investisseurs pratiquant une stratégie de stock-picking ou de value investing. Ensuite, l'achat direct élimine les frais de gestion annuels des ETFs (0.30% à 0.60%), qui pèsent sur la performance à long terme. Enfin, cette méthode offre un contrôle total sur la composition du portefeuille et la gestion fiscale.
Les grandes places boursières européennes donnent accès à des champions mondiaux. La bourse suisse propose Nestlé, Novartis, Roche et UBS, toutes cotées en francs suisses. Euronext Paris offre LVMH, L'Oréal, TotalEnergies et Sanofi. La Deutsche Börse permet d'investir dans SAP, Siemens et Allianz. La Borsa Italiana héberge Ferrari, Enel et Intesa Sanpaolo. Ces entreprises génèrent une part substantielle de leurs revenus hors de leur pays d'origine, offrant ainsi une diversification géographique naturelle.
Les marchés asiatiques restent également accessibles pour les investisseurs européens disposant d'un courtier international. La bourse de Tokyo permet d'acheter Toyota, Sony, Mitsubishi UFJ et SoftBank directement en yens. La bourse de Singapour offre l'accès à Singapore Telecommunications, DBS Bank et Singapore Airlines. Ces positions directes bénéficient pleinement de l'appréciation du yen ou du dollar singapourien face au dollar américain, sans les frais de gestion intermédiaires.
L'investissement direct présente toutefois quelques contraintes à considérer. Les frais de courtage sur les marchés étrangers peuvent être plus élevés que sur les marchés domestiques, notamment pour les petits ordres. Les dividendes subissent des retenues à la source variables selon les pays (15% en Suisse, 25-30% en France, 15.315% au Japon), récupérables partiellement ou totalement via la déclaration fiscale selon les conventions fiscales. La comptabilité devient plus complexe avec plusieurs devises, nécessitant de suivre les taux de change pour calculer les plus-values imposables.
Pour un portefeuille FIRE européen, une allocation de 30 à 40% en actions directes ex-US bien sélectionnées complète efficacement les ETFs et les multinationales américaines. Cette approche combine les avantages de la diversification géographique, du contrôle sélectif et de l'optimisation fiscale. Elle évite également la concentration excessive sur les grandes capitalisations technologiques américaines qui dominent les indices mondiaux, réduisant ainsi le risque systémique.
Les investisseurs peuvent privilégier les "quality compounders" européens et asiatiques : des entreprises rentables, peu endettées, dotées d'avantages concurrentiels durables et générant des flux de trésorerie prévisibles. Ces sociétés offrent souvent des valorisations plus raisonnables que leurs équivalents américains, tout en procurant une exposition aux devises fortes et aux marchés développés stables. Cette stratégie s'inscrit parfaitement dans une démarche de value investing quantitatif, où la sélection rigoureuse prime sur l'achat passif d'indices entiers.
Le franc suisse : une devise refuge sous pression
Le franc suisse occupe une position paradoxale dans le paysage monétaire actuel. D'un côté, il reste une valeur refuge prisée en période d'incertitude, attirant les capitaux inquiets des tensions géopolitiques et de l'instabilité politique américaine. De l'autre, sa force excessive pèse sur la compétitivité des exportateurs suisses et complique la tâche de la Banque nationale suisse.
Les investisseurs suisses subissent particulièrement le risque de change lorsqu'ils investissent aux États-Unis. Un placement qui aurait gagné 13% en dollars sur le S&P 500 durant la décennie 2000-2010 s'est transformé en perte de 50% pour un investisseur suisse à cause de l'appréciation du CHF. Cette asymétrie illustre l'importance cruciale de la diversification monétaire pour un portefeuille libellé en francs suisses.
Paradoxalement, la force du franc crée aussi des opportunités. Les actifs américains deviennent meilleur marché en francs suisses, offrant des points d'entrée attractifs pour des investisseurs patients. Un investisseur suisse peut ainsi accumuler des positions sur des sociétés américaines de qualité à des valorisations historiquement intéressantes, en anticipant un éventuel retournement du dollar à long terme.
Implications pratiques pour les investisseurs FIRE
Pour les investisseurs visant l'indépendance financière, la gestion du risque de change constitue un pilier essentiel de la stratégie patrimoniale. La volatilité des devises peut faire la différence entre une retraite confortable et une retraite précaire. Un portefeuille concentré géographiquement dans une seule devise s'expose à un risque asymétrique difficile à quantifier.
L'approche optimale combine les trois stratégies évoquées. Une allocation de 40% aux multinationales américaines à revenus internationaux assure une exposition au marché américain tout en limitant le risque de change. 30% investis dans des ETFs internationaux (VHYL, IJPN, CHSPI pour les résidents suisses, ou IDV, EWJ pour ceux qui acceptent la fiscalité américaine) diversifient géographiquement et monétairement le portefeuille. Les 30% restants en actions européennes et asiatiques sélectionnées sur leurs marchés locaux complètent la protection.
Cette diversification ne vise pas à maximiser les gains de change à court terme, exercice futile et coûteux. Elle cherche plutôt à réduire la volatilité globale du portefeuille exprimée en devise de référence de l'investisseur. Un portefeuille diversifié géographiquement présente souvent une volatilité inférieure à un portefeuille domestique, même si les actions étrangères sont individuellement plus volatiles.
Foire aux questions
Dois-je couvrir systématiquement mes positions en dollars ?
La couverture systématique via des instruments dérivés coûte cher et réduit les rendements à long terme. Pour un investisseur long terme, la diversification géographique naturelle via des multinationales et des ETFs internationaux offre une protection plus efficace et moins coûteuse. La couverture active ne se justifie que pour des besoins spécifiques de court terme ou des montants très importants.
Le dollar va-t-il continuer à baisser ?
Prédire les mouvements de change à court terme s'avère impossible, même pour les professionnels. Sur le long terme, les déséquilibres structurels américains (déficits, dette, ingérence politique dans la Fed) plaident pour un dollar plus faible. Néanmoins, l'absence d'alternative crédible au dollar comme monnaie de réserve mondiale limite l'ampleur d'une éventuelle dépréciation. La multipolarité monétaire progresse lentement sans qu'aucune devise ne remplace le dollar.
Les ETFs internationaux sont-ils fiscalement avantageux ?
En Suisse, les ETFs domiciliés aux États-Unis comme IDV, DFJ, EWL et EWJ sont soumis à une retenue à la source américaine de 15% sur les dividendes, récupérable via la déclaration fiscale. Les ETFs domiciliés en Irlande (UCITS) peuvent parfois offrir une fiscalité plus avantageuse selon votre situation. Il convient d'analyser chaque cas spécifique avec un conseiller fiscal.
Quelle part de mon portefeuille investir hors des États-Unis ?
Pour un investisseur suisse, une allocation de 50 à 70% hors États-Unis semble raisonnable. Cela inclut les actions suisses et européennes sur leurs marchés locaux (30-40%), les ETFs internationaux sur le Japon et l'Asie (10-20%), et les multinationales américaines à revenus internationaux (10-20%). Cette répartition offre une protection contre le risque de change dollar tout en conservant une exposition aux opportunités du marché américain.
Conclusion
L'affaiblissement structurel du dollar, accentué par les politiques de l'administration Trump, rappelle une vérité fondamentale : investir n'est pas seulement une question de sélection de titres, c'est aussi une question de devises.
La diversification géographique et monétaire ne relève pas de la spéculation sur les devises. Elle constitue une assurance contre les déséquilibres macroéconomiques qui échappent au contrôle de l'investisseur individuel. En combinant multinationales américaines, ETFs internationaux et les sociétés hors USA, vous construisez un portefeuille résilient capable de traverser les cycles monétaires sans compromettre vos objectifs d'indépendance financière.
Le contexte actuel, avec un dollar historiquement affaibli, crée des opportunités pour rééquilibrer les portefeuilles trop concentrés géographiquement. Les marchés développés hors États-Unis affichent des valorisations attractives et offrent des rendements de dividendes supérieurs. L'heure est venue de repenser l'allocation géographique de votre patrimoine.
Sources et données
Les données sur le dollar et les taux de change proviennent de FactSet. Les informations sur les politiques monétaires et les positions de Donald Trump sont issues des analyses suivantes :
- IRIS - Dollar en baisse : quelles conséquences pour le paysage monétaire mondial ? (juillet 2025)
- Morningstar - Le dollar va-t-il continuer à chuter ? (octobre 2025)
- Lombard Odier - Le budget américain entretient la faiblesse du dollar (juillet 2025)
- Dubly Transatlantique Gestion - Remise en cause du statut roi du dollar ou crise de confiance passagère ? (juillet 2025)
- Abacor - Le déclin du dollar américain en 2025 : contexte, causes et perspectives
Les données sur les ETFs (performances, rendements, frais de gestion) proviennent des sites officiels des émetteurs :
ETFs domiciliés aux États-Unis :
- iShares - International Select Dividend ETF (IDV)
- WisdomTree - Japan SmallCap Dividend Fund (DFJ)
- iShares - MSCI Switzerland ETF (EWL)
- iShares - MSCI Japan ETF (EWJ)
ETFs UCITS domiciliés en Irlande ou Suisse :
- Vanguard - FTSE All-World High Dividend Yield UCITS ETF (VHYL)
- iShares - MSCI Japan UCITS ETF (IJPN)
- iShares - Core SPI ETF (CHSPI)
Les informations sur les stratégies d'investissement et les exemples de multinationales sont basées sur des sources publiques et des analyses de marché courantes dans l'industrie financière.
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La baisse du cours du dollar US par rapport au franc suisse fait bien partie de mes soucis. A ce propos j’apprécie l’importance que tu portes à ce problème et les solutions que tu proposes. J’imagine que le problème est similaire pour le cours de la livre de Grande-Bretagne, n’est-ce pas?
Par ailleurs, concernant les dividendes de Grande-Bretagne, je me demandais s’il existe un ETF pour les dividendes de ce pays (non-taxés)?
Merci Jean-Louis. Oui le problème est similaire vu que la livre est dans un état lamentable, au grand bonheur des exportateurs britanniques. Il y a EWU sur NYSEArca, mais ce sera taxé.
Bonjour,
Concernant l’investissement en titre US, je préconise les valeurs qui sont en forte tendance. Un gain de 20% en quelques jours ou de 300% en quelques mois, cela laisse un peu de marge quant à la fluctuation des changes.
Il est aussi possible de se couvrir sur le Forex (ou de trader, carrément).