Journal d’un futur rentier (35) : le travail comme drogue

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Dernière mise à jour : janvier 2026

En juin 2015, à 42 ans, je réfléchissais à un paradoxe troublant : le travail intense fait passer le temps aussi vite qu'une soirée agréable entre amis, mais pour des raisons complètement différentes. Cette réflexion m'amenait à une conclusion provocante : le travail fonctionne comme une drogue qui distrait l'esprit des "choses importantes" et nous fait passer à côté de notre vie sans même qu'on s'en rende compte.

Illustration métaphorique du Journal d'un futur rentier comparant l'état de distraction permanente du travail salarié à la présence consciente de l'indépendance financière

Le temps qui passe... On a coutume de dire que lorsqu'on s'ennuie il passe lentement, alors que lorsqu'on s'amuse il passe vite. Combien de fois n'a-t-on pas été étonné en regardant sa montre lors d'une soirée agréable entre amis, en se disant qu'on avait pas vu le temps passer ? Au contraire, lorsqu'on est assis à écouter une conférence ou un cours ennuyeux on peut parfois regarder la montre dix fois en quinze minutes, avec l'impression que le temps est littéralement suspendu.

Mais avez-vous déjà remarqué que lorsque l'on est astreint à une grosse charge de travail, avec un stress important et de fréquentes perturbations, on a également l'impression que le temps passe à une vitesse folle ? On ne peut pourtant pas dire que c'est parce qu'on s'amuse...

En vérité, lorsque le temps passe vite, c'est parce que notre esprit est distrait, pas forcément parce qu'il s'amuse. Cela fait une grande différence. On pourrait tout aussi bien le distraire en faisant usage d'alcool et de drogues... le temps passerait vite aussi. Bien sûr, il y a des jobs qui sont amusants, et heureux sont ceux qui peuvent en bénéficier. Mais le quidam des mortels ne s'amuse pas au travail. Certains (rares) n'en ont pas assez, et s'ennuient, tandis que d'autres en ont trop, ce qui les stresse, avec toutes les conséquences physiques, psychiques et sociales qui vont avec.

Le travail est une forme de drogue car il distrait l'esprit des réalités importantes. Grâce à lui le temps passe vite et on pourrait avoir la fausse impression que l'on s'amuse, ou que du moins qu'on ne s'ennuie pas. Une petite minorité s'y réalise certes, mais pour la majorité d'entre nous notre job est au mieux un passe temps et dans le pire des cas une véritable charge pour notre corps et notre esprit.

En consacrant notre vie au travail, nous risquons de passer à côté des choses importantes. Le temps aura passé vite, mais il y a fort parier qu'on se retrouvera sans s'en rendre compte sur notre lit de mort en se demandant ce qu'on fait de toutes ces années.

Nous devons donc (re)prendre conscience de nos vraies valeurs et nous réapproprier des activités qui nous permettent de nous réaliser, plutôt que de réaliser du profit pour les autres.

Et pour cela il n'y a qu'un moyen, devenir rentier.

Note rétrospective – janvier 2026

Onze ans après ce billet, avec cinq années d'indépendance financière derrière moi, je peux évaluer si cette analyse provocante tenait la route. La réponse courte : oui, complètement. La métaphore du "travail comme drogue" était peut-être brutale, mais elle était juste.

Regardons d'abord ce qui s'est vérifié : entre juin 2015 et 2021 (ma "retraite"), six années sont passées. Six années qui ont effectivement filé à une vitesse folle, précisément pour les raisons décrites dans ce billet. Mon esprit était constamment distrait par les urgences professionnelles, les projets à livrer, les problèmes à résoudre. Le temps passait vite, mais pas parce que je m'amusais : parce que j'étais dans un état de sollicitation permanente.

Depuis 2021, j'ai vécu cinq années sans cette "drogue". Et voici ce que j'ai découvert : le temps ne passe plus du tout de la même manière. Ce n'est pas qu'il passe plus lentement au sens ennuyeux du terme. C'est qu'il devient beaucoup plus... présent. Conscient. Je vis les journées au lieu de les traverser en mode automatique.

La distinction que je faisais en 2015 entre "temps qui passe vite parce qu'on s'amuse" et "temps qui passe vite parce que l'esprit est distrait" était cruciale. Depuis 2021, quand je passe une journée agréable, elle passe vite parce que je m'amuse effectivement. Mais je m'en souviens. Pendant les années de travail, les journées passaient vite mais se fondaient dans une masse indistincte. Je peux me rappeler quelques moments forts de cette période, mais la majorité du temps s'est évaporée sans laisser de trace mémorielle significative.

La phrase "on se retrouvera sur notre lit de mort en se demandant ce qu'on a fait de toutes ces années" était dramatique mais pas fausse. J'ai eu la chance de m'en rendre compte à 42 ans plutôt qu'à 65. Ces six dernières années avant le FIRE (2015-2021), je les ai vécues en sachant qu'elles étaient temporaires, ce qui les rendait supportables. Mais objectivement, que reste-t-il de ces six années dans ma mémoire ? Pas grand-chose, hormis quelques événements familiaux marquants. Le travail a effectivement "distrait mon esprit des réalités importantes" pendant cette période.

Depuis 2021, j'ai une relation complètement différente au temps. Non pas que je ne fais rien, mais ces activités sont choisies et peuvent être interrompues à tout moment. Mon esprit n'est plus jamais dans cet état de distraction forcée qu'imposait le travail salarié. Résultat : même si objectivement cinq ans se sont écoulés depuis 2021, j'ai l'impression d'avoir VÉCU beaucoup plus que durant les six années précédentes.

La comparaison avec l'alcool et les drogues était peut-être excessive en 2015, mais elle contenait une vérité : le travail crée une forme de dépendance et d'évasion. Beaucoup de mes anciens collègues continuent à travailler intensément non pas par nécessité financière, mais parce que le travail structure leur vie et distrait leur esprit. Sans lui, ils devraient faire face à eux-mêmes, à leurs relations, à leurs vraies envies. C'est inconfortable. Le travail est une échappatoire socialement acceptée.

Un point important que le billet de 2015 n'abordait pas : que faire quand on arrête cette "drogue" ? J'ai eu la chance d'avoir déjà des passions (écriture, investissement, sport) qui ont pu remplir l'espace laissé vacant par le travail.

La conclusion de juin 2015 reste juste : "pour cela il n'y a qu'un moyen, devenir rentier." L'indépendance financière est effectivement la seule solution pour se désintoxiquer de cette drogue qu'est le travail contraint. Aucune autre stratégie (changement d'employeur, temps partiel, meilleure gestion du temps) ne peut vraiment résoudre le problème fondamental : tant qu'on DOIT travailler, notre esprit reste distrait par cette obligation.

En janvier 2026, je confirme : oui, j'ai passé vingt-trois ans dans un état de distraction induite par le travail. Le temps a filé sans que je m'en rende vraiment compte. Depuis 2021, les cinq années écoulées sont beaucoup plus "denses" en termes d'expérience vécue. Je ne me retrouverai pas sur mon lit de mort en me demandant ce que j'ai fait de ma vie, parce que depuis 2021, je vis effectivement au lieu de simplement passer le temps.

Pour ceux qui sont encore dans cette phase de "distraction professionnelle" : prenez conscience du mécanisme. Le travail fait passer le temps vite, ce qui peut sembler confortable à court terme. Mais à long terme, vous vous réveillerez à 65 ans en vous demandant où sont passées toutes ces années. L'indépendance financière n'est pas un luxe : c'est la seule façon de vraiment vivre plutôt que de simplement laisser le temps s'écouler pendant qu'on est distrait.

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