Analyse Kühne + Nagel 2025 : ROE 40% en danger ?

Article original rédigé en mars 2018 par dividinde et mis à jour par mes soins en décembre 2025

Présentation de Kühne + Nagel

Kühne + Nagel International AG (KNIN:VTX) est le leader mondial du transport maritime et le deuxième transporteur aérien mondial. Fondée en 1890 à Brême, cette entreprise schwyzoise emploie désormais 96 863 collaborateurs répartis dans plus de 1 300 implantations à travers une centaine de pays.

Infographie Kühne + Nagel 2025 : ROE 40.77%, dividend yield 5.12%, valorisation élevée P/B 9.06

Avec une capitalisation boursière de 18.8 milliards de francs, K+N domine le secteur de la logistique grâce à quatre divisions principales : le fret maritime (environ 45% du bénéfice brut), le fret aérien (33%), les transports terrestres et les contrats de logistique.

Performance récente et valorisation

Le titre KNIN traverse une période difficile avec une baisse de 22.77% sur les 12 derniers mois, ramenant le cours à 161.10 CHF. Cette contre-performance s'inscrit dans un contexte de recul du bénéfice net (-10.83% en glissement annuel) malgré une croissance du chiffre d'affaires de 6.54%.

Données financières clés (décembre 2025)

IndicateurK+NIndustrie
Cours actuel161.10 CHF-
Capitalisation18 806 M CHF-
P/E (TTM)18.5916.56
P/B9.062.21
P/S (TTM)0.740.69
ROE (TTM)40.77%5.11%
Marge nette4.04%1.03%
Dividend Yield5.12%4.24%

Analyse quantitative

Rentabilité exceptionnelle

Le modèle économique de K+N se distingue par un rendement sur capitaux propres (ROE) de 40.77%, soit 8 fois la moyenne du secteur. Cette performance s'explique par la nature peu capitalistique du transport et de la logistique : l'entreprise génère d'importants bénéfices sans devoir immobiliser des capitaux considérables en actifs fixes.

La marge nette de 4.04% peut sembler modeste, mais elle surpasse largement la moyenne sectorielle de 1.03%. Cette efficacité opérationnelle permet à K+N de maintenir sa position dominante sur un marché hautement concurrentiel.

Valorisation : attractive mais risquée

Le ratio cours/valeur comptable (P/B) de 9.06 constitue le principal point d'attention. Si un P/B élevé est normal pour ce secteur asset-light, à partir de combien peut-on considérer que K+N est trop chère ? La réponse dépend de comment on analyse sa rentabilité exceptionnelle :

  • Prime de valorisation : P/B de 9.06 vs 2.21 pour l'industrie = +310%
  • Prime de rentabilité : ROE de 40.77% vs 5.11% = +698%
  • Verdict : K+N génère 7x plus de rentabilité mais coûte seulement 4x plus cher → décote relative de 50%

Le marché valorise donc K+N moins cher que ne le justifierait son ROE exceptionnel. Cette décote révèle que les investisseurs anticipent une compression du ROE, comme le confirme la baisse des bénéfices de 10.83%.

Quant au PER, avec 18.59, il reste raisonnable, tout comme le P/S de 0.74. Mais la question centrale devient : le ROE de 40% est-il durable ou va-t-il se normaliser ? Si le ROE retombe vers 25-30% (toujours excellent), le cours pourrait encore baisser de 25-40%.

Dividendes : attractif mais fragile

K+N offre un rendement de 5.12% avec un dividende annuel de 8.25 CHF. La croissance historique du dividende (10.76% sur 5 ans) témoigne d'un engagement fort envers les actionnaires.

Toutefois, le payout ratio de 95.89% laisse très peu de marge de manœuvre. En cas de nouvelle baisse des bénéfices, l'entreprise pourrait devoir réduire le dividende. Cette situation fragilise la pérennité d'un dividende pourtant attractif. Dans tous les cas, sa croissance future est pour l'instant quelque peu compromise.

Solidité financière

Le ratio dette/fonds propres de 1.56 (industrie : 0.89) indique un endettement supérieur à la moyenne. Toutefois, la couverture des intérêts de 34.78 fois rassure sur la capacité de l'entreprise à honorer ses obligations.

L'Altman Z-Score de 4.12 place K+N en zone de sécurité face au risque de faillite. En revanche, le Piotroski F-Score de 5/9 suggère une qualité financière moyenne, cohérente avec la détérioration récente des résultats.

Foire aux questions (FAQ)

Kühne + Nagel est-elle un bon investissement dividende en 2025 ?

Le rendement de 5.12% est attractif, mais le payout ratio de 96% fragilise la pérennité du dividende. Un investisseur privilégiant la sécurité devrait attendre une stabilisation des bénéfices avant d'investir.

Pourquoi le titre est en baisse depuis 2024 ?

La baisse reflète l'anticipation par le marché d'une compression du ROE exceptionnel de 40.77%. Le recul des bénéfices (-10.83%) suggère que cette rentabilité record n'est pas soutenable, d'où la correction malgré une valorisation attractive du point de vue du PER et du P/S.

Le ROE de 40% est-il durable ?

Ce ROE exceptionnel provient du modèle peu capitalistique de K+N et de son levier financier. Il est structurellement durable tant que l'entreprise maintient sa position dominante, mais peut fluctuer avec les marges opérationnelles (qui ont baissé depuis 2022).

Conclusion : valorisation a priori attractive mais timing risqué

Kühne + Nagel affiche une valorisation attractive de par son PER et son P/S. Même si le P/B est élevé, il peut s'expliquer par le côté "asset-light" de K+N. Sur le papier, le titre paraît bon marché pour un leader mondial générant un ROE de 40.77%.

Toutefois, ceci est valable pour autant que l'entreprise maintienne sa rentabilité exceptionnelle. Or, le marché semble anticiper une normalisation de ce ROE exceptionnel, comme le confirme la baisse des bénéfices de 10.83% et la performance de -23% sur 1 an. Le Piotroski F-Score moyen (5/9) et le payout critique (96%) renforcent cette hypothèse de détérioration de la qualité.

Pour un investisseur quantitatif, la question centrale n'est pas la valorisation actuelle (qui est attractive), mais la durabilité du ROE. Si celui-ci se normalise vers 25-30% (toujours excellent mais plus soutenable), le cours pourrait encore baisser de 25-40% depuis les niveaux actuels.

Recommandation : Surveiller la stabilisation des bénéfices et du ROE. Entrer uniquement si on anticipe un rebond de la rentabilité. Dans le cas contraire, attendre que la compression du ROE soit complète et que le titre ait trouvé un nouveau plancher. L'attractivité apparente de la valorisation ne compense pas le risque de détérioration continue de la rentabilité (catching a falling knife).


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10 réflexions sur “Analyse Kühne + Nagel 2025 : ROE 40% en danger ?”

  1. Merci dividinde pour cette analyse. J’avais déjà entendu le nom de cette entreprise quelque part, mais je n’aurais jamais imaginé qu’en Suisse on avait le leader mondial du transport maritime et le deuxième du transport aérien. Pas mal pour un pays qui n’a pas d’accès direct sur la mer 🙂
    Effectivement la rentabilité de cette société est impressionnante. Associe cela avec un goodwill en hausse et de faibles besoins en dépense d’équipement, ça sent un peu la franchise. Un peu seulement parce que la marge comme tu l’as souligné est un peu faible.
    Je trouve par contre les réserves de liquidités également faibles (et en baisse). De même, mais tu l’as aussi souligné, le ratio de distribution est très élevé (127% du FCF). Ces deux points sont néanmoins effectivement contrebalancés en partie par la forte rentabilité de la société.
    Enfin en ce qui concerne le prix, je fais le Picsou comme d’habitude : je le trouve un peu cher. Si on se focalise sur le ratio prix/ventes ça va, avec 0.93, mais ça s’explique par les faibles marges. Mais bon, la qualité a un prix 🙂
    On va voir ces prochains mois si, grâce au simplet à la mèche blonde, on va retrouver des titres de qualité bon marché. En tout cas c’est parti dans le bon sens.

  2. En effet, la guerre commerciale lancée par le simplet n’est pas du tout du goût de la bourse. C’est pas encore les grandes soldes (elles devraient bientôt suivre), mais il commence déjà à avoir quelques bonnes affaires. J’ai par exemple renforcé cette semaine Burkhalter et Nestlé.

    1. Quand les indices américains auront été divisés par deux, et par la même les retraites, les électeurs vont enfin ouvrir les yeux sur ce clown.

    1. Assez incroyable ce titre.
      1) les coûts du revenus sont négatifs (!?!) => marge brute énorme à 4 chiffres !
      2) l’entreprise réalise des pertes, mais le FCF est positif
      3) l’entreprise parvient donc malgré les pertes à payer un dividende généreux, grâce au FCF
      4) marge de FCF énorme, aussi à 4 chiffres et marge nette supérieure à 100%

      Franchement, je ne sais que en penser. Faudrait lire en détail les rapports de gestion.
      Mais quand il y a des incohérences entre le FCF et le bénéfice, ce n’est pas bon signe. Ou alors quelque chose m’échappe. Et puis ces coûts négatifs sont bizarres aussi.
      T’en dis quoi de ton côté ?

  3. Merci pour ta réponse. A mon avis les chiffres de Bellevue sont peu significatifs parce que la banque est en pleine réorientation depuis 2017 (arrêt des activités de broker et focalisation sur la gestion de fortune). C’est un pari sur la réussite du turnaround.
    L’important afflux d’argent nouveau est très prometteur ainsi que les commissions liées à son produit phare BB Biotech.
    Je pense qu’il y a pas mal de risques mais qu’un engagement vers les 20 fr pourrait s’avérer une bonne affaire « value ».

  4. Avec une hausse de plus de 100% en 2 ans, le cours de l’action est désormais complètement déconnecté des fondamentaux et je n’arrive pas à me résoudre à conserver un titre devenu aussi cher.

    J’ai donc liquidé aujourd’hui l’entièreté de ma position dans KNIN @306. Ce pactole a été réinvesti dans les 2 titres suivants: BCVN @85.3 et BKW @100.2.

    1. Merci Dividinde de partager tes modifications de positions! Une question toutefois: est-ce que tu vends et réinvestis le même jour? C’est clair que timer le marché reste très compliqué, néanmoins l’état actuel du marché casi quotidiennement haussier depuis… je n’arrive plus à m’en souvenir… m’inciterai à garder du cash et attendre un marché tendu et plus fragile. Je me demandais donc si les modifications se font toutes en même temps ou si tu partages le résumé de tes changements avec nous sans la durée dans le temps de ces modifications.
      Merci pour tes précisions

  5. @AGU: Je réinvestis en effet le plus souvent immédiatement le cash libéré par la vente d’une position, d’une part parce que je veux que mon argent travaille aussi rapidement que possible pour moi, d’autre part justement pour éviter d’essayer de timer le marché.

    Certes, le marché est cher, mais ça fait 10 ans que c’est le cas… À vouloir attendre le point d’entrée idéal, on finit par rester sur la touche et ne pas toucher de doux dividendes. À attendre un jour de plus avant de me lancer, j’ai constaté que je finissais souvent par trop tergiverser et attendre une semaine avant d’agir… puis un mois… puis, etc.

    Je fais d’ailleurs pareil avec la part de mon salaire que j’économise chaque mois: l’investir au fur et à mesure dans ce qui me semble valorisé correctement, plutôt que l’accumuler en attendant « que le marché retrouve la raison ». Mon but est de voir ma boule de neige grossir continuellement, pas d’être plus malin que le marché. 🙂

    Après je ne veux pas spamer ce blog avec toutes mes transactions, c’est pourquoi je ne publie que celles liées à des titres dont j’ai présenté une analyse.

    1. Très joli coup frérot !!!
      C’est vrai que le marché est de plus en plus indigeste. Incroyable comme il a redécollé suite au corona krach, alors même qu’il partait déjà de très haut.
      Comme toi, je déteste avoir du cash qui ne rapporte rien et j’aimerais pouvoir le réinvestir le plus rapidement possible. C’est ce que je fais en tout cas dans une situation « normale ». Toutefois, je ne peux pas me résoudre à l’investir dans des titres que j’estime hors de prix. Le problème c’est que ça devient la croix et la bannière pour dénicher encore des opportunités, même en élargissant quelque peu ses critères. Je vis donc actuellement, et depuis pas mal de temps, à contre-cœur, avec une part de cash un peu trop importante à mon goût.

      Je ferai un topo là-dessus lors de ma revue du premier semestre, donc tout bientôt.

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