Dernière mise à jour : mars 2026
En mars 2018, j'analysais positivement Orior AG (ORON:SWX), producteur alimentaire suisse aux fondamentaux apparemment solides : P/E de 14x, marge FCF de 7%, beta de 0.05, croissance régulière du dividende. Mon verdict : "titre pépère qu'on peut acheter et oublier dans un coin". L'analyse était raisonnable avec les données disponibles. Pourtant, huit ans plus tard, l'action s'est effondrée de près de 90% depuis ses plus hauts de 2021.

Voici ce qui est remarquable : grâce à une discipline rigoureuse, je n'ai pas subi cette catastrophe. Cet article documente comment la combinaison d'un stop loss mécanique (-20%) et d'une réévaluation fondamentale continue a permis de sortir bien avant le carnage, malgré une analyse initiale trop optimiste.

Ce cas d'école démontre une vérité essentielle du value investing : vous n'avez pas besoin d'avoir raison à 100% dans vos analyses. Vous avez besoin d'une méthode qui vous protège quand vous avez tort. C'est exactement ce qui s'est passé avec Orior. Et en 2026, l'histoire offre un épilogue inattendu : le miroir semble vouloir se retourner — mais est-ce vraiment le cas ?
Le contexte : de l'optimisme justifié au signal d'alarme
Ce qui rend ce cas fascinant, c'est la timeline des événements : les signaux techniques se déclenchent fin 2018 (quelques mois après mon analyse), l'analyse fondamentale confirme les problèmes en 2020, puis vient la fausse reprise qui piège les investisseurs indisciplinés (2020-2021), avant l'effondrement final (près de -90% de 96.70 CHF à environ 10.82 CHF entre 2021 et 2026).
Retraçons ensemble cette histoire, étape par étape, pour comprendre comment la méthode a compensé les conclusions de l'analyse initiale.
2018 : l'analyse optimiste originale
L'histoire d'Orior : de la fumée aux aliments
ORIOR possédait une histoire remarquable. L'entreprise trouve ses origines en 1852 avec Louis Ormond, fondateur d'une usine de tabac à Vevey. En 1930, fusion avec Louis Rinsoz, inventeur des fameux "Meccarillos". C'est en 1992 que la transformation radicale s'opère : Rinsoz & Ormond Holding devient ORIOR Holding SA et bascule totalement vers l'industrie alimentaire.
La stratégie de croissance était claire : acquisitions ciblées et cohérentes. Rapelli (charcuterie italienne) en 1993, Le Patron (pâtés) en 1996, Albert Spiess (Grisons) en 2008, puis le groupe Culinor en 2016 pour s'étendre au Benelux. Un portefeuille de marques régionales fortes, une croissance par acquisitions intelligentes.
La valorisation de 2018 : apparemment attractive
À l'époque, les ratios semblaient corrects :
- P/E : 14x les bénéfices récurrents
- P/S : 0.77x les ventes (intéressant)
- P/FCF : 11x le free cash flow
- P/B : 1.6x la valeur comptable
- Rendement : 2.84% pour un payout ratio prudent de 40%
- Croissance dividende : 1.95%/an sur 5 ans
Les fondamentaux : solidité apparente
Les chiffres de 2017 étaient rassurants :
- Ratio de liquidité générale : 2.18
- Ratio de liquidité réduite : 1.32
- Marge brute : 22.2% (en progression)
- Marge FCF : 7%
- ROA : 5.8% (en hausse)
- Cash flow ROA : 10.2%
- Dette LT/Actifs : 23.6% (en baisse)
- Beta : 0.05 (stabilité exceptionnelle)
Ma conclusion de mars 2018 : "Pas de risque d'obsolescence technologique et des frais généraux assez bien contenus, c'est le genre de titre qu'on peut acheter et oublier dans un coin. Je suis d'avis que le titre est correctement valorisé en ce moment."
En juillet 2018, Orior figurait encore dans mon portefeuille.
Décembre 2018 : premier signal d'alarme
Cinq mois après mon analyse positive, le titre décroche suffisamment pour que j'active mon ordre trailing stop loss manuel à 20%. Dans les commentaires de l'article original, je notais en décembre 2018 : "Activation de l'ordre trailing stop loss 20%".
Cette décision a été difficile. Orior était justement "l'action pépère par excellence que l'on peut conserver à vie sans se poser de questions". Les fondamentaux n'avaient pas encore significativement changé. Mais ma procédure de protection du portefeuille était claire : une baisse de 20% depuis le plus haut déclenche une vente, quelles que soient mes convictions.
Leçon n°1 : Les signaux techniques précèdent souvent les fondamentaux. Le marché savait quelque chose que je ne voyais pas encore.
2020 : la tentation du « bon prix »
Deux ans plus tard, nouvelle séquence instructive. Après la chute de 20%, l'action Orior se négociait mécaniquement moins cher. Dans les échanges de commentaires en 2020, la question légitime se posait : "Faut-il racheter pour profiter de cette baisse ?"
Ma réponse a été catégorique : non. Trois raisons fondamentales :
- L'endettement était devenu excessif – la dette augmentait plus vite que la capacité à la rembourser
- L'entreprise avait commencé à émettre des actions – dilution des actionnaires existants, signe de besoin de liquidités
- Le ratio P/B dépassait 6 – la valorisation restait élevée malgré la baisse du cours
J'écrivais à l'époque que ce n'était plus "ma tasse de thé". Cette analyse fondamentale a validé le signal technique de 2018 : quelque chose clochait structurellement chez Orior.
Leçon n°2 : "Bon marché" n'est pas synonyme de "bonne affaire". Un titre qui baisse de 20% peut encore baisser de 80% si les fondamentaux se dégradent.
2020-2021 : le piège de la fausse reprise
Voici où l'histoire devient vraiment intéressante d'un point de vue pédagogique. Entre 2020 et 2021, le titre Orior est remonté de 78 CHF à 94 CHF, soit un gain de 20%. Pour quelqu'un qui aurait vendu à 78 CHF en suivant le stop loss, c'était frustrant de voir l'action repartir.
Cette remontée semblait invalider :
- Mon analyse technique (le stop loss était-il prématuré ?)
- Mes préoccupations fondamentales (l'endettement n'était peut-être pas si grave ?)
- Ma décision de ne pas racheter en 2020 (occasion manquée ?)
C'est le moment psychologique le plus difficile en investissement : quand le marché semble vous donner tort. Les "fausses reprises" sont des pièges classiques dans les actions en déclin structurel. Elles créent l'illusion que les problèmes sont résolus et incitent les investisseurs à revenir.
Leçon n°3 : Les fausses reprises font partie du processus de destruction de valeur. Elles testent votre discipline et piègent les investisseurs qui "moyennent à la baisse".
2021-2026 : l'effondrement et les premières lueurs
Depuis le sommet de 96.70 CHF atteint en 2021, Orior n'a fait que chuter. Le cours actuel de 10.82 CHF (mars 2026) représente une destruction de valeur de près de 90% depuis les plus hauts.
Que s'est-il passé ?
Résultats 2024 : le nadir
- Pertes nettes : -36M CHF (vs +23M en 2023)
- Explosion de l'endettement : Total Debt / Equity à 6.31 (vs 1.63 en 2023)
Les problèmes structurels révélés
En février 2025, Orior a annoncé plusieurs ajustements comptables majeurs, dont les résultats 2024 ont été finalement publiés en avril 2025 après un audit complexe :
- Écart de valorisation d'inventaire : ~10M CHF
- Abandon projet d'usine : 8M CHF supplémentaires (sur 20-22M total)
- Retraitement des chiffres 2023 nécessaire
- Perte d'un client majeur à l'export
- Fermeture du site d'Olen en Belgique
- Restructuration : fusion Rapelli/Albert Spiess
Le versement du dividende a été interrompu. La cession de Culinor (filiale belge rachetée en 2016 dont les synergies attendues n'ont jamais été au rendez-vous) a été mise en procédure de vente, avec un objectif de conclusion fixé au premier trimestre 2026.
Résultats 2025 : un retour inattendu à la rentabilité
Les résultats préliminaires 2025, publiés fin janvier 2026, ont surpris positivement. La restructuration commence à produire des effets concrets :
- Chiffre d'affaires (exercice clos le 31.12.2025) : 622.94M CHF (recul organique de -1.5% à -2.98%, mais conforme aux attentes)
- Retour à la rentabilité : bénéfice net +9.37M CHF (exercice clos le 31.12.2025) vs -36M CHF en 2024
- Dette nette réduite d'environ 28M CHF à 153M CHF, grâce à des cessions immobilières et à la génération de trésorerie opérationnelle
- Piotroski F-Score : 8/9 — signal d'amélioration fondamentale sur presque tous les critères
En février 2026, UBS a relevé sa recommandation sur Orior à "neutre", estimant que les mauvaises nouvelles opérationnelles étaient désormais intégrées dans le cours. Ces signaux restent insuffisants pour conclure, mais ils sont réels.
Les 6 leçons pour investisseurs FIRE
1. Le stop loss sauve des portefeuilles
L'activation du stop loss à -20% en décembre 2018 a permis de sortir vers 78 CHF. Aujourd'hui, le titre vaut 10.82 CHF. La protection a évité une perte supplémentaire de plus de 85%. Même si la remontée à 94 CHF a été frustrante, la discipline a payé sur le long terme.
Application pratique : Définissez votre seuil de stop loss (15-20% est raisonnable) et suivez-le mécaniquement, sans états d'âme. Les émotions sont votre ennemi.
2. Les signaux techniques anticipent les fondamentaux
Le cours a commencé à baisser fin 2018. Les problèmes structurels ont commencé à apparaître graduellement les années suivantes.
Application pratique : Quand le momentum se dégrade fortement, prenez-le au sérieux même si les fondamentaux semblent solides.
3. Les fondamentaux confirment ou infirment
L'analyse de 2020 (endettement excessif, émission d'actions, P/B élevé) a confirmé que le signal technique était justifié. La combinaison des deux approches est puissante.
Application pratique : Après un stop loss, revérifiez les fondamentaux avant de racheter. Si vous identifiez des red flags, restez à l'écart.
4. Les "fausses reprises" sont des pièges
La remontée de 20% entre 2020-2021 était une illusion. Les actions en déclin structurel connaissent souvent des rebonds techniques qui piègent les investisseurs optimistes.
Application pratique : Ne revenez sur une position vendue que si les fondamentaux montrent une amélioration claire et durable, pas juste une remontée de cours.
5. La diversification protège de l'erreur individuelle
Même avec une analyse solide, j'ai recommandé Orior en 2018. Si Orior avait représenté 20% de mon portefeuille, les dégâts auraient été considérables. À 2-3%, c'est gérable.
Application pratique : Ne concentrez jamais plus de 5% de votre portefeuille sur une seule action, surtout en small/mid cap.
6. Le "buy and forget" n'existe pas vraiment
En 2018, je qualifiais Orior de "titre qu'on peut acheter et oublier dans un coin". C'était naïf. Même les entreprises apparemment stables dans des secteurs défensifs peuvent imploser si la gestion se dégrade.
Application pratique : Revoyez vos positions au moins une fois par an. Le monitoring régulier fait partie du jeu.
Épilogue 2026 : le miroir se retourne-t-il ?
Il y a un an, ma réponse à "faut-il acheter Orior ?" était catégoriquement non. En mars 2026, le tableau a partiellement changé — pas assez pour conclure, mais suffisamment pour que le dossier mérite une lecture attentive. Et c'est là que l'histoire devient fascinante, parce qu'elle reproduit exactement, en miroir, le piège de 2018.
En 2018, les fondamentaux semblaient bons mais le cours envoyait un signal d'alarme — et il avait raison. En 2026, certains fondamentaux s'améliorent mais le cours continue de sanctionner sévèrement. La leçon reste identique.
Voici les signaux contradictoires, données FactSet et presse financière à l'appui :
| Signaux positifs | Points de vigilance |
|---|---|
| Retour à la rentabilité : +9.37M CHF (exercice clos le 31.12.2025) vs -36M en 2024 | CA toujours en recul : -2.98% (exercice clos le 31.12.2025) |
| Piotroski F-Score : 8/9 — amélioration sur presque tous les critères | Dette/Equity (TTM) : 4.06 vs 0.52 pour l'industrie |
| Altman Z-Score : 2.44 (zone grise, en amélioration vs 1.96 en 2025) | P/Tangible Book (TTM) : 13.49 vs 2.30 pour l'industrie |
| P/FCF (TTM) : 3.70 vs 19.15 pour l'industrie | Couverture intérêts (TTM) : 2.38x — marge étroite |
| Dette nette réduite de ~28M CHF à 153M CHF en 2025 | Performance 52 semaines : -47.86% |
| UBS relevé à "neutre" (février 2026) | Vente de Culinor encore en suspens au T1 2026 |
| Restructuration sans augmentation de capital — engagement de la direction | Concentration client : Migros représente ~23% des ventes |
Le P/FCF à 3.70x sur un chiffre d'affaires de près de 623M CHF est difficile à ignorer. Le Piotroski 8/9 mesure neuf critères fondamentaux distincts — un score aussi élevé indique une amélioration réelle sur presque tous les fronts. Mais la dette nette à 153M CHF représente encore environ 3.9 à 4.2 fois l'EBITDA ajusté, un niveau que la direction elle-même qualifie d'"insatisfaisant". Et le cours continue de sanctionner : les institutionnels qui ont accès aux mêmes données que vous vendent encore.
La vente de Culinor est le catalyseur clé à surveiller. Selon les analystes de la Banque cantonale de Zurich, la transaction pourrait rapporter entre 50 et 100M CHF. Si elle se conclut, elle permettrait de ramener la dette nette à un niveau beaucoup plus gérable — et de changer radicalement l'équation risque/rendement.
Avant de considérer un retour sur ce titre, trois conditions devraient être simultanément réunies :
- Stabilisation du chiffre d'affaires — le recul organique doit s'arrêter
- Réduction significative de la dette — la vente de Culinor est ici le facteur déterminant
- Stabilisation durable du cours — une consolidation horizontale sur 6 à 12 mois sans nouveau plus bas, signe que le marché commence à valider le redressement
Tant que ces trois feux ne sont pas simultanément au vert, le risque du value trap reste dominant. Pour un investisseur FIRE dont l'objectif premier est la préservation du capital, ce profil reste hors scope. Pour un investisseur spéculatif avec une position de 1-2% maximum et un stop loss serré, la thèse de redressement est au moins intellectuellement défendable — ce qui n'était pas le cas il y a un an.
Conclusion : un cas d'école salutaire
Les leçons essentielles de cette histoire :
- Aucune analyse n'est parfaite : parfois il y a des choses que l'on ne peut tout simplement pas connaître à l'avance — il faut l'accepter
- La discipline (stop loss) est là pour compenser ce risque d'imperfection
- Les signaux techniques et fondamentaux se renforcent mutuellement
- Les "fausses reprises" testent votre patience et votre rigueur
- La diversification est votre assurance anti-catastrophe
- Le monitoring régulier est non-négociable
Si j'avais ignoré le stop loss par attachement émotionnel à ma thèse initiale, je serais assis sur une perte de plus de 85% aujourd'hui.
Pour les investisseurs FIRE, ce cas rappelle une vérité essentielle : votre objectif n'est pas d'avoir raison à 100%, mais de protéger votre capital suffisamment bien pour que les bonnes décisions compensent largement les mauvaises. Le stop loss, la diversification et l'analyse fondamentale sont vos trois piliers de protection.
Et l'épilogue 2026 ajoute une dimension supplémentaire : même lorsqu'une entreprise semble amorcer un redressement réel, le marché peut avoir raison de rester prudent. Jusqu'à ce que les trois conditions soient réunies — CA stabilisé, dette en reflux, cours consolidé — l'histoire d'Orior n'est pas encore écrite.
Et vous, auriez-vous investi dans Orior ? Faites-le test.
Ressources complémentaires :
- Guide : que faire quand un titre dévisse (procédure stop loss 20%)
- Activation du stop loss décembre 2018 (commentaire original)
- Pourquoi ne pas racheter en 2020 (commentaire)
Cet article est une mise à jour de l'analyse originale du 21 mars 2018, transformée en cas d'école evergreen pour les besoins pédagogiques de la communauté dividendes.ch. Il sera mis à jour si les conditions fondamentales évoluent de manière significative.
Questions fréquentes
Le stop loss n'empêche-t-il pas de profiter des remontées ?
Oui, et c'est le prix à payer. Dans le cas d'Orior, le stop loss a fait sortir à ~78 CHF et le titre est remonté à 94 CHF (+20%). Mais il est ensuite descendu à moins de 11 CHF (-89% depuis le sommet). Le stop loss optimise la gestion du risque, pas la maximisation du gain absolu. C'est un outil de protection, pas de performance.
Comment distinguer une "fausse reprise" d'un vrai rebond ?
Quatre critères clés à évaluer simultanément :
- Les fondamentaux s'améliorent-ils vraiment ? (résultats, cash flow, dette)
- La remontée est-elle accompagnée de volumes ? (conviction du marché)
- La remontée est-elle durable ? (6 à 12 mois sans nouveau plus bas)
- La valorisation est-elle attractive sur des bases fondamentales assainies ?
Dans le cas d'Orior, la remontée 2020-2021 n'était accompagnée d'aucune amélioration fondamentale. L'endettement continuait d'augmenter, l'entreprise augmentait ses actions en circulation et le prix par rapport à la valeur comptable était élevé. En 2026, les fondamentaux s'améliorent partiellement — mais le cours continue de baisser, ce qui invite à la prudence.
Faut-il éviter complètement les small caps suisses ?
Non, mais il faut être plus prudent et discipliné. Les small caps offrent du potentiel mais avec des risques spécifiques :
- Liquidité plus faible (difficile de sortir rapidement, mais en contrepartie moins de concurrence institutionnelle)
- Moins de couverture analystes (moins d'information, mais des titres potentiellement moins chers)
- Plus de volatilité en cas de problème
- Risques de gouvernance plus élevés
Règles à appliquer : stop loss systématique (15-20%), diversification sur plusieurs secteurs et plusieurs sociétés, et suivi régulier des fondamentaux.
Comment savoir quand une entreprise est en "déclin structurel" ?
Six signaux d'alerte cumulatifs :
- Endettement croissant avec des résultats stables ou baissiers
- Émission d'actions nouvelles (besoin de cash)
- Marges en contraction continue sur 2-3 ans
- Perte de parts de marché face à la concurrence
- Dividende maintenu malgré la baisse des bénéfices (payout ratio en progression vers 100%)
- Baisse du cours de manière durable et significative
Orior cochait toutes ces cases entre 2019 et 2024. En 2025-2026, certains de ces signaux s'inversent — mais pas encore tous.
Qu'est-ce que le score Altman Z-Score et comment l'interpréter ?
Le Z-Score d'Altman est un modèle statistique qui combine cinq ratios financiers pour estimer la probabilité de faillite d'une entreprise. Les zones d'interprétation classiques sont les suivantes : en dessous de 1.81, le risque de défaut est élevé ; entre 1.81 et 2.99, on se trouve dans une zone grise d'incertitude ; au-dessus de 2.99, la situation financière est considérée comme saine.
Orior affichait un Altman à 1.96 début 2025 (basse zone grise, proche de la zone de détresse). Le score est remonté à 2.44 en 2026, toujours en zone grise mais nettement amélioré. C'est un signe que la restructuration produit des effets mesurables — sans pour autant garantir la sortie du tunnel.
Sources et données
- FactSet — données financières (cours, ratios, scores)
- Orior AG — communiqués de résultats et rapports annuels : investor.orior.ch
- SIX Swiss Exchange — données boursières ORON : six-group.com
- Agence AWP / PME.ch — restructuration et résultats H1 2025 : pme.ch
- Investing.com — résultats préliminaires 2025 et note UBS (janvier-février 2026) : investing.com
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C’est vrai, belle entreprise avec une histoire pleine de rebondissements. Je possède aussi une petite tranche d’Orior, action que j’assimile presque à une obligation tant elle est pépère.
Ce qui ne m’enchante pas c’est en effet la croissance anémique du dividende et la marge nette bénéficiaire fine comme de la pâte à pizza. A ce niveau, Bell a quand même un profil un peu plus sexy!
Oui, ou Emmi, mais c’est nettement plus cher!
Bonjour Jerôme
Si elle progresse comme la petite entreprise de textile elle fera beaucoup d’heureux…..
Que penses-tu de KHC qui est en dessous du prix d’achat de WB avec un PER de 6.93 très bas et un rendement assez confortable ?
amicalement
Antonio
Salut Antonio,
Où vois tu un PER de 6.93 pour KHC?
Bonjour Jerôme
sur mon i-phone il l’indique :
capitalisation 74.44 Mds
max 52 semaines 93.88
mini 52 semaines 60.49
cours 60.73 ce jour
PER 6.82 ce jour car l’action a baissé hier
Rendement 4.03 % au cours de ce jour.
Compte tenu que Warren Buffet l’a acheté sur la base de 72.50 $ et à ce jour elle est à 60.73 $ cela peut être très intéressant. D’autant plus que comme il a acheté avec 3G Capital (Lehmann Jorge Paulo) 3G a pour réputation de faire remonter les bénéfices suite à leur intervention.
Comme tu as une grande expérience dans l’analyse ton avis me semble très intéressant.
Après peut-être que les chiffres ne soient pas à jour….. bien évidemment c’est en $…
amicalement
Antonio
Il ne faut jamais faire confiance à Apple, je l’ai toujours dit 🙂
Trêve de plaisanterie, ceci nous prouve encore une fois le danger qu’il y a d’investir en ne regardant que le PER indiqué par les sites financiers.
Il est important d’examiner d’autres ratios de valorisation et aussi ce qu’il y a derrière ce PER.
En l’occurence, sur les 10’999 mio d’USD de bénéfice net en 2017, 7’000 mio d’USD proviennent d’éléments extraordinaires, donc non récurrents.
En vérité le PER n’est pas de 6.82, mais de 18.5. Voilà qui change considérablement la donne!
Warren a certainement acheté sur la base d’autres critères. Je pense notamment :
– Marge brute moyenne assez bonne
– frais généraux moyens assez bons
– marge nette moyenne assez bonne
– goodwill en hausse
– dette raisonnable
– besoins en dépense d’équipement assez faibles
– prix par rapport à la valeur comptable corporelle intéressant
Ce qui me dérange beaucoup plus par contre ce sont les liquidités : très faibles et en baisse.
=> risques de difficultés de paiements et donc également de maintenir le dividende…
Bonjour Jerôme
Merci pour tes commentaires très instructifs sur KHC car tes analyses vont beaucoup plus loin. Ton expérience nous est très profitable et c’est vrai que le PER est très réducteur si on le prend seul.
Merci encore.
amicalement
Antonio
Avec plaisir!
Activation de l’ordre trailing stop loss 20%
Argh, trop dommage! Je trouve que c’est l’action pépère par excellence que l’on peut conserver à vie sans se poser de questions. Quasi une obligation avec un dividende qui ne croît presque pas, mais solide comme un steak bien cuit. 😉
Oui j’ai d’ailleurs hésité justement à cause de ça. Mais finalement j’ai décidé de garder ma même règle de protection pour toutes mes actions. Et rien ne m’empêche d’y revenir dans quelques temps, comme d’autres du genre. Bell, Emmi et autres !
Le moment de revenir sur Orior ne serait-il pas venu? « Grâce » au Covid l’action est presque 20% moins chère qu’en début d’année. Le modèle d’affaires est relativement résistant, le dividende me semble assuré et dépasse les 3%. Ce qui me fait le plus hésiter c’est surtout le faible % de fonds propres…
Effectivement le dividende est intéressant et bien couvert du point de vue des bénéfices et du FCF. Comme tu l’as dit un des gros points noirs c’est le faible taux de fonds propres, autrement dit l’endettement qui est très important. La dette représente 3.15 fois les fonds propres et le taux d’endettement à long terme 40% des actifs. Sans compter qu’Orior a en plus émis des actions ces dernières années. Malgré le dividende intéressant actuel de 3%, à cause de l’endettement et de l’émission des actions, le rendement pour l’actionnaire s’est élevé en moyenne à -4% par an ces cinq dernières années. Pas fameux… Rajoute là dessus que le prix/valeur comptable grimpe jusqu’à plus de 6% ce qui est énorme. Donc pas trop ma tasse de thé, en tout cas dans ces circonstances.
Merci Jérôme
L’endettement me semble en effet élevé mais pas facile à interpréter: j’ai lu qu’Orior était passé en 2018 de la norme comptable IFRS à Swiss GAAP FER et que depuis le goodwill dû à la dernière grosse acquisition était directement déduit des fonds propres.
Ainsi, les fonds propres seraient supérieurs à 50% selon IFRS, mais inférieurs à 20% selon Swiss GAAP FER. Sacré casse-tête…
Le « gap » s’est produit entre l’exercice fiscal 2016 et 2017. 205 millions de fonds propres se sont évaporés à cause du changement que tu cites, répartis entre le goodwill et les intangibles. Ceci explique pourquoi la valeur comptable est aussi importante, car elle correspond en fait à une valeur comptable corporelle (uniquement les actifs tangibles). J’avais d’ailleurs évoqué le point de la forte composante des intangibles dans l’article.
Jusqu’en 2018, cela ne me dérangeait pas, car comme je le mentionnais :
« Lorsqu’on achète de l’Orior, on achète aussi le portefeuille d’actifs de l’entreprise, ses nombreuses marques et acquisitions. L’histoire de la société nous montre qu’elle a grandi particulièrement de manière exogène, en procédant à des achats ciblés, intelligents et cohérents lui permettant de dégager à la fois des synergies et des opportunités de développement. C’est cela qui explique le goodwill croissant et important d’Orior et cela également qui explique pourquoi le titre semble survalorisé si l’on se focalise uniquement sur les actifs corporels. Orior est beaucoup plus qu’un simple fabricant de produits alimentaires. »
Néanmoins, depuis les choses ont un peu changé. Le taux d’endettement à long terme par rapport aux actifs a explosé de 23% à 40%, tandis que la capacité à générer des flux de trésorerie libre n’a pas évolué. L’entreprise aurait besoin aujourd’hui de plus de 7 ans pour rembourser toute sa dette en ayant recours à son FCF, ce qui est trop long.
L’autre point qui a aussi changé c’est que jusqu’à l’exercice fiscal 2017 Orior maintenait le nombre d’actions en circulation stable, voire le baissait. Depuis c’est juste le contraire.
Bref, augmentation de l’endettement et du capital actions, ce n’est pas vraiment comme cela qu’un actionnaire aimerait qu’une entreprise se développe…
Merci beaucoup pour ces explications précieuses 🙂
Avec plaisir frérot 😉