Avril 2018. Dernière mise à jour : décembre 2025.
Bilan de progression. De 60h/semaine à 35h. Différence réelle. Objectif : continuer vers 25-30h.

Point culminant à 60 heures par semaine
Il y a cinq ans je travaillais encore près de 60 heures par semaine. C'était le point culminant de ma vie de rat de laboratoire. Jamais en effet je n'avais autant été exploité par la société capitaliste. Par chance j'avais déjà mis en place de nombreuses années auparavant plusieurs stratagèmes me permettant de sortir de cette course effrénée. J'avais déjà les moyens financiers de travailler nettement moins, mais ce qui me manquait, c'était une opportunité professionnelle pour le faire. Après de longues et difficiles recherches (pas évident quand on passe déjà sa vie au boulot), j'avais enfin pu trouver un job à 45h par semaine. C'était déjà une très nette amélioration, mais encore trop par rapport à mes objectifs, d'autant que je pouvais me permettre de travailler encore nettement moins. Là encore j'ai dû lutter pour trouver des solutions pour abaisser mon temps de travail. C'est paradoxal quand on y pense : certains bataillent pour trouver du job, tandis que d'autres (plus rares) font de même pour en faire le moins possible…
Désormais à 35 heures par semaine
Depuis plusieurs mois je suis parvenu à baisser mon temps de travail à 35h par semaine. Cela fait une réelle différence. Le travail a moins d'emprise sur moi, non seulement en termes de temps, mais surtout psychologiquement parlant. Je retrouve un peu de temps pour accomplir des activités qui me plaisent et voir des amis. Je prends conscience (encore plus) que dans ma vie, le travail n'est qu'une des nombreuses ressources dont je dispose. Par ailleurs, étonnamment, la perte financière n'est pas énorme. J'en parlais déjà dans un précédent article : les coûts fiscaux, sociaux et d'acquisition du travail sont énormes. Tout compté, on n'est pas très loin des 50%. Cela signifie que lorsque l'on baisse de 20% son taux d'activité, en fin de compte, on ne perd guère plus que 10% de son revenu net. Le contraire est aussi vrai : travailler 20% de plus signifie gagner à peine plus que 10%.
Effet inattendu : apprécier davantage le job
Aujourd'hui je suis heureux de cette situation. De plus, un autre effet non recherché et inattendu s'est produit : j'apprécie un peu plus mon job qu'auparavant. Qu'on se comprenne bien : je ne saute pas de joie chaque matin lorsque je dois aller travailler, mais je n'ai plus la boule à l'estomac. Et par moments j'y prends même un peu de plaisir. Je travaille moins, mais je travaille mieux, et avec plus d'entrain.
Objectif futur : 25-30 heures par semaine
Grâce à mes investissements, je pourrais me permettre de travailler encore moins. J'ai pour objectif 25-30h par semaine, mais je ne suis plus aussi pressé de baisser mon temps de travail. À l'époque c'était presque une question de survie, surtout quand je carburais à 60h par semaine. Maintenant c'est plus une vision à moyen terme. Il y a même des chances que lorsque j'aurai atteint ce stade, je m'en contenterai, c'est-à-dire que je ne chercherai pas forcément à arrêter totalement de travailler. Mais bon, ça, ça reste de la musique d'avenir…
À suivre dans les prochains épisodes.
Note rétrospective (décembre 2025)
En relisant cet article d'avril 2018, je mesure le chemin parcouru depuis. Sept ans et huit mois plus tard, voici ce qui s'est réellement passé.
Avril 2018 = 3 ans et 4 mois avant la démission :
En avril 2018, j'étais à environ 3 ans et 4 mois de ma démission. Je documentais une progression importante dans la réduction de mon temps de travail : de 60h/semaine (2013) à 45h, puis à 35h (avril 2018). Je visais 25-30h à moyen terme, avec l'hypothèse de peut-être me stabiliser là sans "arrêter totalement de travailler".
Spoiler : cette hypothèse s'est révélée complètement fausse. Je n'ai pas stabilisé à 25-30h. J'ai continué à réduire jusqu'à 0h (démission). La réduction progressive 60h → 0h s'est étalée sur environ 8 ans (2013-2021).
Pourquoi l'hypothèse "stabilisation à 25-30h" était fausse ?
En avril 2018, j'écrivais : "Il y a même des chances que lorsque j'aurai atteint ce stade [25-30h], je m'en contenterai, c'est-à-dire que je ne chercherai pas forcément à arrêter totalement de travailler."
Cette hypothèse semblait raisonnable en 2018. Mais elle reposait sur une incompréhension fondamentale : je pensais qu'en réduisant suffisamment le temps de travail, le salariat deviendrait tolérable. Erreur. Le problème du salariat n'est pas QUE le temps, c'est aussi (surtout) la subordination, l'aliénation, le manque d'autonomie.
Même durant les derniers mois, à 8h/semaine, le salariat restait fondamentalement insatisfaisant. Moins oppressant qu'à 60h, évidemment. Mais toujours aliénant. D'où la démission totale en 2021, pas une stabilisation à 20-30h.
2013 à 60h/semaine : "rat de laboratoire" :
J'écrivais qu'en 2013 (5 ans avant avril 2018), je travaillais "près de 60 heures par semaine" et que c'était le "point culminant" de ma "vie de rat de laboratoire". Cette métaphore était dure mais juste.
60h/semaine, c'est 12h/jour sur 5 jours. Plus les trajets, plus les préparations. C'est effectivement une vie de hamster dans sa roue : métro-boulot-dodo, sans espace pour respirer, sans vie personnelle réelle.
Cette période 2013 à 60h/semaine était le nadir absolu de ma carrière. Le pire moment. Mais aussi celui qui a accéléré la suite (la réduction progressive qui a suivi).
"Jamais je n'avais autant été exploité" :
Cette phrase d'avril 2018 sur 2013 était sans ambiguïté. 60h/semaine = exploitation maximale. Et j'avais raison. Travailler 60h alors que le contrat d'un salarié lambda en stipule 40h = donner 20h gratuites à l'employeur chaque semaine. Sur un an : 1'000 heures gratuites. L'équivalent de 6 mois de travail à temps plein offerts gratuitement.
C'est effectivement de l'exploitation pure. Et le pire, c'est que beaucoup de secteurs (conseil, finance, tech, médecine) considèrent ça comme "normal". Non, ce n'est pas normal. C'est de l'esclavage moderne déguisé.
Le paradoxe : "certains bataillent pour trouver du job, d'autres pour en faire le moins possible" :
Cette observation d'avril 2018 était sociologiquement juste et montre bien le privilège de ma position. Pendant que des millions de gens cherchent désespérément du travail (chômage, précarité), moi je cherchais désespérément à en faire moins.
Ce paradoxe n'est pas un hasard. C'est la conséquence du capital accumulé. Avec un capital d'investissement suffisant, le travail passe de nécessité vitale à choix stratégique. On peut se permettre de refuser, de négocier, de réduire. C'est exactement l'objectif FIRE : passer du côté "j'ai besoin de travailler" au côté "je choisis si/combien je travaille".
L'effet psychologique de passer de 60h à 35h :
J'écrivais que la différence 60h → 35h était "réelle" et "surtout psychologiquement". Sept ans plus tard, je confirme : la différence psychologique entre 60h et 35h est ÉNORME. Bien plus grande que la différence arithmétique (42% de temps en moins).
À 60h : le travail EST votre vie. Rien d'autre n'existe. À 35h : le travail redevient UNE partie de votre vie, pas LA vie. Vous retrouvez du temps pour amis, hobbies, santé mentale. Vous redevenez humain, pas juste une ressource productive.
Cet effet psychologique explique pourquoi j'écrivais "je n'ai plus la boule à l'estomac" et "par moments j'y prends même un peu de plaisir" à 35h. Le même job qui était insupportable à 60h devenait tolérable à 35h. Pas génial, mais tolérable.
L'effet inattendu : "j'apprécie un peu plus mon job" :
Cette observation d'avril 2018 était contre-intuitive mais vraie : en travaillant MOINS, j'appréciais PLUS mon job. Pourquoi ? Parce que l'épuisement détruit toute satisfaction possible. Un job intéressant devient horrible à 60h. Le même job peut redevenir acceptable à 35h.
Leçon : le problème n'est pas toujours le job lui-même, mais souvent la DOSE. Trop de n'importe quoi devient toxique, même quelque chose d'originellement plaisant.
Cependant, cette amélioration n'a pas suffi à long terme. Le salariat restait fondamentalement aliénant. D'où la démission totale en 2021. La réduction du temps aide, mais ne résout pas le problème de fond (subordination).
"C'était presque une question de survie" :
Cette phrase d'avril 2018 sur la période 60h était exacte. À 60h/semaine, réduire le temps de travail n'était pas un luxe ou un objectif de confort, c'était une question de SURVIE. Burn-out, dépression, problèmes de santé physique/mentale - tout ça menaçait.
À 35h (avril 2018), la pression était moins intense. D'où "je ne suis plus aussi pressé de baisser". Mais cette accalmie était trompeuse. Entre 2018 et 2021, j'ai quand même continué à réduire (35h → 0h), preuve que même 35h restait trop.
Le message pour les lecteurs :
Les leçons d'avril 2018 :
- La réduction progressive fonctionne : Passer directement de 60h à 0h est difficile. Mais 60h → 0h sur 8 ans = faisable et psychologiquement plus gérable.
- L'effet psychologique > l'effet arithmétique : Passer de 60h à 35h, c'est 42% de temps en moins mais probablement 80% de stress en moins. La qualité de vie s'améliore exponentiellement, pas linéairement.
- Réduire le temps améliore (temporairement) la satisfaction : Vous pourriez apprécier davantage votre job à 30h qu'à 50h. Mais ne vous y trompez pas : si votre objectif est FIRE, cette amélioration ne suffit pas. Continuez vers 0h.
- Ne sous-estimez pas la subordination : Le temps n'est qu'une partie du problème. L'autre partie, c'est la subordination hiérarchique. Même à 20h/semaine, avoir un patron reste aliénant pour les esprits indépendants.
En avril 2018, je pensais pouvoir me stabiliser à 25-30h. En août 2021, j'ai démissionné totalement. La trajectoire m'a mené plus loin que prévu. Et c'était exactement ce qu'il me fallait. Si vous êtes sur une trajectoire de réduction progressive comme la mienne en 2018, ne sous-estimez pas où elle pourrait vous mener. Peut-être plus loin que vous ne le pensez aujourd'hui. Et c'est probablement une bonne chose.
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Ça me fait super plaisir pour toi de lire que tu as réussi à lever un peu le pied au boulot. Tu sembles avoir trouvé une certaine harmonie et profiter de la vie!
Avec cette météo de rêve il faut actuellement vraiment se motiver pour passer la journée enfermé au bureau… J’espère aussi pouvoir dans quelques années baisser mon pourcentage au travail progressivement.
D’autant plus qu’en travaillant à 100% mes dividendes sont méchamment taxés (merci la progressivité de l’impôt). Je me réjouis du jour où mon revenu passif sera mon seul revenu et que du coup celui-ci sera imposé beaucoup plus légèrement. 🙂
Oui je commence à récolter un peu les fruits de ce que j’ai semé.
Et je profite d’ailleurs bien de ces journées ensoleillées!