Journal d’un futur rentier (65) : FIRE trans-générationnel

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Janvier 2020. Dernière mise à jour : décembre 2025.

Reportage TV : FIRE serait un truc de millennials. Je suis génération X et pourtant... L'aspiration à la liberté transcende les étiquettes.

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Génération X : l'invisible

D'après les classifications officielles je fais partie de la génération X, vous savez, celle dont personne ne parle, coincée entre l'omniprésence des boomers et des millennials.

FIRE : un truc de millennials ?

L'autre soir je regardais un reportage à la TV sur le mouvement FIRE (Financial Independence Retire Early), qui serait caractéristique de la génération Y d'après cette émission. En entendant ceci, je me suis dit que j'étais un OVNI perdu parmi les X, ou que ces histoires de génération c'était du bidon.

Notre contre-culture X

Certes, chaque tranche d'âge vit à un moment donné des événements communs et ceci contribue certainement à construire une espèce de pensée similaire. Les X, nous avons toujours été définis plutôt par opposition à nos "prédécesseurs", avec notre contre-culture (punk, rock alternatif, grunge) et notre cynisme.

Il est vrai qu'à certains égards, face à la pensée dominante des boomers, c'était le seul moyen de se frayer une place. Il est vrai aussi que nous étions les premiers à être confrontés à un monde du travail en pleine remise en question, caractérisé à la fois par le chômage et l'avènement d'Internet.

Désillusion précoce

Je me vois encore lors de mes premiers jobs. Avec les potes de mon âge, nous étions la plupart désillusionnés par rapport aux valeurs véhiculées à cette époque : compétition, individualisme, carriérisme, copinages, favoritisme... Ça ne nous correspondait pas. On n'en voulait pas, mais on n'avait pas le choix que de prendre ce qu'il y avait.

Mêmes valeurs que les millennials

Quand je vois comment sont dépeints les millennials aujourd'hui, je ne me sens guère différent d'eux : peu fidèles à leurs employeurs, remise en question de l'autorité, refus de placer le monde du travail au premier plan, privilégier la qualité de vie, liberté, autonomie. Je partage exactement les mêmes valeurs.

Aspiration trans-générationnelle

Je pense que ce goût pour un mode de vie différent, détaché du monde professionnel, existe depuis bien plus longtemps qu'on veuille bien le dire. Les entreprises n'ont juste pas voulu le voir avant et aujourd'hui, elles n'ont plus le choix, confrontées aux départs quasi-simultanés des membres de leur plus grande cohorte.

Mettre des étiquettes générationnelles sur les gens, c'est aussi débile que de vouloir faire ressortir des traits communs au sein des races ou des genres.

À suivre dans les prochains épisodes.


Note rétrospective (décembre 2025)

En relisant cet article de janvier 2020, écrit suite à ce reportage RTS qui présentait FIRE comme un truc de millennials, je me reconnais dans cette irritation. Cinq ans et onze mois plus tard, voici mon analyse.

FIRE était-il vraiment un phénomène millennial ?

Non. En janvier 2020, j'avais raison d'être irrité par cette classification. FIRE a toujours été trans-générationnel. Les pionniers du mouvement (Mr. Money Mustache, Early Retirement Extreme, etc.) étaient souvent de la génération X, pas Y. L'idée que FIRE serait une "mode millennial" était du marketing médiatique simpliste.

Les étiquettes générationnelles, cinq ans plus tard :

En 2025, le débat continue. Maintenant on parle de la génération Z, puis Alpha. Même cirque : "Les Z sont comme ci", "Les millennials sont comme ça", "Les X sont cyniques", "Les boomers sont égoïstes". C'est toujours aussi débile qu'en janvier 2020. Les aspirations à l'autonomie, à la qualité de vie, au refus du travail comme centre de l'existence traversent toutes les générations. Elles existaient chez les hippies des années 60, chez les punks des années 80, chez les millennials des années 2010, et chez les Z aujourd'hui.

"Je partage exactement les mêmes valeurs" que les millennials :

Cette observation de janvier 2020 était juste. Les valeurs que je décrivais - peu fidèle à l'employeur, remise en question de l'autorité, refus du travail au premier plan, qualité de vie, liberté, autonomie - ne sont pas générationnelles. Elles sont humaines. Certains individus de toutes les générations les partagent, d'autres non.

Il y a des boomers qui ont quitté le système dans les années 70-80 pour vivre autrement. Il y a des X comme moi qui ont fait FIRE dans les années 2020. Il y a des millennials et des Z qui font pareil aujourd'hui. Et il y a des membres de chaque génération qui restent dans le système traditionnel toute leur vie. Ce n'est pas une question de date de naissance, c'est une question de valeurs personnelles.

La désillusion précoce :

J'évoquais mes premiers jobs dans les années 90 : "compétition, individualisme, carriérisme, copinages, favoritisme... Ça ne nous correspondait pas." Cette désillusion précoce était probablement le catalyseur de mon parcours FIRE. Si j'avais adoré le monde du travail dès le début, je n'aurais jamais cherché à en sortir.

Rétrospectivement, cette désillusion était un cadeau. Elle m'a donné la clarté nécessaire pour construire un plan de sortie dès mes 25-30 ans, au lieu d'attendre 50 ans pour réaliser que "quelque chose ne va pas".

"Ce goût existe depuis bien plus longtemps qu'on veuille bien le dire" :

Cette phrase de janvier 2020 était prophétique. L'aspiration à une vie détachée du monde professionnel n'est pas une invention récente. Elle a toujours existé. Ce qui a changé, c'est la visibilité (Internet permet de partager ces histoires) et peut-être l'accessibilité (les marchés financiers modernes facilitent l'accumulation de capital).

Mais fondamentalement, l'humain qui préfère la liberté à la sécurité, l'autonomie à la carrière, la vie personnelle au prestige professionnel... ce profil existe depuis toujours, dans toutes les générations.

"Aussi débile que de vouloir faire ressortir des traits communs au sein des races ou des genres" :

Cette comparaison finale de janvier 2020 était volontairement provocante. Cinq ans plus tard, je la maintiens. Les généralisations générationnelles sont des stéréotypes paresseux qui ignorent la diversité individuelle au sein de chaque cohorte d'âge. Oui, il y a des différences contextuelles (technologie, événements historiques). Mais non, on ne peut pas réduire des dizaines de millions d'individus à quelques traits caricaturaux basés sur leur année de naissance.

Le reportage RTS de janvier 2020 :

Ce reportage qui m'avait irrité présentait FIRE comme un phénomène millennial. C'était symptomatique d'une tendance médiatique : coller des étiquettes simples sur des phénomènes complexes pour faciliter la narration. "Les millennials veulent prendre leur retraite à 40 ans" fait un meilleur titre que "Des individus de tous âges remettent en question le modèle travail traditionnel".

Mais la réalité est plus nuancée. FIRE transcende les générations.

Le message pour les lecteurs :

Ne laissez pas les étiquettes générationnelles définir ce que vous pouvez ou ne pouvez pas faire. Si vous êtes un boomer qui veut faire FIRE à 60 ans, allez-y. Si vous êtes un Z qui veut le faire à 25 ans, allez-y.

L'aspiration à la liberté financière et à une vie détachée du travail salarié n'appartient à aucune génération. Elle appartient à tous ceux qui la ressentent, quel que soit leur âge. Les médias adorent les catégories simples. Mais la réalité humaine est plus riche et plus diverse que ces boîtes artificielles.

FIRE est trans-générationnel. La liberté est trans-générationnelle. L'aspiration à vivre selon ses propres termes est universelle et intemporelle.

Les étiquettes, c'est pour les boîtes de conserve. Pas pour les humains.

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4 réflexions sur “Journal d’un futur rentier (65) : FIRE trans-générationnel”

  1. Merci Jérôme pour cet article et le lien vers cette émission, que je ne trouve malheureusement pas fameuse. Le portrait qui y est fait des frugalistes est très sommaire et caricatural. L’accent est mis sur leur côté obsédé par les dépenses (par exemple le type qui recommande de manger des choux).

    Le message principal de la quête d’indépendance financière (sortir de la rat race, redevenir maître de son temps, pouvoir se concentrer sur des projets personnels essentiels,…) est à peine abordé. A mon avis, ce genre de reportage fait juste passer le mouvement FIRE pour de la radinerie.

    J’adore aussi « l’économiste » en fin d’émission qui vomit sur le côté imprévisible de la bourse. Ce théoricien ne parle que de l’évolution du prix des actions. N’a-t-il jamais entendu parler du haut de sa tour d’ivoire de diversification? de revenus passifs? de ces entreprises qui ont augmenté leur dividende depuis plus de 50 ans?

    C’est vrai que notre système de retraite est beaucoup plus prévisible: avec lui, au moins on est sûr de foncer dans le mur et de toucher des retraites de plus en plus faibles, le tout avec un départ à la retraite de plus en plus tardif.

    Je préfère l’incertitude de la bourse à la certitude de ce naufrage programmé!

    1. Ah ah férot, mdr, j’ai pensé exactement pareil ! On a en effet plus d’emprise sur nos placements que ceux effectués par nos lamentables caisses de pensions, à 1% de rendement annuel! Il dit aussi qu’on doit prendre des risques pour assurer 4% de rendement. Ben bien évidemment… On ne pensait quand même pas placer nos actifs sur un compte épargne de la Raiffeisen. L’autre risque dont on ne parle pas c’est celui des salariés qui perdent leur job après 50 ans, tandis que nous on sera à la retraite…
      Ceci étant dit, je ne me considère pas comme un frugaliste, en tout cas pas un de ceux qui mangent des choux. Je suis un épicurien, j’aime manger, boire, voyager, bref tous les plaisirs de la vie. C’est d’ailleurs pour cela que je n’aime pas le travail, c’est du temps perdu sur ces bons temps. Donc, je ne me prendrai jamais la tête à compter les sous, utiliser des bons de réduction et autres pratiques extrêmes que certains des adeptes du mouvemement FIRE adoptent. J’épargne juste un peu, juste assez pour investir et je mise surtout sur la rentabilité de mes placements. C’est ça qui est important, pas le nombre de chemises dans le placard !!! 🙂

  2. Salut,
    Je suis d’accord sur le fait que ce générationisme n’est rien d’autre qu’une manière pour certains de vendre de l’analyse bon marché, d’expliquer des choses qu’ils n’ont peut-être pas vécu, ou tout simplement histoire de faire semblant d’avoir quelquechose à dire.
    Les millénials ont 20 ans, et qui n’a pas eu 20 ans? A l’époque, je n’avais aucun attrait pour le carriérisme, aucune loyauté envers mes employeurs, la seule chose qui était la plus importante que moi était la vie et le fait de pouvoir en profiter, le salaire étant alors un moyen et non une fin.
    La petite différence avec toi est surement que je ne suis pas Suisse, mais né de l’autre coté de la frontière en France, l’éducation qu’on reçoit (pas trop par ses parents mais surement l’environnement) y est surement quand même pour quelquechose tu ne penses pas?
    On évolue dans la vie, et c’est marrant, je parlais l’autre jour avec mon père de ces sujets, et quand il était jeune…il avait plus ou moins le même point de vue que moi dans la vingtaine. Comme quoi, la génération Y…mon c… 😉
    Par contre, l’environnement change, la technologie disponible aussi, sans parler de la société, alors oui, les gens évoluent, mais je pense – en tous cas j’espère – que dans la grande majorité nous travaillons tous pour vivre, et pas l’inverse…Certains ont juste un peu plus de succès que d’autres dans cette entreprise 🙂

    1. Travailler pour vivre ou vivre pour travailler… C’est tout du même. Ces deux verbes n’ont rien à faire ensemble.
      Qu’entends-tu par le fait que la situation est différente en France ?

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