Portefeuille permanent 2.0 : investir avec seulement 5 ETFs

Dernière mise à jour : février 2026

Et si cinq ETFs suffisaient à construire un portefeuille capable de traverser toutes les tempêtes économiques tout en surpassant le marché ? C'est la promesse du Portefeuille Permanent 2.0, une évolution modernisée de la stratégie d'Harry Browne, conçue pour allier rentabilité, résilience et simplicité.

📊 Mise à jour février 2026 : depuis la publication initiale en mai 2023, le Portefeuille Permanent 2.0 a continué de démontrer sa solidité avec un CAGR de 10.32% et un Sharpe ratio de 0.75 sur la période mai 2023 - octobre 2025. Il surperforme nettement le MSCI Switzerland (+3.82%) et reste plus que compétitif face au classique 60/40 Boglehead. Pour aller encore plus loin, découvrez le Portefeuille Permanent 2.x qui affiche des performances encore supérieures (CAGR 13.2%).

Stratégie CAGR (%) Sharpe ratio
PP 2.0 10.32 0.75
PP original 10.13 0.67
PP 2.x 13.2 0.82
60/40 Boglehead 8.58 0.55
MSCI Switzerland 3.82 0.16

Période : 21.05.2023 - 30.10.2025

Pourquoi le PP 2.0 reste pertinent en 2026

La période 2023-2025 a été marquée par une forte concentration de la performance boursière sur quelques méga-capitalisations technologiques, alimentée par l'engouement pour l'intelligence artificielle. Cette dynamique pourrait inciter certains investisseurs à délaisser les approches diversifiées au profit d'une exposition maximale aux valeurs de croissance.

Pourtant, c'est précisément dans ces moments d'euphorie que les portefeuilles permanents démontrent leur utilité. L'histoire nous enseigne que les périodes de concentration extrême du marché précèdent souvent des corrections brutales. Le PP 2.0, avec 40% d'actions réparties sur deux secteurs défensifs (consommation de base & santé) et 40% d'actifs décorrélés (or, obligations longues), offre une protection structurelle contre ces retournements.

Les cinq ETFs qui composent le PP 2.0 (VDC, XLV, QQQ, GLD, TLT) conservent toute leur pertinence. VDC et XLV continuent d'offrir une stabilité remarquable. QQQ capte l'innovation technologique sans la concentration excessive des méga-capitalisations. GLD reste la meilleure assurance contre l'instabilité géopolitique croissante. TLT bénéficie d'une décorrélation historique naturelle avec les actions, particulièrement précieuse lors des krachs, même si les obligations ont été récemment malmenées.

Le contexte actuel — tensions géopolitiques persistantes, valorisations boursières tendues — rend la diversification plus importante que jamais. Le PP 2.0 n'est pas conçu pour surperformer dans les phases d'euphorie, mais pour traverser sereinement tous les cycles économiques. Avec un rééquilibrage annuel rigoureux, cette approche permet de maintenir le cap vers l'indépendance financière sans subir les montagnes russes émotionnelles des marchés concentrés.

Le Permanent Portfolio original

Le Permanent Portfolio d'Harry Browne est à la bourse ce que le pneu quatre saisons est à la voiture : il vise à dégager des gains dans n'importe quelle situation, avec une rentabilité presque toujours positive et une faible volatilité. L'idée de son créateur est qu'à chaque type de cycle économique correspond un actif capable de tirer son épingle du jeu.

Selon Browne, la performance des classes d'actifs varie en fonction du cycle économique et de la tendance des prix à la consommation. Les actions adorent la croissance, le cash aime la récession, l'or apprécie l'inflation et les obligations se délectent de la déflation.

  Inflation Déflation
Croissance Actions & Or Actions & Obligations
Récession Or & Cash Obligations & Cash

Comme il est difficile d'anticiper ces périodes, Harry Browne préconise de placer 1/4 de son patrimoine dans chacun de ces actifs et de rééquilibrer une fois par an.

Le Permanent Portfolio tient-il ses promesses ?

Pour en avoir le cœur net, j'ai comparé dans mon livre les résultats du PP à une approche consistant simplement à placer la totalité de ses avoirs dans l'immobilier. Sur le très long terme, l'immobilier affiche en effet une performance proche de celle des actions (7% hors inflation), avec une volatilité proche de celle des bons du trésor à longue maturité.

Mes backtests ont indiqué que le PP n'amenait aucune plus-value par rapport à l'approche 100% immobilière. De plus, malgré sa réputation de pneu "toutes saisons", il a traversé quatre années négatives depuis 2013, ce qui est pire que l'immobilier et même qu'un portefeuille constitué uniquement d'actions.

Pourquoi donc s'intéresser au portefeuille permanent, alors qu'un seul ETF immobilier comme VNQ suffirait ? Sur le long terme, cette stratégie fonctionne effectivement mieux. Toutefois, depuis la crise des subprimes, l'immobilier américain a perdu de sa superbe : sa rentabilité a baissé alors même que sa volatilité augmentait. Nous verrons plus loin les chiffres précis.

Des alternatives au portefeuille d'Harry Browne ?

En conséquence, j'ai cherché à constituer un nouveau portefeuille de type permanent, avec comme objectif d'obtenir une performance aussi bonne que le marché boursier, avec une volatilité nettement plus acceptable — proche de celle des bons du trésor — et avec un nombre d'ETFs aussi petit que possible.

Dans le portefeuille original de Browne, un actif pose particulièrement problème : le cash. Par temps d'inflation galopante, conserver un quart de ses actifs en liquidités est une hérésie financière.

Marc Faber ("Dr Doom"), analyste suisse en investissements, a proposé de remplacer la part de cash par de l'immobilier, ce qui permet d'augmenter légèrement la rentabilité sans péjorer la volatilité. Toutefois, comme nous l'avons vu, l'immobilier est également à la traîne depuis un certain temps.

Par quoi remplacer le cash ?

J'ai contourné ce problème en augmentant la part en actions et en la remplaçant par des ETFs sectoriels, plutôt que de viser l'intégralité du marché. Les secteurs retenus devaient à la fois être rentables sur le long terme, mais aussi peu volatils et/ou peu corrélés aux autres actifs, afin de diminuer la volatilité globale du portefeuille.

En m'appuyant sur les recherches menées dans mon ouvrage et pour le portefeuille déterminant, mon choix s'est porté sur :

  • les biens de consommation de base (ETF VDC)
  • les soins de santé (ETF XLV)

Ce duo est complété par le Nasdaq 100 (ETF QQQ), essentiellement axé sur le secteur technologique, mais comprenant aussi les services aux consommateurs, la santé publique, les biens de consommation et un peu d'industrie.

Portefeuille permanent 2.0 : composition et allocation

À ces 3 ETFs, on ajoute l'or (GLD) et les bons du trésor américains (TLT), déjà présents dans le portefeuille de Browne. Le tout est réparti de manière équivalente, soit 20% pour chaque position, avec un rééquilibrage annuel :

Diagramme circulaire du Portefeuille Permanent 2.0 divisé en 5 parts égales de 20% représentant les ETFs VDC, XLV, QQQ, GLD et TLT, sur fond sombre

J'ai testé diverses pondérations pour tenter d'optimiser le portefeuille. Toutefois, difficile de faire vraiment mieux que la simple allocation à parts égales sans sacrifier la rentabilité au profit de la volatilité (ou vice-versa). Le ratio de Sharpe est ainsi presque maximal avec une allocation équipondérée.

Avec le PP 2.0, on obtient une rentabilité très légèrement supérieure au marché, avec une volatilité à peine supérieure au portefeuille permanent original (les statistiques détaillées sont présentées plus bas).

Le PP 2.0 constitue une version très simplifiée du portefeuille déterminant sans Trading Auto Signal.

Portefeuille permanent 2.1 : pour les investisseurs réfractaires à la volatilité

Pour les investisseurs particulièrement réfractaires à la volatilité, il est possible de diminuer encore celle du PP 2.0 en préservant autant que possible la rentabilité. Pour ce faire, on ajoute un ETF supplémentaire — ou plutôt, on le soustrait en vendant à découvert l'ETF EFA. Ce dernier représente l'indice MSCI EAFE, soit les actions des pays développés hors Amérique du Nord.

On shorte l'ETF EFA à hauteur de 50% de la valeur du portefeuille. Le produit de la vente demeure en cash. Toutes les autres positions restent identiques au PP 2.0.

Schéma de l'allocation du Portefeuille Permanent 2.1 incluant une position short sur l'ETF EFA pour réduire la corrélation au marché

La quasi-totalité de la position en actions (60%) est ainsi couverte par la position short. Voyons ci-dessous les implications concrètes sur la performance et la volatilité.

J'ai également testé la variante qui réinvestit le produit de la vente à découvert dans les autres ETFs plutôt que de le laisser en cash. Cela augmente légèrement la rentabilité, mais de façon excessive par rapport aux risques additionnels (le ratio de Sharpe s'effondre).

Le PP 2.1 représente une version très sommaire du portefeuille déterminant avec Trading Auto Signal.

Comparaison des portefeuilles permanents

Dans un backtest couvrant janvier 2005 à avril 2023, j'ai comparé les trois portefeuilles permanents à l'immobilier et au marché actions. Voici les résultats :

Tableau comparatif des performances et ratios de Sharpe du PP original, PP 2.0, PP 2.1, immobilier VNQ et S&P 500 sur la période 2005-2023

Le PP 2.0 est le plus performant. Il dépasse même le marché boursier (S&P 500), alors qu'il ne compte que 60% d'actions. Il affiche également le meilleur ratio de Sharpe, grâce à une volatilité maintenue sous contrôle par rapport à la rentabilité affichée.

Le PP 2.1 est le moins volatil. Son ratio de Sharpe est par ailleurs excellent, grâce à une rentabilité très correcte par rapport à la volatilité affichée. Le plus remarquable avec ce portefeuille, c'est sa corrélation quasi nulle avec le marché, grâce à la couverture (vente à découvert de EFA). Il endosse donc parfaitement son rôle de portefeuille "toutes saisons" : durant les 18 années d'observation, une seule a été négative, avec une perte limitée de -5.64%. En revanche, sa rentabilité, bien que supérieure au PP original et à l'immobilier, reste inférieure au marché. À peine plus de 5% hors inflation, ce qui est insuffisant pour atteindre l'indépendance financière — j'explique pourquoi dans Les déterminants de la richesse.

Le PP original est clairement le moins performant. Et il ne compense pas cette faiblesse par la robustesse attendue : il a essuyé quatre années négatives depuis 2005.

Le cas de l'immobilier

L'immobilier a été catastrophique durant la période du backtest. Attention toutefois : on parle ici de l'indice américain via l'ETF VNQ, qui a particulièrement souffert entre 2007 et 2009 (perte maximale successive de 68%). L'immobilier suisse en revanche, via l'ETF SRFCHA, affiche une performance hors inflation légèrement supérieure, autour de 5% sur la même période. Surtout, sa volatilité s'est maintenue autour des 8%, soit près de 3 fois moins que l'indice américain, en ligne avec les autres portefeuilles permanents.

SRFCHA est donc une très bonne alternative pour les investisseurs souhaitant une stratégie achat-conservation sur un seul ETF, ce que je recommande pour les débutants et les investisseurs disposant d'un capital inférieur à 25'000 CHF. À noter : si l'on adopte une stratégie d'allocation tactique d'actifs (plutôt qu'achat-conservation), comme dans le portefeuille déterminant, les résultats sont paradoxalement meilleurs avec VNQ qu'avec SRFCHA.

Objectif atteint ?

Le PP 2.0 remplit les objectifs fixés : une rentabilité au moins équivalente au marché avec une volatilité nettement plus acceptable (proche de celle des bons du trésor). La performance du PP 2.1 est légèrement moins bonne, mais compensée par un comportement particulièrement défensif et une absence de corrélation avec le marché.

Ce qui réduit la rentabilité du PP 2.1 par rapport au PP 2.0, c'est précisément ce qui lui confère ses vertus résilientes : sa couverture. La position short sur EFA se comporte comme une assurance : on paye une prime lorsque tout va bien et on en bénéficie lorsque tout va mal. Comme les indices ne font que monter sur le long terme, la ligne à découvert sur EFA est structurellement perdante au bout du compte. C'est le prix de la sérénité.

Comparaison avec le portefeuille déterminant

Nous avons vu que ces deux portefeuilles représentent une version simplifiée du portefeuille déterminant. Voici les principales différences.

Les ETFs en actions (VDC, XLV, QQQ) des PP 2.0 et 2.1 sont remplacés par des titres en direct, à travers les stratégies QVM et Blue Chips. Ces dernières combinent des actions d'entreprises présentant des caractéristiques de Qualité, Valeur et Momentum avec des sociétés disposant d'une position dominante et d'un avantage concurrentiel durable. Ces titres se complètent selon leurs caractéristiques de rentabilité, volatilité et faible corrélation, afin d'optimiser le résultat global du portefeuille.

La couverture est utilisée uniquement lorsque c'est nécessaire, grâce au Trading Auto Signal. Cela permet de gagner sur les deux tableaux : à la baisse comme à la hausse, évitant ainsi de maintenir une ligne structurellement perdante à long terme juste pour réduire la volatilité.

L'or et les obligations sont complétés par d'autres actifs alternatifs, comme l'immobilier et les cryptomonnaies. L'allocation tactique d'actifs, via des indicateurs techniques et économiques, est utilisée pour y prendre position.

Selon les backtests, le portefeuille déterminant (avec Trading Auto Signal) affiche :

  • une performance annuelle hors inflation entre 13% et 17% 
  • une volatilité entre 7% et 12%
  • un ratio de Sharpe entre 1.4 et 1.7

Le portefeuille déterminant comporte plus de positions, impliquant plus de transactions et de suivi. Mais le résultat en vaut la chandelle : il laisse loin derrière toutes les autres approches en termes de performance.

Questions fréquentes

Le Portefeuille Permanent 2.0 convient-il aux débutants ?

Oui, dans une certaine mesure. Avec seulement 5 ETFs et un rééquilibrage annuel, le PP 2.0 est relativement simple à mettre en place. Il constitue une excellente introduction à la diversification multi-actifs. Toutefois, certains de ses composants (notamment TLT, les obligations longues américaines) peuvent connaître une volatilité importante en période de hausse de taux. Pour les débutants ou ceux disposant d'un capital inférieur à 25'000 CHF, un seul ETF comme SRFCHA peut être un point d'entrée plus adapté.

Faut-il vraiment rééquilibrer chaque année ?

Le rééquilibrage annuel est un élément clé de la stratégie. Sans lui, certains actifs finissent par dominer le portefeuille et la diversification disparaît progressivement. En pratique, un rééquilibrage une fois par an suffit amplement. Certains investisseurs optent pour un rééquilibrage par seuil (lorsqu'une position dépasse de plus de 5% son allocation cible), mais la simplicité du rééquilibrage annuel à date fixe est souvent préférable pour éviter les décisions émotionnelles.

Quelle différence entre le PP 2.0 et le PP 2.x ?

Le PP 2.0 est une stratégie passive à 5 ETFs équipondérés, accessible et simple à gérer. Le PP 2.x pousse l'optimisation plus loin, avec des ajustements supplémentaires qui lui permettent d'afficher un CAGR de 13.2% et un Sharpe ratio de 0.82 sur la même période. Il implique davantage de suivi, mais récompense l'investisseur par une surperformance significative.

Comment intégrer le PP 2.0 dans une stratégie FIRE ?

Le PP 2.0 peut constituer le cœur d'un portefeuille FIRE grâce à sa robustesse et sa faible corrélation aux chocs de marché. En phase d'accumulation, son CAGR autour de 10% permet de construire le capital progressivement. En phase de retrait, sa faible volatilité est un atout considérable : elle réduit le risque de ruine lié aux mauvaises années en début de retraite. Plutôt que d'appliquer mécaniquement la règle des 4%, une approche adaptative comme la méthode VPW (Variable Percentage Withdrawal) est mieux adaptée : elle ajuste le taux de retrait chaque année en fonction de l'âge, de l'allocation et des résultats réels du portefeuille.

Sources et données

  • Browne, Harry. Fail-Safe Investing, St. Martin's Griffin, 2001.
  • Portfolio Visualizer – outil de backtest multi-actifs : portfoliovisualizer.com
  • Invesco – fiche produit ETF QQQ : invesco.com
  • SPDR Gold Shares (GLD) : spdrgoldshares.com
  • SIX Swiss Exchange – ETF SRFCHA (immobilier suisse) : six-group.com
  • Données de performance : FactSet

En savoir plus sur dividendes

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4 réflexions sur “Portefeuille permanent 2.0 : investir avec seulement 5 ETFs”

  1. Merci beaucoup Jérôme pour cette analyse. La performance tient elle compte des dividendes (reinvesties) ou pas?

  2. Bonjour Jérôme!

    J’ai maintenant constitué mon fond de secours et m’apprête à démarrer l’ETF immobilier suivant les conseils du livre.
    Je suis également abonné au portefeuille déterminant.
    En 2024, conseilles tu toujours SRFCHA pour atteindre les 25000 balles rapidement ou conseilles-tu le VNQ comme dans l’article?
    J’ai déjà IPRP qui fonctionne plutôt bien.
    Que ferais-tu avec l’expérience?
    Merci pour ta réponse
    Julien

    1. Salut,
      bravo pour ton fonds de secours. Oui je conseille toujours de commencer par l’immobilier, p.ex. SRFCHA. Cela permet de faire ses armes et de s’habituer gentiment aux fluctuations des marchés, sans excès toutefois. Cela évite aussi d’y laisser trop de frais de transactions. Si tu lis bien l’article jusqu’à la fin, en buy & hold, donc pour débuter avec l’immobilier, c’est mieux d’y aller sur un fonds comme SRFCHA qui est moins volatil que VNQ. IPRP fonctionne bien en ce moment effectivement, mais attention tout de même à sa volatilité.

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