Dernière mise à jour : décembre 2025
Le ratio Price-to-Sales (P/S) compare la capitalisation boursière d'une entreprise à son chiffre d'affaires. Contrairement au Price-to-Earnings, il n'est pas affecté par les manipulations comptables sur les bénéfices ou par les différences de structure de coûts entre entreprises. Cette caractéristique en fait un indicateur particulièrement utile pour évaluer les sociétés à faible rentabilité ou en phase de croissance.

J'ai réalisé un backtest sur 20 ans (2004-2024) pour déterminer si le ratio P/S permet réellement d'identifier les actions sous-évaluées sur les marchés suisse et français. Les résultats révèlent des différences significatives selon la méthodologie utilisée et la taille des entreprises.
Méthodologie du backtest
Le test rétroactif a été conduit sur la période 2004-2024 selon le protocole suivant :
- Univers d'investissement : toutes les actions cotées en Suisse et en France
- Classement : les titres ont été triés par ratio P/S croissant (du plus faible au plus élevé)
- Constitution des quintiles : les actions ont été réparties en 5 groupes égaux (Q5 = P/S le plus faible, Q1 = P/S le plus élevé)
- Rééquilibrage : annuel, avec reconstitution complète des quintiles
- Calcul de la performance : ajustée pour les dividendes, splits et événements corporatifs
- Données utilisées : chiffre d'affaires du semestre le plus récent, annualisé (méthode offrant de meilleurs résultats que l'utilisation des 12 derniers mois)
J'ai testé deux approches distinctes : la comparaison sur l'ensemble du marché et la comparaison au sein des pairs sectoriels.
Résultats en Suisse
Marché global
Sur l'ensemble du marché suisse, les entreprises avec un faible ratio P/S surperforment globalement celles avec un ratio élevé. Toutefois, la progression n'est pas linéaire à travers les quintiles.
| Quintile | Caractéristique | Performance annualisée | Rang |
|---|---|---|---|
| Q5 | P/S le plus faible | Légèrement inférieure au marché | 4ᵉ |
| Q4 | P/S faible | - | 2ᵉ |
| Q3 | P/S moyen | Meilleure performance | 1ᵉʳ |
| Q2 | P/S élevé | - | 3ᵉ |
| Q1 | P/S le plus élevé | Plus faible performance | 5ᵉ |
Constat surprenant : le quintile des actions les moins chères (Q5) termine en avant-dernière position, avec une performance légèrement inférieure au marché. Le troisième quintile (valorisations moyennes) offre paradoxalement les meilleurs résultats.
Comparaison sectorielle
Le ratio P/S a la réputation de mieux fonctionner lorsqu'on compare les entreprises au sein de leurs industries respectives. Cette approche améliore effectivement les résultats pour le 5ᵉ quintile, qui parvient à battre légèrement le marché. En revanche, elle discrimine moins efficacement les actions les plus chères (Q1). La progression entre quintiles reste irrégulière.
Analyse par capitalisation boursière
Les résultats détaillés par taille d'entreprise révèlent une tendance décevante : qu'il s'agisse de grandes, moyennes, petites ou très petites capitalisations, les actions jugées les moins chères selon le P/S (Q5) affichent systématiquement une performance inférieure à celle du marché.
Fait marquant : dans le segment des grandes et moyennes entreprises, le quintile Q5 se classe même parmi les moins performants du marché.
Exception : small et micro-caps avec comparaison sectorielle
La seule configuration où le P/S montre une efficacité acceptable concerne les petites et micro-capitalisations, lorsque le ratio est comparé au sein des industries. Dans ce cas précis :
- Progression plus régulière entre les quintiles (bien qu'imparfaite)
- Le quintile Q5 surperforme modestement le marché
- Meilleure cohérence des résultats
Synthèse Suisse : le P/S fonctionne principalement pour les small-caps avec comparaison sectorielle, mais reste moins efficace et moins robuste que le PER ou le rendement en dividendes.
Résultats en France
Marché global
Les conclusions du backtest français sont encore plus problématiques que celles observées en Suisse.
| Quintile | Caractéristique | Performance |
|---|---|---|
| Q5 | P/S le plus faible | Rentabilité souvent négative |
| Q1 | P/S le plus élevé | Rentabilité faible mais positive |
Les entreprises affichant les ratios prix/ventes les plus bas tendent à sous-performer de manière significative, avec des rentabilités souvent négatives, à peine supérieures à celles des sociétés les plus chères.
Comparaison sectorielle
La situation s'améliore légèrement avec une comparaison au sein des industries. Le 5ᵉ quintile surperforme le marché, mais il est surpassé par tous les quintiles intermédiaires (Q2, Q3, Q4), à l'exception du Q1.
Big-caps et mid-caps avec comparaison sectorielle
Contrairement à la Suisse, le ratio P/S fonctionne mieux en France sur les grandes et moyennes capitalisations. C'est dans cette configuration spécifique que le P/S affiche ses meilleures performances en France, surpassant l'univers des grandes et moyennes capitalisations.
Limite importante : ces résultats manquent de solidité. On n'observe pas de progression régulière entre les quintiles, et c'est paradoxalement le troisième quintile qui offre la rentabilité la plus élevée.
Comparaison Suisse vs France
| Critère | Suisse | France |
|---|---|---|
| Efficacité globale | Modérée | Faible |
| Meilleure configuration | Small-caps + comparaison sectorielle | Big/mid-caps + comparaison sectorielle |
| Cohérence des résultats | Irrégulière | Très irrégulière |
| Performance Q5 (marché global) | Inférieure au marché | Nettement négative |
Questions fréquentes sur le ratio Price-to-Sales
Qu'est-ce que le ratio Price-to-Sales (P/S) ?
Le ratio P/S divise la capitalisation boursière d'une entreprise par son chiffre d'affaires annuel. Un P/S de 2.0 signifie que les investisseurs paient 2 francs (ou euros) pour chaque franc (ou euro) de ventes généré par l'entreprise. Plus le ratio est faible, plus l'action est théoriquement "bon marché" par rapport à ses revenus.
Pourquoi le ratio P/S est-il considéré comme fiable ?
Le chiffre d'affaires est plus difficile à manipuler comptablement que le bénéfice net. Il n'est pas affecté par les choix d'amortissement, les provisions ou les taux d'imposition. Cela en fait un indicateur particulièrement utile pour comparer des entreprises avec des structures de coûts très différentes ou pour évaluer des sociétés non rentables.
Le ratio P/S fonctionne-t-il mieux que le PER ?
Non, pas sur les marchés concernés. Nos backtests montrent que le P/S est moins efficace et moins robuste que le Price-to-Earnings Ratio (PER) ou le rendement en dividendes pour prédire la rentabilité future d'un titre, tant en Suisse qu'en France.
Faut-il comparer le P/S au sein des secteurs ?
Oui, généralement. La comparaison sectorielle améliore significativement les résultats, car le niveau "normal" de P/S varie fortement entre industries.
Le ratio P/S est-il utilisable seul pour sélectionner des actions ?
En tant que ratio de valorisation unique, le P/S n'est pas optimal, ni en Suisse ni en France. Il doit être combiné à d'autres indicateurs (rentabilité, qualité du bilan, momentum) pour construire une stratégie d'investissement efficace. Des recherches académiques ont démontré son efficacité en combinaison, comme détaillé dans mon ouvrage "Les Déterminants de la Richesse".
Conclusion
Ce backtest sur 20 ans du ratio Price-to-Sales sur les marchés suisse et français apporte cinq enseignements clés :
- Efficacité limitée : le P/S est moins performant que le PER ou le rendement en dividendes pour prédire la rentabilité future
- Meilleurs résultats en Suisse : le P/S fonctionne mieux sur le marché suisse que français
- Comparaison sectorielle indispensable : le ratio est nettement plus efficace lorsqu'on compare les entreprises au sein de leurs industries respectives
- Suisse = small-caps : le P/S démontre une efficacité acceptable uniquement sur les petites capitalisations helvétiques
- France = big/mid-caps : le ratio fonctionne mieux sur les grandes et moyennes entreprises françaises
En tant que ratio de valorisation unique, le P/S ne constitue donc pas un outil optimal de sélection d'actions, que ce soit en Suisse ou en France. Toutefois, diverses recherches académiques ont prouvé son efficacité en combinaison avec d'autres facteurs. Nous verrons dans de futurs backtests si, intégré dans une stratégie multifactorielle, le P/S peut effectivement tirer son épingle du jeu.
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