Dernière mise à jour : avril 2026
Le price to book ratio (P/B ratio) est l'un des indicateurs fondamentaux les plus utilisés dans l'analyse financière et l'évaluation boursière. Il permet aux investisseurs de comparer la valeur boursière d'une entreprise à sa valeur comptable, offrant un aperçu précieux de sa valorisation relative — et, selon notre backtest propriétaire sur 20 ans, un avantage mesurable pour sélectionner des actions en Suisse et en France.

Le price to book ratio : définition et importance
Le price to book ratio, également connu sous le nom de ratio cours/valeur comptable, représente le rapport entre la capitalisation boursière d'une entreprise et sa valeur comptable (ses fonds propres).
Ce ratio est particulièrement important car il permet d'évaluer si une action est surévaluée ou sous-évaluée par rapport à ses actifs nets. Un P/B inférieur à 1 signifie que l'action se négocie en dessous de sa valeur comptable — un signal que les investisseurs value surveillent attentivement.
Les investisseurs utilisent fréquemment cet indicateur pour identifier des opportunités d'investissement, notamment dans les secteurs industriels ou financiers où les actifs tangibles jouent un rôle prépondérant.
Comment calculer le P/B ratio
Pour calculer le P/B ratio, on divise le cours de l'action par la valeur comptable par action. La valeur comptable par action s'obtient en divisant les fonds propres totaux par le nombre d'actions en circulation.
La formule s'écrit :
P/B = Cours de l'action ÷ (Fonds propres ÷ Nombre d'actions en circulation)
Ou, de manière équivalente : P/B = Capitalisation boursière ÷ Fonds propres totaux.
Exemple concret : une entreprise dont les fonds propres s'élèvent à 500 millions de francs, avec 100 millions d'actions en circulation (valeur comptable par action : 5 CHF), et dont l'action cote 12 CHF, affiche un P/B de 2.4.
Interprétation du ratio : valeurs hautes et basses
Un P/B élevé (supérieur à 3) suggère généralement que le marché valorise fortement les perspectives de croissance de l'entreprise ou sa capacité à générer des bénéfices bien au-delà de sa valeur comptable.
À l'inverse, un ratio faible (inférieur à 1) peut indiquer soit une sous-évaluation potentielle, soit des problèmes structurels nécessitant une analyse approfondie. Il peut aussi refléter un secteur en difficulté ou une rentabilité des fonds propres durablement faible.
L'interprétation doit toujours tenir compte du contexte sectoriel. Les entreprises technologiques affichent traditionnellement des P/B élevés en raison de la nature immatérielle de leurs actifs. Les banques et les assurances opèrent souvent avec des P/B proches de 1, voire inférieurs, sans que cela ne constitue un signal d'alarme en soi.
Avantages et limites du price to book en bourse
L'avantage principal du P/B réside dans sa simplicité de calcul et sa capacité à fournir rapidement une indication de valorisation relative. Il présente un atout notable sur le ratio cours/bénéfice (PER) : il reste calculable même lorsque l'entreprise enregistre des pertes, ce qui n'est pas le cas du PER.
Certaines entreprises peuvent toutefois recourir à des techniques de comptabilité créative pour embellir leur bilan — surévaluation d'actifs, sous-estimation des passifs. Ces pratiques distordent le P/B et rendent certaines valeurs comptables peu fiables.
À l'heure de l'économie numérique, les entreprises technologiques affichent souvent des valorisations très supérieures à leur valeur comptable en raison de la nature immatérielle de leurs actifs (capital intellectuel, marques, propriété intellectuelle). Un P/B élevé peut alors être justifié — mais il peut aussi signaler un risque de correction si les attentes de croissance ne se matérialisent pas.
Le P/B en période de bulle technologique
Les années 2024-2025 illustrent parfaitement les limites du price to book dans un marché dominé par l'euphorie autour de l'intelligence artificielle. Des entreprises comme Palantir s'échangeaient à 84 fois leur valeur comptable et 646 fois leurs bénéfices — des niveaux historiquement associés aux bulles spéculatives. Dans ce contexte, les investisseurs qui utilisent le P/B comme critère de sélection peuvent sous-performer pendant plusieurs trimestres, voire plusieurs années.
Cette situation n'est pas nouvelle. Durant la bulle internet de 1999-2000, les stratégies value basées sur le P/B ont également souffert face à des valorisations déconnectées de toute réalité comptable — un phénomène que j'ai analysé en détail dans l'article sur la déconnexion entre marchés financiers et économie réelle. Les investisseurs disciplinés qui ont maintenu leur approche ont été largement récompensés lors du krach de 2000-2002, puis durant la décennie suivante.
Le P/B reste un ancrage de valorisation fiable sur le long terme. Lorsque l'euphorie retombe et que le marché revient à des fondamentaux plus rationnels, les actions à faible P/B offrent généralement une protection significative et des opportunités de surperformance. L'investisseur value doit accepter ces périodes de sous-performance relative comme le prix à payer pour une stratégie qui fonctionne sur la durée — comme le démontre notre backtest sur 20 ans.
Backtest sur 20 ans : résultats en Suisse et en France
Pour évaluer l'efficacité de ce ratio sur les marchés suisse et français, j'ai réalisé un backtest s'étendant de 2004 à 2024. Les actions ont été classées en fonction de leur P/B et réparties en quintiles. J'ai utilisé les données de la valeur comptable du semestre le plus récent. Le processus a été reconduit chaque année sur l'ensemble de la période d'observation, permettant une analyse de la performance de chaque quintile.
Les résultats ont été ajustés pour prendre en compte les dividendes, les fractions d'actions et d'autres événements corporatifs susceptibles d'influencer la valeur des actions.
Le P/B s'est légèrement mieux comporté au sein du marché global pour la France, et au sein des secteurs économiques pour la Suisse. Le tableau ci-dessous présente les résultats obtenus avec la meilleure méthode pour chaque marché.
| Marché | Méthode | Meilleur quintile (P/B bas) | Performance du marché |
|---|---|---|---|
| Suisse | Comparaison au sein des secteurs | 9.04% / an | 8.36% / an |
| France | Marché global | 4.52% / an | 3.06% / an |
Performance annuelle moyenne en CHF, période 2004-2024, ajustée dividendes et événements corporatifs.
Par taille d'entreprise
Que ce soit en Suisse ou en France, la distinction selon la taille d'entreprise ne fonctionne pas très bien pour cet indicateur.
Enseignements du backtest
- Le P/B fonctionne sur les deux marchés analysés : les actions les mieux classées battent le marché.
- Même si les résultats sont moins élevés en France (marché à la traîne par rapport à la Suisse sur la période), le P/B y apporte une plus-value relative plus importante.
La croissance de la marge brute (comparaison au sein des industries) reste le ratio unique le plus performant étudié jusqu'ici en Suisse, avec 13.4% par an pour le meilleur quintile. La marge nette constitue un autre indicateur de rentabilité complémentaire dont les résultats backtestés méritent d'être mis en regard. En France, c'est toujours le rendement en dividendes (au sein des industries) qui fonctionne le mieux sur l'ensemble du marché, avec 7% par an.
Questions fréquentes sur le price to book ratio
Quel est un bon P/B ratio ?
Il n'existe pas de valeur universelle. Un P/B inférieur à 1 suggère une potentielle sous-évaluation, mais cela dépend fortement du secteur et de la situation financière. Les banques et l'industrie affichent souvent des P/B entre 0.8 et 1.5, tandis que les entreprises technologiques peuvent légitimement dépasser 5 en raison de leurs actifs immatériels.
Peut-on se fier uniquement au P/B pour investir ?
Non. Notre backtest montre que le P/B fonctionne, mais d'autres ratios sont plus performants selon le marché. En Suisse, la croissance de la marge brute génère 13.4% par an contre 9.04% pour le P/B. En France, le rendement en dividendes atteint 7% par an. Combiner plusieurs indicateurs améliore la robustesse de votre stratégie.
Le P/B fonctionne-t-il pour toutes les entreprises ?
Pas vraiment. Le P/B est surtout pertinent pour les entreprises disposant d'actifs tangibles importants (industrie, finance). Il est moins fiable pour les entreprises technologiques ou de services, où la valeur réside principalement dans des actifs immatériels non comptabilisés. Cela dit, des opportunités peuvent surgir dans tous les secteurs.
Quelle est la différence entre P/B et PER ?
Le PER (price/earnings ratio) compare le cours à la rentabilité (bénéfices), tandis que le P/B compare le cours aux actifs nets (fonds propres). L'avantage du P/B : il reste utilisable même quand l'entreprise est déficitaire, ce que le PER ne permet pas. En revanche, le PER est plus directement lié à la capacité bénéficiaire future.
Comment utiliser le P/B en pratique dans une stratégie d'investissement ?
L'approche la plus efficace consiste à utiliser le P/B en complément d'autres ratios, en comparant les entreprises au sein d'un même secteur plutôt que sur l'ensemble du marché. Notre backtest montre que cette méthode sectorielle donne de meilleurs résultats en Suisse. Il est aussi conseillé de vérifier que le P/B faible reflète une réelle sous-évaluation et non une détérioration des fonds propres (pertes accumulées, endettement excessif).
Conclusion
Malgré une popularité en déclin dans l'ère des actifs immatériels, le price to book ratio reste un outil précieux dans l'analyse financière. Il offre aux investisseurs une possibilité de surperformance mesurable, même si cet avantage demeure relativement limité sur la période étudiée.
À l'heure du numérique, la valeur comptable a probablement perdu une partie de sa pertinence pour évaluer certaines entreprises. Cependant, il convient de se méfier des tendances cycliques : dans quelques années, les actifs tangibles pourraient retrouver leur place au cœur des préoccupations des investisseurs — et le P/B redevenir un filtre particulièrement efficace.
Sources et données
Données financières : FactSet. Backtest propriétaire sur données de marché suisse (MSCI Switzerland) et français (indices Euronext Paris), période 2004-2024, ajusté dividendes et événements corporatifs.
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