Dernière mise à jour : février 2026
Qu'est-ce que l'All Weather Portfolio ?
Le All Weather Portfolio est une stratégie d'investissement créée par Ray Dalio (fondateur de Bridgewater Associates) qui répartit le capital sur 5 classes d'actifs pour performer dans tous les environnements économiques : 30% actions, 40% obligations long terme, 15% obligations intermédiaires, 7.5% or et 7.5% matières premières. Basé sur le principe de parité des risques, ce portefeuille vise une volatilité réduite en équilibrant la contribution au risque de chaque classe d'actifs plutôt que leur poids en capital.

Introduction
Le All Weather Portfolio de Ray Dalio jouit d'une réputation quasi-légendaire dans la communauté des investisseurs passifs. Présenté comme le portefeuille capable de traverser toutes les tempêtes économiques — croissance, récession, inflation, déflation — il a séduit des millions d'investisseurs depuis sa popularisation par Tony Robbins en 2014.
Mais cette réputation est-elle justifiée ? Quand on soumet ce portefeuille à un backtest rigoureux sur données suisses, avec des comparaisons objectives face à d'autres stratégies, les résultats réservent quelques surprises... et pas nécessairement agréables.
Dans cet article, nous allons décortiquer le All Weather Portfolio : sa philosophie, sa composition, mais surtout ses performances réelles mesurées en francs suisses sur 26 ans. Vous découvrirez comment ce portefeuille se situe par rapport au classique 60/40, au Permanent Portfolio d'Harry Browne, et aux stratégies optimisées modernes.
Spoiler : les chiffres vont vous surprendre.
1. Genèse et philosophie : l'héritier du Permanent Portfolio
1.1 La filiation avec Harry Browne
Le All Weather Portfolio n'est pas né dans le vide. Il s'inscrit dans une lignée de portefeuilles "toutes saisons" dont le pionnier fut Harry Browne avec son Permanent Portfolio créé en 1981.
Les deux stratégies partagent la même philosophie fondamentale et utilisent un cadre conceptuel quasi-identique.
Les 4 saisons économiques
- Harry Browne : Prospérité / Inflation / Récession / Déflation
- Ray Dalio : Croissance forte / Inflation / Croissance faible / Déflation
La logique sous-jacente est la même : puisqu'on ne peut pas prédire quel environnement économique se présentera, autant détenir des actifs performants dans chacune de ces quatre situations. Quand les actions souffrent (récession), les obligations long terme prospèrent. Quand l'inflation frappe, l'or et les matières premières prennent le relais.
Philosophie commune : l'humilité face à l'imprévisibilité
Les deux créateurs partent du même constat d'honnêteté intellectuelle : personne ne peut prédire l'avenir des marchés avec constance. Browne écrivait en 1981 qu'il fallait "un portefeuille qui fonctionne quelle que soit la météo économique". Dalio dira plus tard, avec une franchise désarmante :
"Nous avons 1'500 personnes à Bridgewater, nous dépensons des centaines de millions pour la recherche... et nous ne savons toujours pas si nos trades seront gagnants."
Cette citation mérite qu'on s'y arrête. Si Bridgewater, avec ses armées d'analystes et ses budgets colossaux, avoue son incapacité à prédire les marchés... pourquoi un portefeuille fixe et statique réussirait-il là où ils échouent ? C'est une question qu'on devra garder en tête tout au long de cet article.
1.2 Ce qui diffère fondamentalement
Malgré leurs similarités philosophiques, les deux portefeuilles divergent sur un point crucial : leur conception de la diversification.
Le Permanent Portfolio : l'égalité pure
- 25% partout (actions, obligations LT, or, cash)
- Égalité de capital = égalité conceptuelle
- Rééquilibrage simple et mécanique
- Créé pour l'investisseur individuel dès l'origine
Le All Weather : la parité des risques
- Surpondération massive des obligations (55% vs 25%)
- Parité des risques, pas des allocations
- 30% actions mais seulement ~25% du risque total
- Matières premières diluées à 7.5% (vs 25% pour l'or chez Browne)
Cette différence n'est pas anodine. Le All Weather alloue plus de la moitié du portefeuille aux obligations parce que celles-ci sont moins volatiles que les actions. L'objectif est d'équilibrer la contribution au risque de chaque classe d'actifs, pas leur poids en capital.
Le rééquilibrage
Les deux stratégies recommandent un rééquilibrage annuel pour maintenir les allocations cibles. Cette discipline est essentielle au bon fonctionnement du portefeuille : elle force à vendre ce qui a monté (actions en bull market) pour acheter ce qui a baissé (obligations en période de hausse des taux), capturant ainsi les cycles économiques.
1.3 Une citation qui devrait faire réfléchir
Revenons sur cette phrase de Dalio : "Nous avons 1'500 personnes... et nous ne savons toujours pas si nos trades seront gagnants."
Si le géant Bridgewater, qui gère plus de 150 milliards de dollars, ne peut pas prédire les marchés malgré ses ressources illimitées... sur quoi repose exactement la promesse du All Weather Portfolio ?
La réponse théorique : sur la diversification et l'équilibrage des risques, pas sur la prédiction. La réponse pratique : sur l'optimisation rétrospective d'un portefeuille qui a brillé pendant une période très spécifique de l'histoire financière (1980-2020). Nous y reviendrons.
2. Composition détaillée et justification théorique
2.1 L'allocation précise
Voici la composition exacte du All Weather Portfolio tel que popularisé par Tony Robbins après son entretien avec Ray Dalio :
| Classe d'actifs | Allocation | Saison économique visée | Rôle dans le portefeuille |
|---|---|---|---|
| Actions US | 30% | Croissance | Moteur de performance |
| Obligations LT (20+ ans) | 40% | Déflation/Récession | Stabilisateur principal |
| Obligations IT (7-10 ans) | 15% | Stabilité | Équilibre et rendement |
| Matières premières | 7.5% | Inflation | Protection inflation |
| Or | 7.5% | Crise/Inflation | Valeur refuge |
Total obligations : 55% — C'est cette surpondération qui choque au premier regard et qui différencie radicalement ce portefeuille d'un 60/40 classique.
Note importante sur les obligations intermédiaires : Certaines sources évoquent des durées de 3-7 ans, mais les implémentations les plus fiables (PortfolioVisualizer, Bogleheads, etc.) utilisent des obligations 7-10 ans via l'ETF IEF.
2.2 La théorie de la parité des risques
Le concept clé pour comprendre le All Weather Portfolio est la parité des risques (risk parity). Contrairement à une allocation traditionnelle qui se concentre sur les montants investis, la parité des risques vise à équilibrer la contribution au risque de chaque actif.
Pourquoi 55% en obligations ?
Dans un portefeuille classique 60/40, même si les obligations représentent 40% du capital, elles ne contribuent qu'à environ 10% du risque total. Les 60% d'actions génèrent 90% du risque ! Le portefeuille 60/40 est donc en réalité un "portefeuille d'actions déguisé".
Le All Weather corrige ce déséquilibre en augmentant massivement l'allocation obligataire. Avec 55% en obligations et seulement 30% en actions, on obtient une contribution plus équilibrée :
- Actions : ~25% du risque total
- Obligations LT : ~25% du risque total
- Obligations IT : ~15% du risque total
- Or + Commodities : ~35% du risque total
Cette approche réduit mécaniquement la volatilité du portefeuille, mais au prix d'une dilution de l'allocation aux actifs à haut rendement (les actions).
Le levier : la version cachée
Voici un secret que peu d'articles mentionnent : le véritable All Weather Portfolio de Bridgewater utilise du levier (1.5x à 2x) pour compenser la sous-performance des obligations. Ils empruntent à faible coût pour amplifier les rendements des actifs peu volatils.
La version grand public popularisée par Tony Robbins ? Aucun levier. C'est donc une version édulcorée, structurellement handicapée en termes de performance. Dalio lui-même a reconnu que cette allocation "ne serait pas exacte ou parfaite" pour l'investisseur moyen.
On vous vend un portefeuille institutionnel... sans les outils institutionnels qui le rendent viable. Gardez ça en tête quand vous verrez les chiffres de performance.
2.3 Implémentation pratique : les ETF recommandés
Pour reproduire ce portefeuille, voici les ETF les plus couramment utilisés :
| Classe d'actifs | ETF suggéré | Durée/Exposition |
|---|---|---|
| Actions US | SPY (US) ou CSPX (Irlande) | S&P 500 |
| Obligations LT | TLT (US) ou DTLA (Irlande) | 20+ ans |
| Obligations IT | IEF (US) ou CBU0 (Irlande) | 7-10 ans |
| Or | GLD (US), IAU (US) ou SGLD (Irlande) | Or |
| Commodities | DBC (US) ou ICOM (Irlande) | Panier diversifié |
Fréquence de rééquilibrage
La philosophie All Weather recommande un rééquilibrage annuel. Plus fréquent = plus de frais de transaction sans gain démontré. Moins fréquent = déviation progressive de l'allocation cible qui peut altérer le profil risque/rendement.
3. Backtest rigoureux : la vérité des chiffres
Passons maintenant à ce qui compte vraiment : les performances réelles. Contrairement à la plupart des analyses disponibles en ligne qui utilisent le dollar US, nos backtests sont calculés en francs suisses (CHF). Cette différence est importante car le CHF s'est apprécié face au dollar sur cette période, ce qui pénalise mécaniquement les performances des actifs libellés en USD.
3.1 Performance long terme (1999-2025) : le test des 26 ans
Commençons par comparer le All Weather aux portefeuilles classiques qui disposent de tout l'historique depuis 1999 :
Tableau 1 : Performance 1999-2025 (en CHF)
| Portefeuille | CAGR | Volatilité | Sharpe | Max Drawdown |
|---|---|---|---|---|
| All Weather | 4.65% | 9.93% | 0.34 | -26.24% |
| 60/40 classique | 4.84% | 11.87% | 0.32 | -45.95% |
| S&P 500 | 6.29% | 16.59% | 0.35 | -65.84% |
Première observation brutale : le All Weather est le pire des trois en performance.
Oui, vous avez bien lu. Sur 26 ans — période qui inclut pourtant une partie de la baisse historique des taux d'intérêt (censée favoriser les obligations) — le All Weather rapporte 4.65% par an. C'est moins que le simple 60/40 classique (4.84%) et largement inférieur au S&P 500 (6.29%).
Le ratio de Sharpe ne le sauve pas
Avec 0.34, il est légèrement dessous le S&P 500 (0.35) et à peine mieux que le 60/40 (0.32). Pour un portefeuille qui sacrifie autant de performance au nom de la réduction du risque, c'est franchement décevant.
Le drawdown : seul point positif
Le maximum drawdown de -26.24% est effectivement bien meilleur que le S&P 500 (-65.84%) et même que le 60/40 (-45.95%). C'est le seul critère où le All Weather se distingue positivement.
Mais est-ce que ça vaut le coup de sacrifier 1.64% de rendement annuel par rapport au S&P 500 ? Sur 26 ans, cette différence transforme 100'000 CHF en :
- All Weather : 318'000 CHF
- S&P 500 : 472'000 CHF
Soit 154'000 CHF de différence. Pour dormir un peu mieux pendant les crises ? À vous de juger si le trade-off en vaut la peine.
3.2 Face aux alternatives modernes (2011-2025) : l'humiliation
Comparons maintenant le All Weather à d'autres stratégies. Pour celles-ci, la période de backtest est un peu plus courte du fait des ETF utilisés.
Tableau 2 : Performance 2011-2025 (en CHF)
| Portefeuille | CAGR | Volatilité | Sharpe | Max Drawdown |
|---|---|---|---|---|
| All Weather | 6.07% | 9.52% | 0.63 | -23.52% |
| 60/40 Boglehead | 6.12% | 9.49% | 0.64 | -26.27% |
| Permanent Portfolio | 5.98% | 8.05% | 0.71 | -15.22% |
| PP 2.0 | 9.31% | 8.39% | 1.04 | -16.64% |
| PP 2.x | 10.52% | 8.70% | 1.13 | -21.61% |
| S&P 500 | 12.75% | 14.49% | 0.89 | -33.69% |
| PFD | 12.19% | 6.13% | 1.83 | -15.99% |
Sources : 60/40 Boglehead | Permanent Portfolio | PP 2.0 | PP 2.x | PFD | S&P 500
Aucune métrique où le All Weather excelle.
Reprenons point par point. En performance, le All Weather (6.07%) est battu par tout le monde sauf le Permanent Portfolio classique (5.98%). Même le 60/40 Boglehead fait mieux (6.12%) avec une allocation plus simple. Les portefeuilles optimisés l'écrasent : le PP 2.0 génère +3.24% par an de plus, le PP 2.x +4.45% et le PFD +6.12%.
En volatilité, à 9.52%, le All Weather est plus volatil que le Permanent Portfolio (8.05%), le PP 2.0 (8.39%), le PP 2.x (8.70%) et surtout le PFD (6.13%). Il ne gagne même pas sur son terrain de prédilection.
En ratio de Sharpe, avec 0.63, tous les autres portefeuilles équilibrés font mieux : Permanent Portfolio (0.71), PP 2.0 (1.04), PP 2.x (1.13), et PFD avec un exceptionnel 1.83 — soit presque 3 fois mieux.
En drawdown, le seul critère où il se défend un peu. À -23.52%, c'est moins que le 60/40 Boglehead (-26.27%) et le S&P 500 (-33.69%). Mais le Permanent Portfolio (-15.22%), le PP 2.0 (-16.64%) et le PFD (-15.99%) font tous mieux tout en affichant de bien meilleures performances.
Le constat est implacable : le All Weather Portfolio est le portefeuille le plus médiocre de notre comparatif.
Il ne gagne sur aucun critère significatif. Il est battu en performance, en Sharpe, souvent en volatilité, et parfois même en drawdown. C'est le portefeuille du "à peine correct partout, excellent nulle part".
Note : Le PFD affiche un CAGR de 12.19% sur la période 2011-2025. Ce chiffre est inférieur à celui mentionné dans "Les Déterminants de la Richesse". Ceci s'explique du fait que les backtests de cet ouvrage remontent jusqu'au début des années 1970. Historiquement, les petites entreprises ont tendance à surperformer, comme cela a été démontré par le modèle Fama-French. Les années 1970-2003 étaient parfaitement alignées avec cette tendance. Ces vingt dernières années ont toutefois été un peu moins favorables aux Micro Caps, largement utilisées au sein du PFD — un phénomène lié à l'émergence des ETF qui surreprésentent les grandes capitalisations, créant une inefficience qui pourrait à l'avenir réserver de nouvelles opportunités aux toutes petites capitalisations.
3.3 Que s'est-il passé pendant les crises ?
Le All Weather est censé briller pendant les tempêtes. A-t-il tenu ses promesses ?
2008 (crise financière) : Performance honorable grâce aux obligations qui ont explosé à la hausse pendant la fuite vers la qualité.
2020 (Covid) : Rebond rapide, mais rien d'exceptionnel. Le S&P 500 a rebondi aussi vite.
2022 (retour de l'inflation) : Catastrophe. Le All Weather perd environ -18% cette année-là. Pourquoi ? Parce que les taux ont monté violemment et que le portefeuille est bourré d'obligations long terme ultra-sensibles à cette hausse. La performance a même été pire que celle du S&P 500 (-17% en CHF), alors que le portefeuille est justement supposé protéger contre les baisses des actions.
C'est l'année qui révèle la faille structurelle du portefeuille : il ne fonctionne que dans un régime de taux baissiers. Dès que les taux montent, il souffre autant (voire plus) que les autres. Pire encore, tandis que les marchés boursiers ont redémarré en 2023 et 2024, le All Weather est resté collé au plancher :
- 2023 : 0.05% contre 14.78% en CHF pour le S&P 500
- 2024 : 14.87% contre 34.7% en CHF pour le S&P 500
Cette sous-performance rappelle d'ailleurs une autre année "horribilis" pour le portefeuille "Toutes saisons" : 2013. Tandis qu'il baissait de près de -3% en CHF, le S&P 500 s'envolait de 28.69%.
4. Analyse critique : ce qu'on ne vous dit pas
4.1 Le problème structurel des obligations
Parlons de l'éléphant dans la pièce : 55% du portefeuille est en obligations dans un monde où le contexte obligataire a radicalement changé.
40 ans de vent arrière exceptionnel
Le meilleur moment de l'histoire pour acheter des obligations ? Début des années 1980. Les taux d'intérêt américains culminaient à 15-18%. Pendant les 40 années suivantes, ils n'ont fait que baisser, générant des plus-values massives pour les détenteurs d'obligations long terme.

Regardez ce qui s'est passé : en 1981, le taux à 10 ans américain atteignait 15.8% ; en 2020, il était tombé à 0.5%. Chaque baisse de taux a généré des plus-values sur les obligations existantes. Le All Weather Portfolio a surfé sur cette vague pendant toute sa période de gloire. Ce n'était pas du génie, c'était du timing historique — et malgré ça, les résultats restent plus que discutables.
Aujourd'hui : à l'autre bout du cycle
Nous sommes maintenant dans une configuration similaire au milieu du 20ème siècle. En 2026, le taux à 10 ans américain évolue autour de 4-5%, avec une perspective de hausse ou de stagnation probable. Quand les taux montent ou stagnent, les obligations ne génèrent plus de plus-values en capital. Elles se contentent de leur coupon. Et quand les taux montent rapidement, comme en 2022, c'est la catastrophe.
2022 : l'année de vérité
Le All Weather Portfolio a perdu environ -18% en 2022 — sa pire année depuis sa création. Le portefeuille "pour toutes les saisons" a été pris au dépourvu par... un changement de saison. L'ironie est savoureuse.
4.2 La corrélation actions/obligations : un mythe pratique
On entend souvent : "En 2022, la corrélation actions/obligations a cassé, c'est inédit !" C'est une réécriture de l'histoire.
Les actions et obligations sont corrélées positivement quand les taux montent. Ce n'est pas un phénomène nouveau des années 2020, c'est structurel et logique : une hausse des taux fait baisser mécaniquement les obligations, et comprime simultanément les valorisations des actions. Résultat : tout baisse ensemble.
On l'a oublié parce que la période 1998-2021 a été marquée par une succession de crises (dot-com, 2008, Covid) combattues par des baisses de taux. Les obligations montaient pendant que les actions chutaient, créant l'illusion d'une décorrélation naturelle et perpétuelle.
4.3 Les matières premières : théorie séduisante, réalité décevante
Le All Weather alloue 7.5% aux matières premières comme protection contre l'inflation. Belle idée sur le papier. Mais en pratique ?
Le coût caché du roll yield et du total expense ratio
Les ETF de matières premières comme DBC investissent dans des contrats futures. Ces contrats doivent être "roulés" (vendus avant expiration et remplacés par de nouveaux) chaque mois. Cette opération génère un coût appelé "roll yield" qui pèse en quelques points de pourcentage par an sur la performance. À ceci s'ajoute un total expense ratio pour DBC supérieur à 0.89%, ce qui est significatif pour un ETF moderne. Il n'est dès lors pas étonnant que ces produits pèsent structurellement sur les rendements.

DBC (en rouge ci-dessus) a baissé de -1.59% entre 2006 et 2025 en USD. Pire, comme le dollar (en bleu) a fondu de 39.32% face au CHF sur la même période, la perte totale sur près de 20 ans a frôlé les -41%.
Les matières premières ont-elles protégé de l'inflation entre 2020 et 2025 ?
Entre 2020 et 2025, nous avons connu un retour marqué de l'inflation (5-9% selon les pays). Les matières premières ont-elles tenu leur promesse ? Oui, mais l'or a fait bien mieux.

Le métal jaune, via l'ETF GLD (en jaune), a progressé de 162.49% en USD entre 2000 et 2025. Même avec la baisse du dollar (-18.53% face au CHF), cela représente un gain de 143.96%, soit un CAGR de près de 15%. Ramené à l'allocation de 7.5% dans le portefeuille, la contribution de l'or face au renchérissement reste cependant modeste : légèrement plus de 1% par an.
Les matières premières via DBC ont progressé de 41.82% en USD sur la même période. Avec la baisse du dollar de -18.53% face au CHF, cela représente un gain de 23.3%, soit un CAGR de ~3%. Ramené à l'allocation de 7.5% : 0.2% par an. Autrement dit, peanuts.
4.4 La version "Tony Robbins" vs la vraie stratégie Bridgewater
Parlons franc : ce que vous implémentez, ce n'est pas le vrai All Weather.
Le vrai All Weather de Bridgewater utilise du levier (1.5x à 2x) pour amplifier les rendements des obligations, accède à des instruments dérivés complexes, bénéficie de frais institutionnels quasi nuls et est géré activement par une équipe dédiée.
La version grand public ne dispose d'aucun levier (réglementairement impossible via un ETF standard), utilise des ETF vanilles avec leurs frais, applique une gestion passive pure — avec la sous-performance structurelle qui en découle.
Dalio a créé un portefeuille pour sa famille et ses clients institutionnels fortunés, avec des outils que vous n'avez pas. Puis il en a donné une version édulcorée au grand public via Tony Robbins. C'est comme si Ferrari vous vendait une voiture sans turbo en vous assurant que c'est "la même chose". Sur le papier, oui. En performance, non.
4.5 Biais de survie et optimisation rétrospective
Le All Weather Portfolio a été optimisé sur des données passées — comme tous les portefeuilles célèbres. Et je dois l'avouer, le PP 2.0 et le PP 2.x aussi.
La vraie question n'est pas "a-t-il été optimisé ?" (oui) mais "est-il robuste out-of-sample ?" Le All Weather a brillé in-sample (1973-2010). Entre 2011 et 2021, les résultats étaient encore acceptables — mais c'était simplement la continuation de la baisse des taux. Le vrai test out-of-sample commence en 2022, quand le régime change. Et là, ça se gâte.
Pour comparaison, les stratégies du PFD ont été testées à la fois in-sample et out-of-sample avec des règles clairement définies à l'avance, puis validées en live sur un "paper portfolio" avant mise en service définitive. C'est une approche plus rigoureuse que "Dalio dit que ça marche, donc ça marche".
L'erreur classique est d'extrapoler 40 ans de baisse de taux sur les 40 prochaines années. Or nous sommes structurellement dans un régime différent : taux longtemps proches de 0% (impossible de rebaisser davantage), dette publique massive (pression haussière sur les taux), et démographie vieillissante avec des boomers en phase de retrait qui liquident leurs obligations. Ce qui a marché entre 1980 et 2020 ne marchera probablement pas entre 2020 et 2060.
5. Pour qui ce portefeuille a-t-il du sens ?
Malgré toutes ces critiques, il existe des profils d'investisseurs pour qui le All Weather pourrait avoir du sens.
Profils potentiellement adaptés
Le retraité en phase de retrait
Si vous avez 65 ans, un capital constitué, et que vous en prélevez 3-4% par an pour vivre, la faible volatilité du All Weather peut avoir un intérêt. Vous ne cherchez pas la performance maximale, vous cherchez à ne pas tout perdre pendant un drawdown qui coïnciderait avec vos retraits. Attention toutefois : même pour ce profil, un Permanent Portfolio ou un PP 2.0 pourrait être plus approprié : meilleur Sharpe, meilleur drawdown, et même meilleure performance.
L'investisseur très risk-averse
Vous êtes de ceux qui paniquent au moindre -10% ? Dans ce cas, le All Weather peut vous aider psychologiquement. Mais la faible volatilité a un coût en termes de performance. Êtes-vous prêt à sacrifier 2-3% de rendement annuel pour dormir tranquille ? Et rappelons que le PFD offre une volatilité de seulement 6.13% (contre 9.52% pour le All Weather) avec un rendement de 12.19%. Le All Weather ne gagne même pas sur le critère du risque.
Profils clairement inadaptés
L'investisseur avec un horizon long terme (>20 ans)
Sur le long terme, les actions dominent. Tous les backtests le montrent. Diluer massivement son exposition actions avec 55% d'obligations, c'est parier contre l'histoire économique.
Le chercheur de performance maximale
Si votre objectif est de battre le marché, le All Weather n'est clairement pas pour vous. Il est conçu pour suivre les différents régimes économiques, pas pour les battre. Des stratégies comme le PFD visent explicitement la surperformance via des approches quantitatives. Sauf que, comme nous l'avons vu, le All Weather n'atteint même pas son objectif de faible volatilité de manière convaincante.
6. Les vraies alternatives
Si le All Weather vous déçoit — et les chiffres montrent que vous avez raison — trois alternatives se dégagent clairement de nos backtests.
Pour un profil équilibré/conservateur
Le Permanent Portfolio est l'ancêtre du All Weather, avec une approche plus simple et plus robuste : drawdown de seulement -15.22% et volatilité de 8.05% (contre 9.52% pour le AWP). Le PP 2.0 en est la version optimisée avec 5 ETF : performance de 9.31% contre 6.07% pour le All Weather, avec moins de volatilité (8.39% vs 9.52%) et un Sharpe de 1.04 (contre 0.63).
Pour un profil plus agressif
Le PP 2.x est la version améliorée du PP 2.0 : rendement de 10.52% avec un drawdown contenu à -21.61% et un Sharpe de 1.13. Le PFD affiche le meilleur ratio risque/rendement de notre comparatif : 12.19% de rendement, 6.13% de volatilité seulement, Sharpe exceptionnel de 1.83 et drawdown de -15.99%.
Et le 60/40 Boglehead ?
Le simple 60/40 Boglehead bat déjà le All Weather en performance (6.12% vs 6.07%) avec un Sharpe similaire (0.64 vs 0.63). C'est plus simple à mettre en œuvre et ça coûte moins cher en frais. À choisir entre les deux, le 60/40 est moins pire.
Conclusion
Le All Weather Portfolio de Ray Dalio jouit d'une réputation qui repose en grande partie sur le prestige de son créateur et sur un contexte historique qui ne se reproduira pas : 40 ans de baisse ininterrompue des taux d'intérêt.
Quand on soumet ce portefeuille à l'épreuve des chiffres, avec des backtests rigoureux en francs suisses et des comparaisons objectives, le vernis craque. Sur 26 ans (1999-2025), le All Weather rapporte 4.65% par an — moins que le simple 60/40 classique. Sur 14 ans (2011-2025), il est battu par tous les portefeuilles optimisés modernes. Son ratio de Sharpe de 0.63 est médiocre face au PP 2.0 (1.04), au PP 2.x (1.13) ou au PFD (1.83). Sa volatilité de 9.52% n'est même pas exceptionnelle : le PP 2.0 fait 8.39% et le PFD seulement 6.13%. Son seul avantage relatif — le drawdown — est annulé par le Permanent Portfolio (-15.22%) et le PFD (-15.99%).
Le verdict est sans appel : le All Weather Portfolio n'est pas un portefeuille pour toutes les saisons. C'est un portefeuille optimisé pour UNE saison qui est terminée : celle de la grande désinflation (1980-2020).
Alors que faire ?
Si vous recherchez un portefeuille équilibré avec faible volatilité, le Permanent Portfolio ou le PP 2.0 sont plus robustes. Si vous recherchez la performance, les stratégies du PFD ont fait leurs preuves avec un Sharpe de 1.83, et le PP 2.x offre un excellent compromis performance/risque. Un portefeuille 100% actions reste une option si vous êtes prêt à l'assumer — mais attention : on découvre souvent sa vraie tolérance au risque lorsqu'il est déjà trop tard.
Le All Weather ? Une belle théorie. Un marketing redoutable. Des résultats qui ne tiennent pas leurs promesses. Ray Dalio a créé un portefeuille brillant pour son époque. Mais cette époque est révolue. Les chiffres sont sans appel : en 2026, il existe de bien meilleures options pour construire un portefeuille résilient et performant.
À vous de juger avec les chiffres.
Note méthodologique : Tous nos backtests sont calculés en francs suisses (CHF) avec réinvestissement des dividendes. Les données couvrent la période 1999-2025 pour le tableau 1 et 2011-2025 pour le tableau 2. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Questions fréquentes
Quelle est la principale faiblesse du All Weather Portfolio ?
Sa dépendance structurelle à un régime de taux d'intérêt baissiers. Avec 55% d'obligations, ce portefeuille a été conçu — implicitement ou non — pour un monde de grande désinflation (1980-2020). En 2022, quand les taux ont remonté brutalement, il a perdu environ -18% : une performance pire que le S&P 500 cette année-là, alors qu'il est précisément censé protéger dans ce type d'environnement.
Le vrai All Weather de Bridgewater est-il différent de la version grand public ?
Oui, fondamentalement. La version institutionnelle de Bridgewater utilise du levier (1.5x à 2x) pour compenser la faible volatilité des obligations et amplifier les rendements. Sans ce levier — impossible à répliquer via des ETF standards pour un particulier — la version grand public est structurellement sous-performante par rapport à l'original. C'est une version édulcorée vendue comme équivalente, ce qu'elle n'est pas.
Quelles alternatives au All Weather Portfolio offrent un meilleur ratio risque/rendement ?
Plusieurs portefeuilles surpassent le All Weather sur tous les critères selon nos backtests en CHF (2011-2025). Pour un profil conservateur, le PP 2.0 affiche un CAGR de 9.31% avec une volatilité de 8.39% et un Sharpe de 1.04. Pour un profil plus dynamique, le PFD atteint 12.19% de CAGR avec seulement 6.13% de volatilité et un Sharpe exceptionnel de 1.83 — tout en limitant le drawdown à -15.99%. Ces deux portefeuilles battent le All Weather sur chaque métrique.
Sources et données
- Ray Dalio, Bridgewater Associates — bridgewater.com
- Tony Robbins, Money: Master the Game (2014) — description originale du All Weather Portfolio grand public
- Invesco — fiche produit ETF DBC (commodities, TER 0.89%)
- Données historiques taux d'intérêt américains — Federal Reserve Bank of St. Louis (FRED) : fred.stlouisfed.org
- Fama, E. F., & French, K. R. (1993) — modèle trois facteurs (surperformance historique des small caps)
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