Dernière mise à jour : janvier 2026
En janvier 2013, à 40 ans, je sortais d'une année professionnellement difficile marquée par ce que je décrivais comme "l'impact direct de la mondialisation sur notre condition de salariés". Ce billet utilisait la métaphore de la fin de l'hiver pour exprimer un espoir prudent : après une période sombre, de nouvelles opportunités professionnelles s'annonçaient et mes revenus de dividendes continuaient à progresser. L'optimisme pointait, même si la route vers l'indépendance financière restait encore "longue".

Nous voilà déjà à la fin du mois de janvier. Le plus dur de l'hiver est passé, les jours ont déjà sensiblement rallongé, la neige tombe encore un peu, mais avec parcimonie. Le froid est encore bien présent mais on sent qu'il est en train d'épuiser ses dernières forces dans le combat. D'ici quelques semaines on sentira les températures remonter et les prémices du printemps se manifester. Cette fin proche de l'hiver coïncide avec la fin d'un cycle pénible pour ma petite personne.
Depuis une année j'expérimente en effet malgré moi l'impact direct de la mondialisation sur notre condition de salariés. Possédant une pensée plutôt libérale, je dois dire que cette sinistre expérience me laisse très perplexe sur le monde financier, économique et politique actuel. J'ai l'impression que l'asservissement des travailleurs à une poignée de capitalistes n'a non seulement jamais cessé depuis la révolution industrielle, mais surtout qu'il est en train de prendre une nouvelle tournure.
Comme les marchés émergents tels que la Chine et l'Inde ne fournissent plus seulement de la main d'oeuvre à bon marché, mais aussi de la matière grise, ce ne sont plus uniquement les classes ouvrières de notre continent qui souffrent. Les cols blancs doivent aligner les heures supplémentaires sans contrepartie financière et les jeunes fraîchement diplômés ne trouvent pas de travail. Les petits patrons souffrent également de la concurrence déloyale de ces pays. Bref, les grands capitalistes mis-à-part, ce fléau touche toutes les couches de notre société.
Charles Dickens dépeignait en 1854 dans "Les Temps Difficiles" une classe ouvrière asservie, misérable et moutonnière, abrutie par le travail répétitif, dominée par une bourgeoisie avide de profits et de pouvoir, forte de la bonne conscience qu'elle puise dans les lois de l'économie de marché. En 1936, Charlie Chaplin dénonçait dans "Les Temps Modernes" le travail à la chaîne et les conditions de vie d'une grande partie de la population occidentale lors de la Grande dépression. Travailleur victime d'un burn-out, puis chômeur, Charlot est envoyé en prison par erreur. Libéré contre sa volonté, il découvre combien la vie est rude, et rêve de retrouver sa confortable geôle.
Ces deux histoires paraissent si loin dans le temps et pourtant si proches de nos conditions de travailleurs que ça en fait froid dans le dos. Quand on aligne des horaires de fous, puis qu'on répond encore à des e-mails et des téléphones professionnels sur son smartphone durant les soirées et le week-end, on peut se demander effectivement s'il ne vaudrait pas mieux être tranquille dans une prison comme Charlot. Au moins là, on ne vous donne pas l'illusion de la liberté.
Désireux de m'échapper au plus vite de ce sort funeste, je bataille dur depuis pas mal de temps pour acquérir non seulement de l'indépendance financière, mais aussi pour améliorer ma condition de travailleur (car la route vers la première option est encore longue). Si je n'ai pu atteindre aucun résultat tangible dans ces deux domaines en 2012, cette année s'annonce par contre sous les meilleurs hospices. Plusieurs nouvelles opportunités professionnelles s'offrent en effet à moi, tandis que les revenus de mes dividendes continuent à progresser et que j'ai de nouveau un peu de cash en réserve pour saisir des bonnes occasions quand le marché corrigera à la baisse.
Bref, la fin de l'hiver est proche.
Note rétrospective – janvier 2026
Treize ans après ce billet, la métaphore de "la fin de l'hiver" mérite une réévaluation lucide. En janvier 2013, j'anticipais un printemps professionnel imminent. La réalité ? L'hiver a duré encore huit ans, jusqu'en 2021 quand j'ai définitivement quitté le salariat.
Regardons d'abord ce qui s'est passé après janvier 2013. L'optimisme sur les "nouvelles opportunités professionnelles" était partiellement justifié : j'ai effectivement changé d'employeur dans les années suivantes et obtenu plusieurs améliorations de mes conditions, en particulier en abaissant à plusieurs reprises mes heures de travail. Mais fondamentalement, les problèmes décrits dans ce billet sont restés présents jusqu'en 2021.
Les références littéraires à Dickens (1854) et Chaplin (1936) restent troublantes en 2026. Ces œuvres dénonçaient des conditions de travail qui étaient toujours actuelles en 2013, et qui paraissent encore plus prononcées aujourd'hui. La mondialisation et la technologie ont changé les formes d'asservissement (du travail à la chaîne aux emails H24), mais pas le fond : la majorité des travailleurs reste sous pression constante pour maximiser les profits d'une minorité.
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