Journal d’un futur rentier (14) : salaires contre bourse

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Dernière mise à jour : janvier 2026

En mars 2013, après quinze ans sur le marché du travail et d'innombrables justifications patronales pour ne jamais augmenter les salaires, j'écrivais ce billet d'humeur rageur. Le ton était volontairement polémique, mais le fond restait factuel : pendant que le Swiss Performance Index progressait fortement, les salaires stagnaient sous prétexte de "crise permanente".

Graphique du Journal d'un futur rentier illustrant la divergence entre salaires stagnants et Swiss Performance Index en hausse de 500% sur la période 1998-2026

On vit une époque formidable. Le prolétariat en est venu au point de ne même plus vouloir du pain. Tout ce qu'il veut, c'est du travail. On ne cherche plus le but, mais le moyen. Les grands patrons ont réussi leur coup. Les gens aiment se faire exploiter à un point tel qu'ils en viennent à supplier leurs tortionnaires de les mettre au bagne. On frise le masochisme. Les gars sont tellement contents de travailler, que même quand ils sont virés, ils seraient encore censés lécher le cul de leur boss.

Cela fait 15 ans que je suis sur le marché du travail et 15 ans que j'entends la même rengaine : c'est la crise. Durant cette période mes patrons (et aussi ceux de ma femme), ont toujours trouvé de bonnes excuses pour ne pas augmenter nos salaires. Une année le bénéfice n'était pas bon. L'autre le chiffre d'affaires. L'autre la concurrence bouffait trop de parts marchés. L'autre le franc suisse était trop fort. Ils arrivaient toujours à trouver un point négatif pour justifier une stagnation des salaires, voire même une baisse des prestations sociales.

Pourtant, dans l'intervalle, eux ne se gênaient pas pour bien s'arroser au passage. En guise d'illustration, durant cette période soit disant de crise, le Swiss Performance Index (qui totalise le rendement des prix et des dividendes des entreprises suisses cotées en bourse) a progressé de 90% ! Euh... combien d'entre vous ont été augmentés ne serait-ce que d'un tiers de cette performance durant ce laps de temps ? Combien de vous ont été augmentés tout court ?!?

De qui se moque-t-on ? Le problème c'est qu'en bouffant de la sorte le pouvoir d'achat de la classe moyenne, le grand patronat rend de fait toute reprise économique éphémère. Seule une répartition équitable des richesses permet de soutenir de façon durable la consommation intérieure. Tant que la grande masse devra consommer en devant se serrer la ceinture, on vivra toujours sur le fil du rasoir. C'est le serpent qui se mord la queue : crise économique → baisse du pouvoir d'achat → crise économique...

La bonne nouvelle c'est qu'avec le vieillissement de la population, il n'y aura bientôt plus assez de main d'oeuvre. Et là le pouvoir risque bien de changer de main. Mais d'ici qu'on y arrive j'espère bien avoir déjà pris ma retraite !

Note rétrospective – janvier 2026

Treize ans plus tard, ce billet reste tristement d'actualité, mais les chiffres sont encore plus édifiants. Entre 1998 et mars 2013 (période évoquée dans l'article), le Swiss Performance Index avait effectivement progressé de 90%. Depuis 1998 jusqu'à janvier 2026, le SPI a progressé de plus de 500% (dividendes réinvestis), soit un rendement annualisé d'environ 6.7%. Pendant ce temps, les salaires réels suisses ont à peine suivi l'inflation.

Cette divergence croissante entre performance boursière et rémunération salariale n'est pas un accident. Elle illustre une réalité fondamentale du capitalisme : les actionnaires captent la majorité de la création de valeur des entreprises, tandis que les salariés voient leur pouvoir d'achat stagner malgré des gains de productivité constants. C'est précisément pour cette raison que l'indépendance financière passe nécessairement par la propriété d'actions.

La prédiction sur le vieillissement démographique s'est partiellement réalisée, mais n'a pas produit le rééquilibrage espéré. Le "pouvoir" n'a pas changé de main. En revanche, ma prédiction personnelle s'est réalisée : j'ai effectivement pris ma retraite bien avant que ce changement démographique ne se concrétise, ayant atteint l'indépendance financière progressivement entre 40 et 50 ans.

La vraie leçon de ce billet n'est pas que le système est injuste (même si c'est discutable), mais que comprendre les mécanismes de création de valeur permet de choisir le bon côté de l'équation. En 2013, je me positionnais encore mentalement comme "salarié frustré". En 2026, je suis "actionnaire rentier", ayant compris que la liberté financière passe par la propriété du capital productif, pas par l'espoir d'augmentations salariales.

Cette transformation de perspective est au cœur de la démarche FIRE : passer du statut de force de travail rémunérée au statut de propriétaire de capital. Le billet de 2013, malgré son ton rageur, contenait déjà en germe cette compréhension, puisque je mentionnais que "les gens" s'enrichissaient via la bourse.

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1 réflexion sur “Journal d’un futur rentier (14) : salaires contre bourse”

  1. « La bonne nouvelle c’est qu’avec le vieillissement de la population, il n’y aura bientôt plus assez de main d’oeuvre.  » Excellente remarque, c’est d’ailleurs déjà ce que j’observe au Japon, pays qui du reste n’a jamais mis la hausse des profits comme un objectif (le Nikkei aujourd’hui est 3 fois plus faible qu’en 1989). Les sociétés nippones sont en manque de main-d’oeuvre dans de très nombreux domaines. L’objectif de sociétés privées est de perdurer en laissant une marge pour l’entrepreneur et de suivre les évolutions des besoins de ses clients. Les sociétés occidentales ont pour objectif la croissance des profits chaque année à un rythme décorrélé de la réalité (ma boîte du DJ30 est une championne dans cette course) !!

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