Journal d’un futur rentier (57) : 20 ans d’épuisement

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Mai 2018. Dernière mise à jour : décembre 2025.

Bilan après près de 20 ans. L'intolérance croissante. L'exploitation des bons. L'épuisement qui monte.

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L'intolérance croissante avec l'âge

J'ai remarqué que plus on prend de l'âge, moins on supporte certaines tracasseries professionnelles. Ce qui me faisait sourire à l'époque a tendance désormais à me miner le moral. Voilà près de vingt années que je vis dans ce système dans lequel je trouve de moins en moins de sens. En ai-je d'ailleurs vraiment trouvé un jusqu'ici... ?

Vision idéalisée du jeune moi

Si je revois mon moi plus jeune, j'ai tout de même le vague souvenir d'une personne qui s'amusait par moments sur son lieu de travail. Ce n'est peut-être qu'une vision idéalisée, on dit qu'avec le temps il n'y a que les bons souvenirs qui perdurent. Mais je crois aussi surtout que j'étais nettement plus tolérant par rapport aux diverses demandes qui arrivaient vers moi. Le problème c'est qu'à la longue, toutes ces demandes, petit à petit, jour après jour, durant des années, ça vous bouffe jusqu'à la moelle.

Exploitation des bons employés

La société est très forte pour accaparer votre temps et votre énergie. Plus vous êtes bon dans votre domaine, plus elle aura tendance à exploiter vos ressources pour son propre compte. Ce sont les employés motivés, intelligents et travailleurs qui finissent par faire des burn-out, parce que c'est toujours vers eux qu'on se tourne lorsqu'il s'agit de régler des problèmes. À contrario, les branleurs, les râleurs, les grosses gueules sont comme des parasites, qui tirent leur énergie des fourmis travailleuses.

Cinq employeurs, même schéma

J'ai déjà connu cinq employeurs différents et je suis chaque fois parti parce que justement j'avais le sentiment d'être exploité au détriment d'autres qui se la coulaient douce. J'ai certainement porté une part de responsabilité dans chacune de ces situations, mais d'un autre côté c'est difficile de faire autrement, quand on aime le travail bien fait. Le problème des entreprises c'est qu'elles encouragent la paresse sociale à partir du moment où les tâches sont réparties sur plus d'une personne, donc dans tous les cas. Pour les esprits indépendants, ceci est tolérable durant un certain moment, mais à la longue cela devient de plus en plus difficile à supporter.

À suivre dans les prochains épisodes.


Note rétrospective (décembre 2025)

En relisant cet article de mai 2018, je ressens encore l'amertume et l'épuisement qui transparaissent. Sept ans et sept mois plus tard, voici ce qui s'est passé.

L'intolérance croissante avec l'âge était-elle réelle ?

Absolument. En mai 2018, j'observais : "plus on prend de l'âge, moins on supporte certaines tracasseries professionnelles". Sept ans plus tard, je confirme : OUI, l'âge rend moins tolérant aux conneries professionnelles.

Pourquoi ? Plusieurs raisons :

  • Accumulation : 20 ans de petites frustrations quotidiennes s'additionnent. Ce qui était supportable à 25 ans devient insupportable à 45 ans après 20 années d'accumulation.
  • Perspectives raccourcies : À 25 ans, "encore 40 ans à tenir" semble abstrait. À 45 ans, "encore 20 ans" devient concret et terrifiant.
  • Capital acquis : Plus on avance, plus le capital d'investissement grandit, plus l'option FIRE devient réelle, moins on tolère les conneries car on sait qu'une sortie existe.
  • Sagesse/lucidité : À 25 ans, on croit encore que "ça va s'améliorer", "le prochain job sera mieux". À 45 ans, on sait que c'est structurel, pas conjoncturel. Cette lucidité rend tout plus insupportable.

Donc oui, l'âge rend effectivement moins tolérant. Et c'est tant mieux, car cette intolérance croissante est un moteur puissant pour sortir du système.

Le "système sans sens" :

J'écrivais : "Voilà près de vingt années que je vis dans ce système dans lequel je trouve de moins en moins de sens." Cette phrase de mai 2018 était brutale. Après 20 ans de carrière, ne toujours pas trouver de sens au travail salarié était un constat d'échec existentiel.

Sept ans plus tard, je confirme : non, je n'ai jamais trouvé de sens au salariat. Pas en 20 ans (1998-2018), pas dans les 3 dernières années (2018-2021). Le salariat est structurellement aliénant pour les esprits indépendants. Ce n'est pas un bug temporaire, c'est une caractéristique permanente du système.

Depuis 2021, hors du salariat, ai-je trouvé du sens ? Oui. Mes activités autodéterminées ont du sens parce que JE choisis de les faire, pas parce qu'un patron me l'ordonne. Le sens vient de l'autonomie, pas de l'activité elle-même.

La vision "idéalisée" du jeune moi :

En mai 2018, je me demandais si mes souvenirs de "m'amuser au travail" quand j'étais jeune étaient idéalisés ou réels. Sept ans plus tard, je pense que c'était un mélange des deux.

Oui, probablement qu'à 25-30 ans, je trouvais encore du plaisir au travail. Parce que c'était nouveau, parce que j'apprenais des compétences, parce que j'avais encore de l'optimisme naïf. Mais cet optimisme s'est progressivement érodé entre 30 et 45 ans, remplacé par du cynisme, de l'amertume, de l'épuisement.

"Ça vous bouffe jusqu'à la moelle" :

Cette métaphore de mai 2018 était exacte et violente. "Toutes ces demandes, petit à petit, jour après jour, durant des années, ça vous bouffe jusqu'à la moelle." C'est exactement ça l'épuisement professionnel : pas un événement dramatique unique, mais une érosion lente, invisible, quotidienne, sur des décennies.

Chaque petite demande stupide, chaque email inutile, chaque réunion stérile, chaque procédure absurde - individuellement, c'est tolérable. Mais multiplié par 250 jours/an × 20 ans = 5'000 jours d'accumulation. Ça finit par vous bouffer effectivement jusqu'à la moelle.

L'exploitation des bons employés :

J'écrivais : "Plus vous êtes bon dans votre domaine, plus elle aura tendance à exploiter vos ressources... Ce sont les employés motivés, intelligents et travailleurs qui finissent par faire des burn-out."

Cette analyse de mai 2018 était tristement exacte. Les entreprises exploitent systématiquement leurs meilleurs éléments jusqu'à épuisement. Pourquoi ? Parce que c'est rentable à court terme. Un bon employé accepte plus de responsabilités, travaille plus d'heures, résout plus de problèmes. Donc on lui en donne encore plus. Jusqu'au burn-out.

La paradoxe : être bon dans son job accélère l'épuisement. Être médiocre (les "branleurs" que je mentionne) protège de l'exploitation. C'est un système pervers qui punit la compétence et récompense la médiocrité.

Les "parasites" vs les "fourmis travailleuses" :

J'utilisais des termes durs en mai 2018 : "branleurs, râleurs, grosses gueules" comme "parasites" qui "tirent leur énergie des fourmis travailleuses". Cette dichotomie était-elle juste ?

Partiellement. Oui, il existe effectivement dans toute organisation des gens qui font le minimum et d'autres qui portent la charge. Mais rétrospectivement, je me demande si les "branleurs" n'avaient pas juste compris le système mieux que moi. En refusant de jouer le jeu de l'exploitation, ils se protégeaient du burn-out. Peut-être qu'ils étaient plus sages que les "fourmis travailleuses" qui se tuaient à la tâche.

La vraie erreur n'était pas d'être une fourmi travailleuse. C'était de rester dans un système qui exploite les fourmis. La solution n'était pas de devenir un parasite, mais de sortir complètement du système. Ce que j'ai fait.

Cinq employeurs, même schéma répété :

En mai 2018, j'avais déjà connu "cinq employeurs différents" et j'étais "chaque fois parti parce que [je me sentais] exploité au détriment d'autres qui se la coulaient douce". Ce pattern répété 5 fois était révélateur.

Après 5 employeurs différents avec le même problème, il fallait admettre que le problème n'était pas les employeurs spécifiques, mais le système lui-même. Changer d'employeur ne résout rien si la structure fondamentale (salariat hiérarchique) reste identique. J'avais mis 5 employeurs à le comprendre. Lent à la détente, mais j'ai fini par piger.

La paresse sociale encouragée par les entreprises :

J'expliquais que "les entreprises encouragent la paresse sociale à partir du moment où les tâches sont réparties sur plus d'une personne". Cette analyse sociologique était correcte.

Quand la responsabilité est diluée sur un groupe, chacun peut se cacher derrière les autres. Les bons portent, les mauvais profitent. C'est structurel, pas accidentel. Les entreprises créent des structures qui favorisent ce comportement, puis s'étonnent que les bons éléments partent ou craquent.

Le message pour les lecteurs :

Si vous ressentez ce que je décrivais en mai 2018 - intolérance croissante aux tracasseries, sentiment d'être exploité pendant que d'autres se la coulent douce, impression que "ça vous bouffe jusqu'à la moelle" - sachez que :

  • C'est normal et sain : L'intolérance croissante n'est pas un défaut de caractère. C'est un signal d'alarme de votre corps/esprit.
  • Changer d'employeur ne résout rien : Si le pattern se répète sur 2-3+ employeurs, le problème est structurel (le salariat), pas conjoncturel (cet employeur spécifique).
  • L'épuisement s'accumule : 20 ans de petites frustrations = épuisement massif. Ce n'est pas réversible en restant dans le système.
  • Être bon accélère l'épuisement : Paradoxalement, la compétence mène au burn-out plus vite que la médiocrité. Ne vous culpabilisez pas d'être bon.
  • La vraie solution est la sortie : Pas devenir un "branleur" pour se protéger. Mais construire son capital FIRE pour sortir complètement.

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2 réflexions sur “Journal d’un futur rentier (57) : 20 ans d’épuisement”

  1. Philippe de Habsbourg

    Alors la grande question est : vaut-il mieux être un employé intelligent/compétent en burnout ou une grande gueule qui se branle toute la journée avec un maximum d’énergie?

    Dans ma situation je suis plutôt chanceux sur ce point, j’ai pas trop à me plaindre. Je suis dans une équipe qui performe plutôt équitablement. (j’espère que j’ai une bonne perspective de la réalité et que je ne sois pas celui qu’on traite de branleur haha!) Par contre, j’en connais plus d’un qui sont dans la même situation que toi!

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