Quand vendre ses actions à dividendes croissants ? Les 3 règles d’or

Dernière mise à jour : février 2026

Vendre ses actions à dividendes croissants n'est généralement pas la bonne décision — sauf dans trois situations précises. Cette stratégie est un formidable catalyseur de revenus passifs : stable, auto-alimentée par la croissance des distributions, et largement indépendante des fluctuations de marché. Mais ignorer les signaux de vente peut coûter cher.

Investisseur analysant ses actions à dividendes croissants pour décider quand vendre selon trois règles : dividende stagnant, fondamentaux dégradés, surévaluation

Contexte 2020-2025 : Dans un environnement marqué par la volatilité des marchés, la remontée des taux d'intérêt et le retour d'une inflation significative, ces trois règles de vente ont démontré toute leur pertinence. Les valorisations excessives de 2020-2021, suivies des corrections de 2022-2023, ont rappelé l'importance d'une discipline de vente face aux surévaluations.

L'effet boule de neige des dividendes croissants

Prenons l'exemple de Chevron (CVX). En 2003, le titre s'échangeait à 43.50 $ et versait un dividende annuel de 1.43 $, soit un rendement de 3.29%. Fin 2024, CVX verse 6.84 $ par action. Sans achat supplémentaire, le rendement par rapport au coût d'achat (YOC — Yield on Cost) atteint désormais 15.72%. Le titre offre en 2025 environ 4.5% de dividendes au prix du marché, mais les actions achetées en 2003 génèrent un rendement près de quatre fois supérieur.

En 22 ans, le dividende a été multiplié par 4.8. Voilà la puissance des dividendes croissants sur le très long terme.

On comprend dès lors l'intérêt de conserver le plus longtemps possible ses titres payeurs de dividendes croissants — à condition que le dividende continue effectivement à progresser. Les lecteurs de mon e-book, savent qu'il n'existe que trois raisons valables de vendre un tel titre.

Règle n°1 : vendre lorsque les dividendes stagnent ou baissent

La première raison de vendre : le dividende est statique depuis deux années consécutives, ou a été éliminé ou réduit. Ce critère est simple à contrôler et redoutablement efficace.

Selon Ned Davis Research, les dividendes croissants affichent une meilleure performance que les dividendes statiques, qui eux-mêmes surperforment ceux qui diminuent ou cessent leurs distributions. La logique est simple : le dividende représente historiquement près de la moitié de la performance boursière totale. Il est aussi un révélateur de la santé financière d'une entreprise.

Performance comparée des dividendes croissants, statiques et en baisse selon Ned Davis Research — les dividendes croissants surperforment sur le long terme

Règle n°2 : surveiller les fondamentaux de l'entreprise

La seconde raison de vendre : les fondamentaux se sont détériorés. Cette règle découle naturellement de la première. Les dividendes étant une fraction du bénéfice et du free cash flow, si ces derniers stagnent ou baissent, les distributions suivront inexorablement.

Le contrôle est relativement simple. La plupart des sites financiers indiquent le ratio de distribution (payout ratio) des dividendes par rapport aux bénéfices. Si ce n'est pas le cas, on peut l'estimer en multipliant le rendement par le PER.

Règle générale : plus ce ratio est faible, plus le dividende est sûr. Un payout ratio d'environ 66% est souvent considéré comme un bon compromis entre distribution généreuse et sécurité.

Règle n°3 : vendre en cas de surévaluation manifeste

C'est la règle la plus souvent négligée : le titre s'est nettement surenchéri. Quand on acquiert des dividendes croissants, on pense parfois à tort que c'est pour la vie. L'effet boule de neige des distributions croissantes peut faire oublier que certaines positions se négocient à des prix irrationnels.

C'est dommage, car il est possible dans cette situation d'augmenter son rendement sur coût d'achat (déjà souvent exceptionnel avec les dividendes croissants) en faisant de l'arbitrage avec d'autres titres moins onéreux.

Exemple concret d'arbitrage : l'entreprise P&GB

Prenons l'exemple de l'entreprise fictive "Proctologue & Gants bleus" (P&GB). Cette société jouit d'une demande soutenue depuis plusieurs années et bénéficie d'excellentes perspectives grâce au vieillissement de la population. Son cours a fortement progressé depuis 2010 : les bénéfices et le dividende augmentent, mais pas aussi rapidement que le cours. Le PER a donc dérivé vers une situation de surchauffe.

Le tableau ci-dessous présente un exemple illustratif basé sur des données 2010-2019. Les chiffres sont fictifs mais représentatifs des situations de surévaluation progressive observables sur le marché.

P&GB2010201120122013201420152016201720182019
Cours100115132152175201231266306352
EPS6.657.187.768.389.059.7710.5511.4012.3113.29
PER15161718192122232526
Dividende3.994.314.655.035.435.866.336.847.397.98
Rendement3.99%3.75%3.52%3.30%3.10%2.91%2.74%2.57%2.41%2.27%
YOC (Buy&Hold)3.99%4.31%4.65%5.03%5.43%5.86%6.33%6.84%7.39%7.98%
YOC2 (Arbitrage)7.98%8.62%9.31%10.05%

Légende : YOC = Yield on Cost (rendement sur coût d'achat) | EPS = bénéfice par action | PER = Price/Earnings Ratio

La stratégie d'arbitrage pour multiplier les revenus

Le cours se monte désormais à 26 fois les bénéfices et le rendement courant tombe à 2.27%. Admettons que l'investisseur décide de vendre P&GB fin 2015, lorsque le PER dépasse 20 et que sa position a doublé depuis l'achat. Il a repéré un titre équivalent au rendement de près de 4%.

Grâce à la plus-value réalisée, il peut acheter une position deux fois plus importante qu'en 2010 avec un rendement identique. Résultat : un rendement par rapport au tout premier coût d'achat de quasi 8% (YOC2) — soit 1.65 point de pourcentage de plus que le buy & hold. L'écart se creuse avec les années.

Augmenter ses revenus même avec du cash

Lorsque le marché est en surchauffe, il devient difficile de trouver des titres bon marché. C'est vrai. Pourtant, voici ce qui s'est passé dans mon propre portefeuille.

Dès 2017, j'ai commencé à me séparer de plusieurs titres devenus trop chers — des PER non pas de 20, mais carrément de 30 pour certains. À chaque opportunité, je vendais au moins deux titres trop onéreux pour chaque nouveau titre acquis. À un moment, j'étais réduit à presque 50% de cash. Le cauchemar pour un investisseur orienté revenus. En apparence du moins...

En tirant le bilan de ma performance 2018, j'eus une surprise inattendue : les revenus issus de mes dividendes avaient explosé par rapport aux années précédentes. Jamais je n'avais touché autant de distributions, alors même que ma part de cash n'avait jamais été aussi importante.

Moi, apôtre des dividendes croissants, j'avais réussi à booster mes distributions en vendant des aristocrates — avec une grosse part de liquidités.

Retour d'expérience : ces règles à l'épreuve de 2020-2024

Les années 2020-2024 ont fourni un excellent terrain de test pour ces trois règles.

COVID-19 et suspensions de dividendes (2020) : La pandémie a provoqué des réductions massives dans certains secteurs (énergie, finance, transports). Les investisseurs appliquant la règle n°1 ont pu préserver leur capital et se repositionner sur des secteurs plus résilients. Certains aristocrates ont montré leur vraie valeur en maintenant, voire augmentant leurs distributions malgré la crise.

Euphorie 2020-2021 : La reprise post-COVID s'est accompagnée de valorisations excessives sur de nombreux aristocrates, avec des PER dépassant 25-30. La règle n°3 a permis d'arbitrer vers des titres décotés ou de constituer des réserves de liquidités.

Retour de l'inflation 2022-2023 : La remontée brutale des taux d'intérêt a provoqué des corrections importantes. Les entreprises aux fondamentaux solides (règle n°2) ont mieux résisté et ont continué d'augmenter leurs dividendes. Les secteurs exposés à l'énergie ont particulièrement brillé.

Conclusion : les 3 règles d'or pour vendre ses actions à dividendes croissants

L'expérience accumulée depuis 2010, confirmée par les turbulences de 2020-2025, rappelle que même si la stratégie des dividendes croissants est avant tout du buy & hold, certaines situations justifient impérativement la vente.

  • Règle n°1 : le dividende est statique depuis deux années consécutives, ou a été éliminé ou réduit.
  • Règle n°2 : les fondamentaux de la société se sont détériorés au point de menacer les dividendes futurs.
  • Règle n°3 : le titre s'est nettement surenchéri et il est possible d'arbitrer vers d'autres payeurs de dividendes croissants mieux valorisés.

L'objectif n'est pas de faire du trading actif, mais d'optimiser le rendement sur coût d'achat en réallouant intelligemment le capital. Cette discipline peut augmenter significativement vos revenus passifs sur le long terme, comme l'ont démontré les périodes de surévaluation (2017-2018, 2020-2021) suivies de corrections (2022-2023).

Questions fréquentes

Quand faut-il vendre une action à dividendes croissants ?

Il existe trois situations qui justifient la vente : le dividende stagne depuis deux ans ou est coupé, les fondamentaux de l'entreprise se sont détériorés (bénéfices en baisse, payout ratio en hausse), ou le titre est manifestement surévalué (PER supérieur à 25-30) et un arbitrage vers un titre mieux valorisé est possible.

Peut-on réellement augmenter ses revenus passifs en vendant ses aristocrates ?

Oui, à condition de réinvestir la plus-value dans un titre à rendement équivalent mais mieux valorisé. L'exemple P&GB illustre un gain de 1.65 point de YOC en arbitrant à PER 21 vers un titre à PER 15 et rendement de 4%. L'écart se creuse avec les années.

Que faire si le marché est en surchauffe et qu'on ne trouve pas de titre bon marché pour arbitrer ?

Conserver du cash est une stratégie valide. Comme le démontre le retour d'expérience 2017-2018 : vendre des titres surévalués et attendre les bonnes opportunités peut paradoxalement augmenter les revenus en dividendes, car on réinvestit ensuite dans des titres à meilleur rendement initial.

Le buy & hold est-il toujours la meilleure approche avec les dividendes croissants ?

C'est l'approche par défaut et la bonne approche dans la grande majorité des cas. Mais le buy & hold ne signifie pas détenir indéfiniment et aveuglément. Ces trois règles de vente permettent de protéger et d'optimiser le portefeuille sans tomber dans le trading actif.

Sources et données

  • Ned Davis Research — étude sur la performance comparative des dividendes croissants, statiques et en baisse (2010)
  • Chevron Corporation (CVX) — données historiques de dividendes 2003-2024, rapports annuels disponibles sur chevron.com/investors

En savoir plus sur dividendes

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7 réflexions sur “Quand vendre ses actions à dividendes croissants ? Les 3 règles d’or”

  1. Question très intéressante en effet de déterminer la meilleure chose à faire avec un titre qui a fortement grimpé et dont le yield actuel devient pâlichon. Je suis plutôt un investisseur buy and hold, mais comme toi je fais des exceptions.

    Dans le cas de figure où la hausse du titre est plus que proportionnelle à l’amélioration des fondamentaux (autrement dit elle est principalement due à une expansion du PER), se séparer de l’action est parfois la meilleure des stratégies. En remplaçant ce titre par un autre moins cher et offrant un dividende plus généreux, on dope son revenu passif sans avoir à recourir à de nouveaux fonds. Le pied pour atteindre plus rapidement son objectif d’indépendance financière 🙂

    1. Qu’en est-il du marché suisse à ton avis ? Il semble littéralement dopé à court/moyen terme par les taux négatifs. Les PER explosent parce que les investisseurs n’ont guère d’autre choix dans notre pays que de placer leur argent en actions. Le SMI a ainsi touché pour la première fois les 10’000 points. Par contre j’ai beaucoup d’interrogations sur les incidences à plus long terme de ce phénomène : problèmes sur le rendement des caisses de retraite (encore elles 🙂 !) et donc le niveau de vie des retraités, risques pour les endettés/propriétaires lorsque les taux remonteront et de manière générale fin de l’argent facile pour les entreprises. La consommation et la production vont en pâtir et j’ai le sentiment que le balancier va virer fortement dans l’autre sens, avec une forte correction à la baisse des indices suisses des actions. Qu’en dis-tu ?

      1. Rejoindre la discussion… Bonjour Jérôme,
        Merci pour ce rappel et pour votre liste des Super Aristocrates internationaux.
        Avez vous une liste, ou savez vous ou l’on peut en trouver une, des entreprises européennes qui pourraient être concernées ? Peut être pas des 40+, mais peut être au moins de 10 ou 15+ qui nous donnerait des pistes intéressantes ?

      2. Hello Patrick,

        Quelque chose comme ça (10 ans et plus)?

        Symbol Exchange Company
        SSE LON SSE PLC
        IMB LON Imperial Brands PLC
        BATS LON BRITISH AMERICAN TOBACCO PLC ADS Common Stock
        WPP LON WPP PLC
        SEBA FRA Skandinaviska Enskilda Banken AB Class A
        ENG BME Enagas SA
        MCRO LON Micro Focus International plc
        REE BME Red Electrica Corporacion SA
        SESG EPA SES SA
        BA LON BAE Systems plc
        SAN EPA Sanofi SA
        GBLB EBR Groep Brussel Lambert NV
        PRU LON Prudential plc
        ROG SWX Roche Holding Ltd. Genussscheine
        NOVN SWX Novartis AG
        UNA AMS Unilever NV Dutch Certificates
        PPB LON Paddy Power Betfair PLC
        JMAT LON Johnson Matthey PLC
        NESN SWX Nestle SA
        SGE LON The Sage Group plc
        COLO-B CPH Coloplast A/S
        NOVO-B CPH Novo Nordisk A/S
        DGE LON Diageo plc
        CPG LON Compass Group plc
        WTB LON Whitbread plc
        ABF LON Associated British Foods plc
        BNZL LON Bunzl plc
        AHT LON Ashtead Group plc
        WKL AMS Wolters Kluwer
        FME FRA Fresenius Medical Care AG & Co. KGaA
        OR EPA L’Oreal SA
        FRE FRA Fresenius SE & Co KGaA
        ITRK LON Intertek Group plc
        NZYM-B CPH Novozymes A/S
        LISP SWX Chocoladefabriken Lindt & Spruengli AG Participation
        EL EPA EssilorLuxottica SA
        RMS EPA Hermes International SCA
        KYGA LON Kerry Group PLC

      3. Oui, le marché suisse est devenu horriblement cher. Je dois avouer que je suis heureux d’être forcé de vendre des actions actuellement afin de couvrir les frais liés à l’achat de mon appart. Le hasard fait plutôt bien les choses pour moi: les actions sont hors de prix et les taux hypothécaires anémiques.

        Il n’y a en effet actuellement pas d’alternative valable aux actions, mais ce phénomène n’est pas spécifique à la Suisse. Qui veut acheter des obligations à des conditions aussi mauvaises? Qui veut payer des taux négatifs sur son cash?

        Par contre, ce n’est pas parce que le marché des actions est à ce point survalorisé qu’un crash est imminent. Je pense comme toi que les rendements à moyen terme seront inférieurs à leur moyenne historique, mais impossible de savoir le moment ou l’ampleur d’une telle correction.

      4. C’est vrai que le timing est bon, utiliser les plus-values boursières comme fonds propres dans l’immobilier. Double effet kiss cool.

        Effectivement nul ne sait quand la correction aura lieu. Mais elle aura lieu. Cela me rappelle les warnings de W. Buffett dès la deuxième partie des années ’90, alors que tout le monde s’emballait sur les dotcom. Il avait raison, mais le marché a mis des années pour le reconnaître. Par contre, quand ça a vraiment lieu, plus cela a duré, plus la correction est violente. Encore une fois, tout est question de prix.

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