Dernière mise à jour : mars 2026
"Hic et nunc" signifie "ici et maintenant". Cette locution latine traduit assez bien l'esprit qui habite les épicuriens, qu'ils soient des temps romains ou d'aujourd'hui. Vous vous demandez sans doute ce que vient faire du latin sur un site financier. Toutefois, la vraie question est plutôt : à quoi sert la finance ?

L'argent : un moyen, pas une fin
Voir grossir son compte de courtage se révèle toujours une expérience assez agréable. Toutefois, ce ne sont que des nombres qui s'affichent sur votre écran. Cela ne veut pas dire grand-chose en soi. Épargner et investir n'est pas un but en soi. C'est un moyen pour parvenir à une finalité supérieure : en particulier, le bonheur.
Comme le dit l'adage, l'argent ne fait pas le bonheur. Il permet seulement d'ouvrir le champ des possibles. Si on en accumule sans jamais savoir en profiter, alors c'est une quête sans fin, telle la Rat Race — simplement décorée d'une apparence de vertu frugale.
C'est précisément là que beaucoup de personnes attirées par le mouvement FIRE (Financial Independence, Retire Early) se trompent de boussole. Elles s'imposent des années de sacrifices draconiens — couper tout ce qui procure du plaisir, repousser chaque dépense non essentielle, calculer chaque repas au centime — dans l'espoir qu'un jour, enfin, la vie commencera "vraiment".
Mais ce jour-là n'arrive jamais tout à fait comme prévu. Ou alors il arrive trop tard, quand les habitudes de privation sont si bien ancrées qu'on ne sait plus profiter de rien.
Hic et nunc : le présent n'est pas l'ennemi de l'avenir
"Hic et nunc", cela signifie que le bonheur ne se situe pas dans un futur indéfini et/ou sur une plage d'un autre pays. C'est ici et maintenant : quand vous lisez ce texte en catimini dans les toilettes de votre employeur, quand vous dégustez un Cornalin dans votre bistro préféré, quand vous déambulez dans la rue un jeudi après-midi ensoleillé alors que tout le monde travaille.
Ces moments ne sont pas des récompenses réservées à ceux qui auront atteint un certain seuil de patrimoine. Ils sont disponibles maintenant, à condition de se donner la permission de les vivre.
La bonne nouvelle ? Indépendance financière et art de vivre ne sont pas opposés. On peut construire son avenir financier sans sacrifier sa vie présente. Un taux d'épargne raisonnable — autour de 20% — combiné à une stratégie d'investissement cohérente et à l'élimination naturelle des frais professionnels après le passage à la retraite anticipée, suffit à atteindre l'indépendance financière en moins de vingt ans. Sans se priver de l'essentiel.
L'épicurisme, philosophie méconnue de l'investisseur serein
Épicure, souvent mal compris, ne prônait pas le luxe débridé. Il enseignait la recherche des plaisirs simples et durables : l'amitié, la conversation, la contemplation, la liberté. Des plaisirs qui, précisément, ne coûtent pas grand-chose et ne nécessitent pas d'être millionnaire pour y accéder.
En ce sens, l'épicurisme est une philosophie remarquablement adaptée à la démarche FIRE telle que je la conçois sur ce blog. Non pas le FIRE de l'austérité maximale, mais celui de la liberté progressive : travailler moins, choisir ses projets, avoir du temps pour soi et les autres, sans attendre la retraite légale pour commencer à vivre.
Cette liberté ne naît pas d'un portefeuille à sept chiffres. Elle naît d'une relation saine avec l'argent — ni obsession ni négligence — et d'une conscience aiguë de ce qui compte vraiment.
Planifier sans s'absenter du présent
Que vous soyez encore en train de travailler ou déjà rentier, vous avez le droit bien sûr de faire des plans et des stratégies sur le long terme. Définir une allocation d'actifs, suivre l'évolution de son portefeuille, anticiper les retraits futurs selon une méthode comme le VPW (Variable Percentage Withdrawal) — tout cela est utile, voire nécessaire.
En revanche, le bonheur ne se vit pas par anticipation ou en différé. Les études en psychologie positive le montrent de façon répétée : nous surestimons systématiquement l'impact futur des événements sur notre bien-être, qu'ils soient positifs ou négatifs. La retraite anticipée ne vous rendra pas aussi heureux que vous l'imaginez si vous n'apprenez pas à savourer le chemin qui y mène.
La pratique de la pleine conscience — au sens large, pas nécessairement méditative — consiste justement à ancrer son attention dans le moment présent. Non pas pour ignorer l'avenir, mais pour ne pas le laisser dévorer le présent.
Quelques pistes concrètes pour vivre hic et nunc
- Intégrez des "petits luxes" dans votre budget : un bon repas, une sortie culturelle, un week-end impromptu. Ce n'est pas du gaspillage, c'est de l'investissement dans votre qualité de vie présente.
- Célébrez les étapes intermédiaires : chaque palier de votre portefeuille, chaque année de liberté gagnée mérite d'être reconnu. L'IF n'est pas qu'une destination.
- Pratiquez la gratitude concrète : pas la gratitude abstraite, mais l'identification précise de ce qui est déjà bien dans votre vie aujourd'hui — liberté de temps partielle, intérêts composés qui travaillent pour vous, santé, relations.
- Réduisez le temps passé à surveiller votre portefeuille : vérifier ses positions toutes les heures ne les fait pas croître plus vite. Cela vous prive juste du présent.
- Posez-vous la bonne question : "Qu'est-ce que je ferais aujourd'hui si j'étais déjà financièrement libre ?" Puis faites-en au moins une partie.
L'IF comme outil, pas comme religion
L'indépendance financière est un outil puissant. Elle ouvre des portes, donne des choix, réduit les contraintes. Mais comme tout outil, son utilité dépend de l'usage qu'on en fait.
Un investisseur qui accumule compulsivement, reporte toute dépense plaisante à "après", et fait de son taux d'épargne une identité, est aussi dans une forme de Rat Race — juste une version plus socialement acceptable.
L'IF bien vécue, c'est l'IF qui s'accompagne d'une vie menée, pas mise en attente. C'est construire sa liberté future sans hypothéquer son bien-être présent.
Alors, profitez-en — hic et nunc.
Questions fréquentes
Que signifie exactement "hic et nunc" ?
"Hic et nunc" est une locution latine signifiant littéralement "ici et maintenant". Elle désigne une philosophie de vie centrée sur l'instant présent, par opposition à une existence tournée uniquement vers le futur. En matière d'indépendance financière, elle invite à ne pas sacrifier entièrement le présent au profit d'un avenir hypothétique.
L'indépendance financière oblige-t-elle à se priver aujourd'hui pour profiter demain ?
Non. Un taux d'épargne autour de 20%, combiné à une stratégie d'investissement disciplinée, suffit à atteindre l'indépendance financière en moins de vingt ans sans vivre en mode austérité. L'objectif est de réduire progressivement les contraintes, pas de vivre en marge jusqu'à un hypothétique "jour J".
Comment concilier planification long terme et plaisir de l'instant ?
La planification financière (allocation d'actifs, stratégie de retrait type VPW, projections) est une activité périodique qui prend peu de temps si elle est bien structurée. Elle ne doit pas envahir le quotidien. L'essentiel est d'automatiser l'épargne et l'investissement, puis de consacrer son énergie mentale à vivre — pas à surveiller des graphiques en continu.
L'épicurisme est-il compatible avec l'investissement à long terme ?
Tout à fait. L'épicurisme authentique ne prône pas l'hédonisme débridé mais la recherche de plaisirs simples et durables — précisément ce que permet une vie d'indépendance financière progressive. Investir pour sa liberté future, tout en savourant les petites joies du présent, est une expression moderne très fidèle de cette philosophie.
Faut-il atteindre un certain patrimoine avant de se permettre de "profiter" ?
Non. Le bonheur ne s'achète pas à un certain seuil de patrimoine. Des études en psychologie montrent que le bien-être subjectif plafonne bien avant les niveaux de richesse que l'on s'imagine nécessaires. Ce qui compte davantage : la liberté de temps, la qualité des relations, et la capacité à s'ancrer dans le présent — des choses accessibles bien avant la retraite anticipée complète.
Sources et données
- Kahneman, D. & Deaton, A. (2010). High income improves evaluation of life but not emotional well-being. Proceedings of the National Academy of Sciences. pnas.org
- Killingsworth, M. A. (2021). Experienced well-being rises with income, even above $75,000 per year. PNAS. pnas.org
- Épicure. Lettre à Ménécée. Texte fondateur de la philosophie épicurienne sur le bonheur et les désirs naturels.
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Après avoir bossé dur, économisé, capitalisé, stressé la tête dans le guidon pendant 40 ans avec vacances tronquées, heures sup, dossiers les we (sans compter les études sup avec prépas, concours etc), on peut effectivement se retrouver avec une épargne assez importante car finalement, savoir dépenser, c’est aussi culturel.
Il existe des gens qui savent craquer. Ca n’a pas été mon milieu, plutôt vieille France.
Les gens me disent aujourd’hui « profites- en car la vie est courte et la santé aléatoire ». Certes. Mais ça signifie quoi « en profiter » ? Tout claquer en voyages, voitures, objets, restaurants de luxe ?
Non. En profiter, c’est ne plus avoir aucune angoisse parce qu’il arrive une tuile, des travaux, des réparations sur la voiture ou la maison. C’est pouvoir aider ses enfants et rendre l’argent finalement secondaire.
Etre capable de relativiser, de se dire, « tiens, je pourrais m’acheter ce truc cher », mais ne pas le faire parce qu’on en voit pas l’utilité. La zen attitude.
C’est juste. Profiter, cela ne veut pas dire dépenser, en tout cas pas forcément et surtout pas de manière frénétique. Sinon on retombe dans les travers de la Rat Race.
Profiter, c’est prendre du bon temps, la zen attitude comme tu le dis. Un joli capital permet évidemment de le faire bien plus facilement, parce qu’on est à l’abri de passablement de contraintes et d’imprévus.