Dernière mise à jour : janvier 2026
Comme disait Stephen King : "Même une pendule arrêtée donne l'heure exacte deux fois par jour."
En bourse, c'est encore plus facile : on peut avoir raison et tort simultanément. Tout dépend de votre horizon temporel et du moment où vous prenez position.
Cette réalité paradoxale explique pourquoi tant d'investisseurs se trompent malgré des analyses correctes, ou réussissent avec des prédictions erronées. Comprendre cette dynamique temporelle est essentiel pour construire une stratégie d'investissement cohérente.
Les 5 situations de marché décryptées
Analysons chaque configuration possible à travers le prisme des positions Bull (haussières) et Bear (baissières), en distinguant systématiquement court et long terme.

Position A : Au sommet du marché
Le Bull a raison sur le long terme, tort à court terme. Acheter au sommet juste avant un krach semble catastrophique, mais si vous conservez votre position, vous finirez gagnant. L'histoire boursière le prouve : après la bulle internet (2000-2003), après la crise des subprimes (2008-2009), après le Covid (mars 2020), les marchés ont toujours retrouvé et dépassé leurs sommets précédents.
Le Bear a raison à court terme, tort sur le long terme. Excellent timing pour vendre au sommet, mais rétrospectivement, même quelques mois plus tard, cette décision s'avère coûteuse. La position baissière n'est tenable que temporairement.
Précisons toutefois qu'une action isolée peut démentir cette règle. Une entreprise peut faire faillite ou stagner pendant des décennies. L'exemple d'UBS après la crise de 2008 illustre ce risque : l'action n'a retrouvé ses niveaux de 2007 qu'en 2024, soit 17 ans plus tard.
Position B : Au creux du marché
Le Bull a raison sur tous les tableaux, court comme long terme. C'est la configuration idéale, mais encore faut-il identifier le creux en temps réel. Rétrospectivement, mars 2020 ou mars 2009 semblent évidents, mais sur le moment, la panique régnait et personne ne savait si les marchés allaient encore chuter de 50%.
Le Bear est perdant à tous les niveaux. Vendre au plus bas constitue la pire décision possible.
Position C : En phase de trading range
Bull et Bear alternent victoires et défaites à court terme. Le marché oscille latéralement sans tendance claire. Impossible de départager les deux positions sur quelques semaines ou mois.
Sur le long terme, le Bull l'emporte à nouveau, car même après une longue période de stagnation (comme 2000-2013 pour le S&P 500), la tendance haussière finit par reprendre.
Position D : En phase haussière
Le Bull domine à court et long terme. Acheter dans une tendance haussière confirmée maximise vos chances de succès. C'est la configuration la plus favorable après le creux de marché.
Le Bear subit des pertes continues. Parier contre une tendance haussière établie s'apparente à se placer devant un train en marche.
Position E : En phase baissière
Le Bull souffre à court terme mais triomphe sur la durée. Difficile psychologiquement de voir son portefeuille dévisser de 20%, 30% ou plus, mais conserver sa position permet de capter la remontée inévitable.
Le Bear a raison temporairement, tort sur le long terme. Comme au sommet du marché, la position baissière ne fonctionne que sur une fenêtre limitée.
Tout dépend de l'horizon temporel
Le graphique suivant synthétise ces situations selon deux critères : la phase de marché et l'horizon de temps.

Constats clés :
- Positions haussières et baissières ont des probabilités équivalentes à court terme, avec un léger avantage pour le Bull dans les phases haussières et de range.
- Sur le long terme, les positions haussières gagnent systématiquement (exception faite des actions individuelles pouvant faire faillite).
- Affirmer "je suis Bear" sans préciser la durée constitue une erreur logique. Le Bear ne peut avoir raison qu'en précisant explicitement son horizon court terme ET en identifiant correctement un sommet ou une phase baissière.
- Le Bull peut se tromper à court terme sans conséquences définitives. Avec patience, courage et ténacité, il finira par avoir raison sur les indices.
La stratégie optimale : combiner les deux approches
Plutôt que de choisir un camp, l'investisseur intelligent alterne tactiquement entre positions haussières et baissières à court terme, tout en maintenant une exposition long terme aux marchés.
Concrètement :
- Conservez un portefeuille d'actions diversifié pour le long terme (position Bull structurelle)
- Ajustez marginalement votre allocation en fonction des tendances court terme identifiables
- Évitez le market timing agressif qui vous ferait sortir complètement du marché
- Acceptez la volatilité comme le prix à payer pour les rendements long terme
Cette approche pragmatique reconnaît que prédire les mouvements court terme reste extrêmement difficile, même pour les professionnels. Mieux vaut donc sécuriser les gains long terme garantis par la position Bull tout en s'autorisant des ajustements tactiques mesurés.
Exemples historiques concrets
Mars 2009 : Au plus fort de la crise financière, le S&P 500 avait chuté de 57% depuis son sommet d'octobre 2007. Les Bears triomphaient, prédisant l'effondrement du système. Les Bulls qui ont acheté ou conservé leurs positions ont vu leurs portefeuilles multiplier par 7 en 15 ans.
Mars 2020 : Le Covid provoque un krach de 34% en un mois. Les Bears annoncent une dépression. Dès août 2020 (5 mois plus tard), le marché retrouvait ses sommets. Les Bulls patients ont eu raison.
2022 : Inflation, hausse des taux, récession annoncée. Le S&P 500 perd 18% sur l'année. Les Bears semblent justifiés. En 2024, le marché affiche de nouveaux records historiques. Les Bulls l'emportent à nouveau.
Questions fréquentes
Peut-on être Bear sur le long terme sur certaines actions ?
Oui, contrairement aux indices diversifiés, des actions individuelles peuvent effectivement décliner sur le long terme. Une entreprise peut faire faillite (Lehman Brothers, Enron) ou stagner pendant des décennies (de nombreuses banques après 2008). C'est pourquoi la diversification reste essentielle même dans une stratégie Bull long terme.
Comment identifier un sommet ou un creux de marché ?
C'est quasi impossible en temps réel. Tous les sommets et creux ne sont identifiables qu'avec le recul. Les indicateurs techniques (RSI, moyennes mobiles) et fondamentaux (valorisations, sentiment) donnent des indices mais jamais de certitude. C'est précisément pourquoi le market timing échoue statistiquement.
Conclusion : l'importance de la cohérence stratégique
Au-delà d'avoir raison ou tort, l'essentiel reste d'être à l'aise avec votre stratégie d'investissement. Un Bull qui panique et vend au creux transforme une position théoriquement gagnante en perte réelle. Un Bear qui s'entête perd l'opportunité de capter la création de valeur long terme.
La meilleure approche combine :
- Une conviction Bull structurelle sur le long terme (car l'économie croît)
- Une reconnaissance des phases baissières comme inévitables et temporaires
- Une discipline d'investissement régulier (DCA) qui neutralise le problème du timing
- Une diversification qui protège contre les faillites individuelles
J'ai commencé cet article par une citation de Stephen King, je laisse l'inspecteur Harry conclure :
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« la bourse finit en effet toujours par remonter »
Et pourtant, « les performances passées ne préjugent pas des performances futures ».
À ma connaissance, il n’y a aucune loi économique (universelle) qui garantisse que la tendance sera toujours à la hausse sur une échelle de temps d’une espérance de vie (ou plus).
C’est ce qu’on a observé depuis que la Bourse existe, certes. Mais la naissance de celle-ci coïncide aussi plus ou moins avec le développement économique fulgurant dû à l’augmentation de la productivité et démographique (exploitation d’énergies bon marché et progrès de la médecine/hygiène).
Si ces énergies se tarissent sans alternatives autant propices au développement économique et que l’on a dépassé les limites des ressources des écosystèmes terrestres, ce qui induit une diminution de leur capacité tôt ou tard, alors il me semble vraisemblable que la Bourse puisse avoir une tendance globale baissière sur du long terme (c’est-à-dire à l’échelle d’une espérance de vie ou du moins d’une génération).
Un point pour toi ! C’est vrai. L’énergie est toutefois omniprésente sur notre terre, et même dans notre univers (l’hydrogène constitue 75% de sa masse). Ce n’est donc pas qu’on manque d’énergie (au sens propre du terme :-)), juste qu’on ne sait pas (encore) l’exploiter de manière efficiente et durable. Il est possible en effet que ceci passe par une crise énergétique, le temps nécessaire à développer (ou parfaire) de « nouvelles » technologies, aidées en cela par la hausse des prix. Après ceci, la bourse remontera, comme elle est remontée par exemple près les deux pics pétroliers des années ’70.