PER Bourse de Paris : backtest 2003-2023 sur 20 ans

This entry is part 2 of 11 in the series Qu'est ce qui fonctionne à Zurich / Paris

Dernière mise à jour : janvier 2026

Le Price-Earnings Ratio (PER) permet-il de battre la Bourse de Paris ? Ce backtest sur 20 ans (2003-2023) révèle que les actions à faible PER surperforment significativement le marché français, avec une rentabilité annuelle de 6.84% contre 3.66% pour l'ensemble du marché. Mais attention : cette stratégie présente des nuances importantes selon la taille des entreprises et nécessite de savoir éviter les pièges de valeur.

Illustration d'un backtest du Price-Earnings Ratio sur la Bourse de Paris entre 2003 et 2023, montrant la Tour Eiffel, une étiquette PER et un graphique de performance avec la small caps à faible PER générant 6.84% de rentabilité annuelle

Méthodologie du backtest PER sur Paris

Pour cette analyse, j'utilise la même méthodologie que dans mon backtest du PER sur le marché suisse. Les actions de la Bourse de Paris sont classées en 5 quintiles selon leur PER, du plus élevé (quintile 1) au plus faible (quintile 5). La période étudiée s'étend de 2003 à 2023, avec des résultats exprimés en CHF pour permettre la comparaison directe avec le marché suisse.

Le PER mesure le rapport entre le prix d'une action et son bénéfice par action. Un PER faible indique théoriquement une action bon marché par rapport à ses profits, tandis qu'un PER élevé suggère une valorisation élevée, souvent justifiée par des perspectives de croissance.

Résultats globaux : le PER fonctionne mais avec des pièges

Contrairement au marché suisse où la relation entre PER et performance était très linéaire, le marché français présente une particularité notable : les titres les plus performants ne sont pas ceux du quintile 5 (PER le plus faible) mais ceux du quintile 4.

Cette anomalie révèle la présence de pièges de valeur (value traps) dans le quintile 5. Il s'agit d'entreprises de qualité médiocre qui s'échangent à très bas prix pour de bonnes raisons. En fouillant les données, on trouve des titres comme Air France-KLM et Solocal Group, dont les performances désastreuses ont pénalisé l'ensemble du quintile.

Graphique montrant les performances annualisées des 5 quintiles PER sur la Bourse de Paris entre 2003 et 2023, avec le quintile 4 affichant la meilleure performance

Tableau récapitulatif des performances par quintile

QuintilePERRentabilité annuelle
Quintile 1Le plus élevé-2.00%
Quintile 2Élevé~3.50%
Quintile 3Moyen~4.00%
Quintile 4Faible~7.50%
Quintile 5Le plus faible6.84%
Marché global Paris3.66%
Marché suisse (comparaison)8.47%

Enseignement clé : malgré les pièges de valeur, les deux quintiles à PER le plus faible (4 et 5) surperforment nettement le marché. Le quintile 5 affiche une rentabilité de 6.84% par an, soit presque le double du marché français (3.66%), même s'il reste en retrait par rapport au quintile équivalent en Suisse (11.36%).

Le quintile 1 (PER élevé, actions de croissance) a été catastrophique avec une rentabilité moyenne de -2.00% par an sur 20 ans. Depuis 2018, ce quintile s'est carrément effondré, tandis que la stratégie value marquait le pas.

PER relatif : comparaison au sein des secteurs

Une approche alternative consiste à comparer le PER d'une entreprise non pas au marché global, mais à ses concurrents directs dans le même secteur. Sur le marché suisse, cette méthode avait donné des résultats mitigés en raison de la petite taille des échantillons sectoriels.

À Paris, avec un univers d'actions plus large, l'image reste proche du marché global. La principale différence : le quintile 1 passe en territoire positif et les quintiles 2 à 4 sont légèrement plus performants. Le quintile 5 reste quasi identique.

Verdict : la comparaison sectorielle n'apporte aucune plus-value significative sur le marché français. Elle différencie même moins bien les extrêmes. Il est donc préférable de s'en tenir à une approche globale du PER.

Big et mid caps : le PER ne fonctionne pas

Lorsqu'on se concentre uniquement sur les grandes et moyennes capitalisations françaises, le constat est sans appel : le PER perd toute capacité prédictive.

Les titres les plus performants se situent aux deux extrêmes de la valorisation. Autrement dit, sur les big et mid caps françaises, deux stratégies fonctionnent : la croissance pure (PER élevé) ou la valeur profonde (PER très faible). Entre les deux, c'est un no man's land.

Pire encore : durant la dernière décennie (2013-2023), même les quintiles extrêmes ne battent pas le marché. Seul le quintile 2 tire son épingle du jeu.

Conclusion pour les big/mid caps : il est très risqué de baser ses décisions d'investissement uniquement sur le PER pour les grandes entreprises françaises. Cette inefficacité peut s'expliquer par la domination des investisseurs institutionnels sur ce segment, qui empêche l'émergence de vraies opportunités de valeur, ou par la forte performance des valeurs de croissance technologiques ces dernières décennies.

Small, micro et nano caps : là où le PER brille

Comme observé sur le marché suisse, c'est sur les petites capitalisations que le PER révèle toute son efficacité. Une fois retirées les big et mid caps qui polluaient les résultats globaux, la tendance devient cristalline.

L'écart entre le quintile 1 (PER élevé) et le quintile 5 (PER faible) est encore plus marqué que sur le marché global. Certes, le piège de valeur persiste au quintile 5, mais la différence de performance entre titres chers et titres bon marché est indéniable.

Sur les dix dernières années (2013-2023), le quintile 5 a nettement surperformé le marché et surtout écrasé le quintile 1, qui s'est effondré.

Stratégie recommandée : pour investir sur le marché français avec une approche PER, concentrez-vous exclusivement sur les small, micro et nano caps. C'est là que le ratio conserve son pouvoir prédictif et permet de dégager un alpha significatif.

Questions fréquentes (FAQ)

Pourquoi le quintile 5 (PER le plus faible) n'est-il pas le plus performant ?

À cause des pièges de valeur : certaines entreprises de très mauvaise qualité traînent des PER extrêmement bas pour de bonnes raisons (business model défaillant, dette excessive, perspectives négatives). Ces titres, comme Air France-KLM dans les périodes difficiles, plombent la performance globale du quintile.

Faut-il privilégier le PER absolu ou le PER relatif au secteur ?

Sur le marché français, le PER absolu (comparaison au marché global) donne de meilleurs résultats que le PER relatif (comparaison sectorielle). Cette dernière approche n'apporte pas de plus-value significative.

Quelle taille d'entreprise faut-il cibler avec une stratégie PER ?

Les small, micro et nano caps exclusivement. Sur les big et mid caps françaises, le PER ne permet pas de distinguer les futures gagnantes. L'intervention massive des institutionnels et la structure du marché rendent cette approche inefficace sur les grandes valeurs.

Comment éviter les pièges de valeur dans le quintile 5 ?

Il faut croiser le PER avec des ratios qualitatifs : solidité financière (ratio d'endettement), rentabilité (ROE, marge opérationnelle), stabilité des bénéfices. Une entreprise avec un PER de 5 mais un ROE négatif et une dette colossale est probablement un piège.

Quelle est la différence de performance entre Paris et Zurich ?

Le marché suisse surperforme largement le marché français : 8.47% par an contre 3.66% sur la période 2003-2023. De plus, la stratégie PER y est plus linéaire et moins affectée par les pièges de valeur. Le quintile 5 suisse affiche 11.36% contre 6.84% à Paris.

Conclusion et stratégie d'investissement

Le backtest sur 20 ans (2003-2023) confirme que le PER reste un outil pertinent pour investir sur la Bourse de Paris, mais avec des nuances importantes par rapport au marché suisse.

Points clés à retenir :

1. Sur le marché global français, les actions à faible PER (quintiles 4 et 5) surperforment significativement, avec une rentabilité annuelle de 6.84% pour le quintile 5 contre 3.66% pour le marché.

2. Le quintile 5 est affecté par des pièges de valeur (Air France-KLM, Solocal Group), d'où une performance légèrement inférieure au quintile 4. Ces titres toxiques nécessitent l'ajout de filtres qualitatifs.

3. Sur les big et mid caps, le PER ne fonctionne pas. Impossible de s'y fier pour prendre des décisions d'investissement. La présence massive des institutionnels et la domination des valeurs de croissance expliquent probablement ce phénomène.

4. Sur les small, micro et nano caps, le PER retrouve toute son efficacité. C'est le terrain de jeu idéal pour une stratégie value basée sur ce ratio.

5. La comparaison sectorielle (PER relatif) n'apporte aucune amélioration par rapport à l'approche globale.

Ma recommandation : pour exploiter le PER sur le marché français, concentrez-vous sur les small caps et combinez ce ratio avec des critères de qualité (ROE, endettement, stabilité des bénéfices) pour filtrer les pièges de valeur. Dans les prochains articles, je continuerai cette série de backtests en analysant d'autres ratios de valorisation, à commencer par le rendement en dividendes.

Sources et données

Données financières : FactSet (données de marché et ratios financiers pour la période 2003-2023)

Méthodologie : Backtest réalisé avec la même approche que l'analyse du marché suisse, disponible dans l'article Qu'est-ce qui fonctionne en Suisse : le Price-Earnings Ratio

Note méthodologique : Les performances sont exprimées en CHF pour permettre la comparaison directe entre les marchés français et suisse. Le choix de la devise n'a aucune incidence sur les écarts de performance entre quintiles au sein d'un même marché.

Qu'est ce qui fonctionne à Zurich / Paris

PER suisse : les actions bon marché battent le marché (backtest) Dividendes suisses : hauts rendements ou croissance modérée ?

En savoir plus sur dividendes

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

2 réflexions sur “PER Bourse de Paris : backtest 2003-2023 sur 20 ans”

  1. Bonjour,
    Dans votre livre, à la section « ratio prix/bénéfice », vous écrivez qu’acheter des entreprises avec des faibles PER est une stratégie qui fait ses preuves mais seulement pour les grandes capitalisations. Vous ajoutez ensuite que les bénéfices sont assez facilement manipulables par des artifices comptables. Ce qui est d’autant plus vrai que l’entreprise est petite (donc moins contrôlée).
    Cependant, ceci contredit la conclusion de cet article.
    Donc finalement, quelle conclusion garder pour le ratio PER ?
    Merci beaucoup !

  2. Bonjour HD,

    Comme on le dit souvent : « le diable se cache dans les détails ». J’étais moi-même étonné par le résultat de ce backtest. Je le mentionne d’ailleurs en conclusion : « C’est un peu paradoxal, car la logique voudrait que les grosses sociétés, plus suivies et contrôlées, soient moins sujettes aux magouilles comptables, a contrario des petites. »

    La différence avec mon livre vient du fait que ce dernier s’appuie sur les recherches de J. O’Shaugnessy dans « What Works On Wall Street », comme mentionné dans les sources. Son backtest remonte à 1926 ! Ma modeste analyse, comme mentionné dans le lien qui renvoie à la méthode utilisée, remonte « seulement » à 2004.

    Je précise en conclusion de cet article, en faisant référence à ce paradoxe : « Peut-être faut-il simplement y voir le fait que les grosses entreprises de croissance ont eu particulièrement le vent en poupe ces dernières décennies. Ou alors que la présence massive des institutionnels empêche toute forme de stratégie basée sur la valeur. C’est sans doute un peu des deux. »

    Une autre explication qui me vient, et qui est intimement liée à ces deux hypothèses, c’est l’avènement des ETFs depuis les années 2000. Ces derniers comportent en effet un biais important en faveur des grosses capitalisations. Pour plus d’infos lire : https://www.dividendes.ch/2024/12/la-guerre-des-portefeuilles-les-etfs/

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *