Dividendes France : quelle stratégie fonctionne vraiment ?

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Dernière mise à jour : janvier 2026

Nous avons récemment analysé le comportement du rendement en dividendes sur le marché suisse. Voyons aujourd'hui ce qu'il en est en France. Cette analyse repose sur un backtest couvrant la période 2004-2024 et compare les performances de différentes stratégies basées sur le dividend yield.

Analyse quantitative des stratégies de dividendes sur le marché français montrant la performance des différents quintiles de rendement sur 20 ans

Marché global français

On retrouve une situation très similaire à celle observée à Zurich, avec un 3e quintile plus élevé que le 4e et tout juste derrière le 5e.

Les titres qui affichent les meilleurs rendements en dividendes font deux fois mieux que le marché sur la période analysée : 7.44% par an contre 3.64%. À l'inverse, ceux qui sont le moins généreux pour leurs actionnaires affichent une performance négative de -0.1% par an. Ce résultat est cohérent avec ce que nous avions observé pour le P/E ratio. Il est même meilleur pour le 5e quintile. Sur le marché global français, il vaut donc mieux privilégier le rendement au price-earnings ratio.

Notons que le résultat de tous les quintiles est inférieur à ce que nous avions en Suisse, ce qui est logique vu que la performance d'ensemble était moins bonne : 3.64% par an en CHF pour la France contre 8.47% par an en CHF pour la Suisse.

Comme en Suisse, les rendements élevés fonctionnent bien en France, en tout cas bien mieux que le marché dans son ensemble. Toutefois, ce 3e quintile continue de soulever des questions, d'autant que nous avions déjà ce phénomène en Suisse.

Perspective américaine : S&P 1500

Pour aller au fond des choses, j'ai analysé ce que cela donnait aux États-Unis avec le S&P 1500, qui recoupe 90% des actions américaines.

Le 3e quintile ressort cette fois devant tous les autres et il y a surtout une grosse surprise : le 5e quintile, celui des rendements les plus élevés, est le pire. Voilà qui fait écho aux phénomènes de yield trap que j'avais énumérés dans le dernier article.

Comparaison avec les pairs dans l'industrie

Retournons en France et voyons ce que nous raconte le rendement au sein des industries. Pour rappel, en Suisse, le backtest avait fait passer le 3e quintile au-dessus de tous les autres, indiquant que les sociétés qui paient des dividendes modérés par rapport à leurs concurrents directs obtiennent la meilleure performance en bourse.

Cette fois, Paris se distingue de plusieurs manières. On y trouve une progression régulière à travers les cinq quintiles. Le 5e quintile est donc le plus performant. Il est même meilleur que ce que nous avions trouvé sur l'ensemble du marché. La comparaison avec les pairs pour le rendement en France est donc plus efficace et plus valide que sur le marché global.

Il faut noter que le yield au sein des industries est plus performant que le P/E au sein des industries, ce qui confirme ce que nous avions déjà constaté sur l'ensemble du marché. Nous avons donc quelque chose d'assez solide ici.

Grandes et moyennes capitalisations

J'avais qualifié de "joyeux bordel" le résultat pour le P/E parmi les grandes et moyennes capitalisations françaises. En Suisse, le rendement pour ces entreprises avait donné des résultats étranges. En France, on obtient des résultats proches et tout aussi déconcertants.

Le 2e quintile se situe étonnamment en pole position. Le 5e quintile est deuxième, mais à peine meilleur que l'ensemble des grandes et moyennes capitalisations. Difficile de tirer quoi que ce soit de cette approche. Le rendement en dividendes n'est pas une stratégie intéressante sur les grosses et moyennes entreprises françaises.

Petites, micro et nano-capitalisations

Les surprises continuent. Alors qu'avec les grosses et moyennes entreprises le 2e quintile se distinguait positivement, pour les entreprises de plus petite taille, il affiche une performance exécrable, quasi nulle.

Le backtest ne nous donne pas vraiment de résultat clair, avec des quintiles qui jouent à saute-mouton. Le P/E affichait pourtant une tendance assez claire, avec une progression régulière à travers les quintiles.

Le seul réel enseignement se situe au niveau du 5e quintile : les petites entreprises qui paient de bons dividendes battent l'ensemble des sociétés d'envergure similaire.

Stratégie optimale : dividendes modérés et croissants

En prenant l'intégralité du marché, les rendements les plus élevés donnaient la meilleure performance boursière. Mais les rendements modérés, avec le 3e quintile, se situaient tout juste derrière, comme en Suisse.

Au sein des industries, en comparant le rendement avec celui des pairs, nous avons obtenu un résultat encore meilleur pour le 5e quintile, avec une progression régulière à travers l'ensemble des quintiles, ce qui est un gage de robustesse du système.

En revanche, pour les grosses et moyennes entreprises, le backtest ne nous a rien enseigné de probant. Pour les petites entreprises, c'est guère mieux, si ce n'est un léger avantage pour les hauts rendements.

Sur le marché helvétique, nous avions pu donner du sens à certaines données en utilisant la croissance des dividendes et en l'associant aux rendements moyens du 3e quintile. Qu'en est-il en France ? Le résultat montre que les deux approches se tiennent dans un mouchoir de poche :

Stratégie (depuis 2004)CAGRMax DDSTDSharpeCorrél.BetaAlpha
Rendements modérés et croissants (industrie)9.69%-66.81%19.01%0.520.791.006.48%
Hauts rendements croissants (marché global)9.69%-65.96%19.76%0.500.791.046.30%

Pour les critères de croissance du dividende utilisés, se rapporter à l'analyse du marché suisse.

Ce que nous en déduisons :

  • Les dividendes modérés et croissants sont plus rentables que les hauts rendements seuls
  • Les dividendes modérés et croissants affichent la même rentabilité que les hauts rendements croissants
  • Les hauts rendements croissants sont plus rentables que les hauts rendements seuls
  • Les dividendes modérés et croissants possèdent un risque similaire aux hauts rendements croissants

Optimisation avec les bénéfices

Il est possible d'optimiser encore ce résultat en s'assurant que les dividendes soient bien couverts par les bénéfices. Les critères utilisés :

  • Croissance des bénéfices des 12 derniers mois par rapport aux 12 mois précédents supérieure à 3%
  • Croissance annuelle moyenne des bénéfices sur les 5 dernières années supérieure à 0%

Avec ces filtres, la rentabilité annuelle moyenne monte à 12.22%. Attention : ceci ne fonctionne qu'avec les dividendes modérés au sein des industries.

Questions fréquentes

Pourquoi privilégier les dividendes modérés plutôt que les hauts rendements ?

Les dividendes modérés (3e quintile) comparés aux pairs de l'industrie offrent une meilleure robustesse. Les hauts rendements peuvent signaler une détresse financière (yield trap). En France, la comparaison avec les pairs donne d'excellents résultats avec une progression régulière à travers tous les quintiles.

Combien de titres contient un portefeuille optimisé ?

En moyenne 12 titres pour les dividendes modérés croissants, et huit titres pour les dividendes modérés croissants couverts par la progression des bénéfices. C'est mieux que la Suisse, mais insuffisant pour une utilisation isolée. L'idéal est de combiner les marchés français et suisse.

Quelle période couvre ce backtest ?

L'analyse couvre la période 2004-2024, soit 20 ans de données. Cette durée permet de capturer plusieurs cycles économiques, dont la crise financière de 2008 et la pandémie de 2020.

Ces résultats sont-ils applicables en pratique ?

Oui, mais avec des ajustements. Le nombre réduit de titres (8-12) nécessite soit une combinaison avec le marché suisse, soit un couplage avec d'autres stratégies pour obtenir une diversification suffisante. Nous explorons cette approche combinée dans le prochain article de la série.

Conclusion

En France comme en Suisse, les dividendes modérés au sein des industries, correctement couverts par la croissance des bénéfices, représentent la meilleure stratégie de rendement. Cette approche génère une rentabilité annuelle de 12.22% avec un risque maîtrisé.

Le principal bémol reste l'étroitesse du portefeuille à cause des critères restrictifs utilisés. La France n'échappe pas à cette règle, même si on y trouve un peu plus de candidats qu'en Suisse : en moyenne 12 titres pour les dividendes modérés croissants et huit titres pour les dividendes modérés croissants couverts par la progression des bénéfices.

La solution ? Élargir le champ des possibles en sélectionnant les titres dans les marchés français et suisse simultanément. Nous verrons ce que cela donne dans notre prochain article.

Qu'est ce qui fonctionne à Zurich / Paris

Dividendes suisses : hauts rendements ou croissance modérée ? Backtest dividendes : quelle stratégie fonctionne vraiment ?

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