Il y a un mot qui pose problème dans le mouvement FIRE. Ce n'est pas "Financial". Ce n'est pas "Independence". C'est "Retire Early" — retraite anticipée.

La retraite, dans l'imaginaire collectif, c'est l'arrêt. La cessation. Le hamac, la pétanque, la disparition du radar professionnel. Or, ce n'est pas ce que font la plupart des personnes qui atteignent l'indépendance financière. Elles pivotent. Elles choisissent. Elles construisent quelque chose de nouveau — librement, sans contrainte économique.
C'est précisément pour décrire cette réalité qu'un nouveau concept émerge dans la communauté anglophone : FINE. Financial Independence, Next Endeavor. L'indépendance financière comme tremplin vers le prochain chapitre — pas comme point final.
Je vis FINE depuis 2021. Je ne l'appelais pas encore comme ça. Mais c'est exactement ce que c'est.
Qu'est-ce que FINE ?
FINE est l'acronyme de Financial Independence, Next Endeavor — indépendance financière, prochain engagement. Le concept a été popularisé notamment par le podcast américain Money Guy et la journaliste financière Jill Schlesinger autour de 2021, en réponse à une critique croissante du mouvement FIRE : celle de présenter la retraite anticipée comme une fin en soi, alors que la plupart des personnes financièrement libres continuent de s'engager activement dans des projets qui leur tiennent à cœur.
La distinction est fondamentale :
- FIRE met l'accent sur la cessation — arrêter de travailler le plus tôt possible.
- FINE met l'accent sur la liberté de choix — avoir les moyens de choisir son prochain engagement, qu'il génère des revenus ou non.
Dans FINE, le portefeuille paie les factures. Le Next Endeavor est choisi pour ce qu'il est intrinsèquement, pas pour ce qu'il rapporte. C'est la différence entre la liberté réelle et une reconversion professionnelle déguisée en indépendance.
Et c'est précisément là que FINE se distingue du side hustle — ce dernier crée une nouvelle dépendance économique, souvent présentée comme de la liberté. Si le prochain chapitre doit impérativement générer des revenus pour maintenir le niveau de vie, on n'est pas dans FINE mais dans une reconversion. J'ai développé cette nuance en détail ici.
La famille IF : FIRE, Coast FIRE, Barista FIRE et FINE
Pour situer FINE dans l'écosystème des concepts d'indépendance financière, un rapide tour d'horizon s'impose. Ces concepts ne sont pas concurrents — ils décrivent des étapes ou des variantes d'un même continuum.
| Concept | Définition | Objectif central |
|---|---|---|
| FIRE | Financial Independence, Retire Early | Cesser toute activité professionnelle le plus tôt possible |
| Coast FIRE | Avoir suffisamment investi pour que les intérêts composés atteignent l'objectif seuls | Réduire l'effort d'épargne tout en maintenant le cap |
| Barista FIRE | IF partielle couverte par le portefeuille, complétée par une activité à temps partiel choisie | Liberté partielle avant l'IF totale |
| FINE | Financial Independence, Next Endeavor | Utiliser l'IF comme tremplin vers un engagement librement choisi |
Le Barista FIRE et le Coast FIRE sont souvent des étapes intermédiaires vers l'IF totale. FINE est une philosophie sur ce qu'on fait une fois l'IF atteinte. Les deux peuvent coexister : on peut vivre en Barista FIRE pendant quelques années puis basculer vers FINE à l'IF complète.
Notre calculateur Barista FIRE permet de modéliser précisément à quel moment une activité partielle devient superflue pour votre trajectoire.
Pourquoi "Retire Early" est un mauvais mot
Le terme "retraite anticipée" porte en lui une promesse implicite d'inactivité — or cette promesse ne correspond pas à la réalité de ceux qui l'atteignent. Les études sur les retraités précoces montrent systématiquement que la grande majorité continue d'exercer des activités significatives : projets personnels, engagements associatifs, création, coaching, écriture, transmission. La différence avec avant : ces activités ne sont plus dictées par la nécessité économique.
Le problème du mot "retraite", c'est aussi qu'il décourage. Nombreux sont ceux qui rejettent le mouvement FIRE précisément parce qu'ils ne souhaitent pas s'arrêter de travailler — ils souhaitent simplement avoir le choix de ce qu'ils font. FINE répond à cette objection : l'objectif n'est pas le hamac, c'est la liberté.
Mon parcours : FINE en pratique depuis 2021
En 2021, à 48 ans, j'ai quitté définitivement le salariat, après plusieurs années de Barista FIRE. Le portefeuille couvrait les dépenses. La trajectoire était atteinte.
Ce qui a suivi n'a rien d'une retraite au sens traditionnel. Je gère activement mon portefeuille, je tiens ce blog depuis 2010, j'exerce une petite activité de coaching, je fais de la musique et du sport, je consacre du temps à ma famille. Chacune de ces activités existe parce qu'elle a du sens — pas parce qu'elle est rémunératrice. C'est la définition exacte de FINE.
Ce que l'IF a changé concrètement : la suppression des frais professionnels qui représentaient une part non négligeable de mes dépenses annuelles. Frais de représentation, repas et déplacements contraints — tout cela disparaît à l'IF et réduit mécaniquement le capital nécessaire. C'est un levier sous-estimé dans la plupart des calculs FIRE.
Mon profil détaillé, mon parcours d'investissement et ma philosophie sont disponibles sur la page À propos.
Les conditions pour atteindre FINE
L'une des idées les plus répandues — et les plus fausses — dans la communauté FIRE est qu'il faut épargner 50%, 60%, voire 70% de ses revenus pour atteindre l'indépendance financière. Cette croyance confond vitesse et faisabilité.
La réalité est plus nuancée et plus accessible : un taux d'épargne d'environ 20%, combiné à une stratégie d'investissement solide et à la prise en compte des frais professionnels qui disparaissent post-IF, permet d'atteindre l'indépendance financière en moins de 20 ans pour la grande majorité des profils. L'épargne est un levier parmi d'autres — pas le seul.
Les autres leviers :
- La stratégie d'investissement, avec son profil rendement/risque. Les portefeuilles que j'utilise et documente — dont le PFD et le PP 2.x — ont été backtestés sur plusieurs décennies pour optimiser ce rapport.
- La disparition des frais professionnels : souvent 10 à 20% des dépenses annuelles, qui s'évaporent à l'IF et réduisent d'autant le capital cible.
- La méthode de retrait : la règle des 4% est une approximation utile mais rigide. La méthode VPW (Variable Percentage Withdrawal) adapte le taux de retrait à l'âge, à l'allocation du portefeuille et à ses performances réelles — ce qui optimise les retraits sans sur-épargner ni sous-consommer. Notre calculateur FIRE intègre les deux méthodes pour vous permettre de comparer.
Pour suivre sa trajectoire vers FINE avec précision, CaRBuRe centralise budget, capital et projections FIRE dans un outil unique — conçu précisément pour modéliser ce type de parcours.
FINE comme philosophie d'investissement
FINE n'est pas seulement un concept de retraite — c'est une philosophie qui change la façon d'aborder l'investissement dès le premier jour.
Quand l'objectif est FINE plutôt que FIRE, on cesse d'optimiser uniquement pour la vitesse. On optimise pour la robustesse : un portefeuille qui tient dans toutes les configurations économiques, qui résiste aux crises sans nécessiter d'interventions anxieuses, et qui génère des revenus suffisants pour financer le Next Endeavor quel qu'il soit.
C'est pourquoi les portefeuilles tout-terrain — conçus pour traverser expansions, récessions, inflation et déflation — s'inscrivent naturellement dans une logique FINE. Ils ne maximisent pas (seulement) le rendement à court terme. Ils maximisent la sérénité à long terme.
Et en phase de décumulation, la méthode VPW est l'outil naturel de FINE : elle s'adapte à la réalité de votre portefeuille et de votre âge, sans vous contraindre à un taux fixe arbitraire. Vous retirez ce que votre portefeuille peut raisonnablement offrir, ni plus ni moins.
Questions fréquentes
Quelle est la différence fondamentale entre FIRE et FINE ?
FIRE met l'accent sur la cessation de l'activité professionnelle le plus tôt possible. FINE met l'accent sur la liberté de choisir son prochain engagement une fois l'indépendance financière atteinte. Dans FINE, le portefeuille couvre les dépenses — le Next Endeavor est choisi pour ce qu'il représente, pas pour ce qu'il génère comme revenus.
Faut-il un taux d'épargne élevé pour atteindre FINE ?
Non. Un taux d'épargne d'environ 20%, combiné à une bonne stratégie d'investissement et à la prise en compte des frais professionnels qui disparaissent après l'IF, suffit pour la grande majorité des profils en moins de 20 ans. Le taux d'épargne est un levier parmi d'autres — pas le seul déterminant.
FINE est-il compatible avec la vie en Suisse ?
Particulièrement bien. Le système suisse — AVS, LPP, fiscalité des gains en capital — offre un cadre favorable à l'accumulation et à la décumulation intelligente. Les frais professionnels qui disparaissent post-IF sont souvent plus importants en Suisse qu'ailleurs en raison du coût de la vie élevé.
FINE remplace-t-il FIRE ou le complète-t-il ?
Il le complète et le mûrit. FIRE reste un cadre utile pour l'accumulation — objectif d'épargne, horizon temporel, stratégie d'investissement. FINE apporte la dimension qualitative qui manque : qu'est-ce qu'on fait de cette liberté une fois qu'on l'a ? Les deux concepts sont complémentaires, pas concurrents.
Conclusion
FINE ne rejette pas FIRE. Il le prolonge et l'humanise.
L'indépendance financière n'est pas une destination où l'on s'assoit définitivement. C'est un tremplin vers ce qu'on aurait fait de toute façon — si l'argent n'avait pas été un obstacle. Le Next Endeavor peut être un projet créatif, une activité de transmission, un engagement associatif, une passion longtemps différée. Ce qui le définit, c'est uniquement ceci : vous l'auriez fait même s'il ne rapportait rien.
Sources et données
- Money Guy Show — How the FIRE Movement Has Evolved (2024)
- Jill on Money — The FINE (Not FIRE) Movement (2021)
- Bogleheads Forum — discussion FINE (2024)
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Salut Jérôme,
Tout à fait d’accord avec ces idées/concepts.
Cependant, le choix du mot « next » me surprend un peu (dans une moindre mesure, endeavour aussi) ; ça ne correspond pas tout à fait à l’idée que j’ai de ce concept. Dans mon esprit, « next » implique une notion « d’équivalence » aux projets précédents et une discontinuité assez nette (comme souvent la retraite classique). Et « endeavour » conserve une connotation passablement lié au monde du travail, au labeur, à l’effort (au sens peu libre de le faire).
L’adjectif idéal ne me vient pas à l’esprit (à moins que ce soit idéal, justement ;-).
Peut-être « true » ou « free » au sens de freedom, ou… independant, justement de l’aspect économique.
FCQMP faire ce qui me plaît.
Au-delà du fait comme tu dis que les personnes devenues FI restent souvent actives, je me demande si les concepts qui s’écartent de « RE » ne sont pas aussi nés du fait qu’il est plus « respectable » dans notre société de mettre l’emphase sur les activités que sur la « paraisse » (même lorsque paraisse = activité relaxante/paisible), donc le besoin de renommer ce qui n’a pas fondamentalement changer.
Bon week-end !
Salut Thierry,
Tu soulèves deux points très pertinents.
Sur le plan linguistique, tu as raison : les acronymes sont par nature réducteurs. FIRE, FINE — ils cherchent à condenser en quatre lettres une réalité qui déborde largement d’un mot. Et ils viennent du monde anglo-saxon, où la passivité est culturellement beaucoup plus mal perçue que dans les pays latins. Un Américain qui annonce qu’il va « just relax » après 40 ans provoque une réaction sociale bien différente de ce que vivrait un Italien ou un Espagnol. D’où ce besoin de toujours justifier l’IF par une activité — le « Next Endeavor », le side project, le consulting occasionnel. Dans nos cultures, le droit à la lenteur est mieux accepté.
Ton FCQMP m’a bien fait sourire. Et dans la même veine, j’y ai pensé en te lisant : FILE — Financial Independence, Leisure Early. Ça a le mérite d’assumer la chose franchement. (Même si je sens qu’on aurait du mal à convaincre un podcast américain d’adopter ça.)
Mais au fond, ce que j’aime dans tout ce débat sémantique, c’est qu’il pointe vers l’essentiel : la notion de choix. Choix qu’on n’a tout simplement pas dans la Rat Race. Quand tu es salarié, tu rêves de vacances — mais tu n’as le choix ni de travailler, ni de partir quand tu en as envie. Quand tu es FI — que tu appelles ça FIRE, FINE, FCQMP ou FILE — tu organises ton temps comme tu l’entends. Et c’est précisément ça qui change tout : après un moment de passivité choisie, tu es heureux de te remettre à quelque chose de plus « actif ». Ce que le salarié ne ressent que rarement au retour de vacances imposées entre deux réunions.
(Il reste bien sûr les contraintes familiales, qui ont la bonne idée de persister quelle que soit ton indépendance financière. Mais c’est une autre histoire.)
Alors oui, sur la question de fond que tu poses — est-ce que ces variantes de FIRE ne sont pas surtout une façon de rendre l’IF plus respectable socialement ? Probablement en partie. Mais je m’en fiche un peu : ce qui compte, c’est le « FI ». Le reste — RE, NE, ou LE — chacun y met ce qu’il veut. On pourrait d’ailleurs appeler ça FIXX pour signifier que le suffixe est libre… mais ça risquerait d’attirer un public différent de celui qu’on vise.
Bon week-end à toi aussi !
Salut Thierry et Jérôme,
Je vous rejoins tous les deux.
L’important c’est bien le FI et la finalité le FCQMP.
Le chemin a ici toute son importance et sa durée également. Ici on parle de FCQMP à temps complet, pas quelques heures les week-ends, ça implique une excellente connaissance de soi et 20 ans ne me parait pas trop pour y arriver. Une lente transition me parait idéal (la rapidité ici serait contre-productive), un passage de la Rat Race à la retraite me semble brutal et est parfois mal vécu. De plus à 65 ans c’est tard pour s’affairer à une quête qui peut nécessiter 20 ans…
Un merveilleux week-end à vous
Salut Cédric,
Tu mets le doigt sur quelque chose d’essentiel : la transition lente n’est pas seulement souhaitable, elle est souvent nécessaire — et pas uniquement pour des raisons financières.
C’est exactement ce que j’ai vécu. Entre 2012 et 2021, j’ai réduit progressivement mon temps de travail salarié — de 60h par semaine à 8h — en remplaçant graduellement ces heures par des revenus passifs croissants. D’un point de vue purement financier, j’aurais pu couper bien plus tôt. Mais ma tête avait besoin de ce temps. Chaque palier était une validation en conditions réelles, une adaptation psychologique, une façon de tester le modèle avant de franchir le point de non-retour. C’est ce que je raconte en détail ici : https://www.dividendes.ch/2021/09/mission-accomplie/
Ce cheminement progressif, c’est précisément ce que décrit le Barista FIRE — et plus largement, ce que j’appelle le chemin DANS l’indépendance financière, par opposition au chemin VERS elle. On est déjà dans l’IF bien avant le retrait complet : dès qu’on peut réduire son activité, refuser ce qui ne convient plus, faire des choix que d’autres ne peuvent pas se permettre. Cette liberté-là commence tôt et c’est tout l’enjeu. https://www.dividendes.ch/2025/11/le-chemin-dans-lif-coast-fire-et-barista-fire/
Sur la connaissance de soi : tu as raison, 20 ans ne sont pas de trop. Mais c’est précisément pour ça que le chemin lui-même — ces années de Barista FIRE, de réduction progressive, de vie à mi-chemin entre la Rat Race et la liberté — est le meilleur terrain pour développer cette connaissance. On n’attend pas d’être « arrivé » pour commencer à se connaître.
Bon week-end à toi !
Mettez moi les acronymes que vous voulez tant que ce n’est pas « FINI » 😉
Cela dépend, si tu parles du travail, oui c’est bien « FINI » 🙂
Hello à tous,
Et pourquoi pas FICE si l’on veut rester dans les acronymes courts en anglais où le CE veut bien sûr dire Choose Early.
Ceci dit le FINE me plait bien, car je n’y vois pas les aspects mentionnés par Thierry et il permet des jeux de mots avec le « how are you ? »
Salut Pedro,
Choose Early est bien en effet, quoique FICE fasse un peu trop penser à la police d’immigration US 😉
Salut Jérôme,
Je n’y avais pas pensé, mais là tu as carrément créé un slogan!
🙂