Journal d’un futur rentier (7) : réflexion hivernale

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Décembre 2012. Dernière mise à jour : décembre 2025.

Réflexion mélancolique un jour de neige. Allers-retours sur le chemin. L'hiver comme rappel cyclique.

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Jour de neige et tranquillité rare

Moins 3 degrés dehors, routes verglacées, carambolages et neige qui ne cesse de tomber. Je suis heureux de ne pas devoir travailler aujourd'hui. C'est pour ces moments encore trop rares de tranquillité que je me bats chaque jour en vue de devenir rentier. L'hiver me rappelle chaque année à l'ordre : il ponctue cycliquement une dure année de labeur en y ajoutant des conditions extérieures encore plus défavorables. C'est comme si la nature entière voulait me faire comprendre que travailler ce n'est pas normal. Les animaux hibernent, alors pourquoi pas nous ?

L'hiver comme point de repère

Cette alternance des saisons permet de faire le point à des intervalles de temps réguliers, mais suffisamment longs quand même. Le chemin sur la route du rentier demande de la patience et parfois on peut avoir l'impression de stagner, voire de régresser. L'hiver dernier je bénéficiais ainsi de beaucoup de temps libre et je n'étais que peu stressé par mon job, quand j'y étais. En ce jour de neige, au chaud dans mon appartement, j'ai un peu l'impression de revivre ces jours magiques de l'hiver 2011-2012.

La détérioration depuis un an

Pourtant depuis lors, ma qualité de vie s'est globalement détériorée et mon boulot me bouffe tout mon temps. Comment est-il possible d'avoir pu goûter ainsi aux plaisirs de la vie de rentier et retomber plus bas encore dans les travers de cette société post-industrielle, qui n'a fait que remplacer les machines par des ordinateurs ?

L'île des plaisirs de Pinocchio

J'aurais pu voir cette fenêtre éphémère sur la vie de rentier comme l'île des plaisirs de Pinocchio, un endroit magique, où tout est permis, mais qui comporte une horrible malédiction. Les enfants dignes du bonnet d'âne se transforment en effet en de vrais ânes qui sont ensuite vendus dans des mines de sel ou des cirques. Ma propre expérience en est d'ailleurs si proche que ça m'en laisse des frissons dans le dos. Mais d'un naturel optimiste je préfère considérer ce moment de paix comme un avant-goût de ce qui m'attendra d'ici quelques années. Et du coup ça me motive encore plus.

Les fondations de 2012

Si ma qualité de vie s'est détériorée depuis un an, cela ne m'a pas empêché de poser en 2012 de nouvelles bases pour le futur. J'ai pratiquement achevé d'amortir mon premier achat immobilier, qui est désormais en location. Les revenus que j'en tire couvrent les intérêts et les frais de mon logement actuel. Le marché des actions étant un peu élevé et disposant de peu de cash à cause de mes investissements immobiliers, je n'ai presque pas acheté de payeurs de dividendes cette année. Néanmoins ces nouvelles bases étant posées, j'aurai plus de liquidités à investir dès 2013.

Sérénité malgré les apparences

Les fondations que j'ai posées cette année me permettent donc de voir l'avenir avec plus de sérénité même si, en apparence, je n'ai pas vraiment progressé depuis l'hiver dernier. En apparence seulement...

À suivre dans les prochains épisodes.


Note rétrospective (décembre 2025)

En relisant cet article de décembre 2012, jour de neige, je suis frappé par la mélancolie et en même temps l'optimisme têtu qui transparaissent. Treize ans exactement plus tard, voici ce qui s'est passé.

L'hiver 2011-2012 "magique" :

Je décrivais l'hiver 2011-2012 comme une période magique avec "beaucoup de temps libre" et "peu de stress" au travail. Ces moments existent parfois dans les carrières : des fenêtres temporaires où la pression se relâche.

Le fait que j'aie pu goûter à cette tranquillité a été à la fois une bénédiction et une malédiction. Bénédiction car ça m'a montré concrètement ce que serait la vie de rentier. Malédiction car le retour à la réalité (décembre 2012) en a été d'autant plus brutal.

La détérioration depuis l'hiver 2011-2012 :

En décembre 2012, j'écrivais : "ma qualité de vie s'est globalement détériorée et mon boulot me bouffe tout mon temps". Cette détérioration était réelle. Entre l'hiver 2011-2012 (magique) et décembre 2012 (oppressant), il y avait eu un basculement. La pression était revenue en force.

Cette observation est importante : le parcours FIRE n'est pas linéaire. Il y a des allers-retours. Des périodes où on se rapproche de l'objectif (qualité de vie améliorée), puis des périodes où on s'en éloigne (détérioration).

L'analogie à Pinocchio :

Cette analogie de décembre 2012 - l'île des plaisirs qui transforme les enfants en ânes vendus aux cirques - était sombre et révélatrice de mon état d'esprit. J'avais l'impression que l'hiver 2011-2012 magique était un piège, une illusion qui m'avait ensuite rendu encore plus prisonnier du système.

Mais j'avais raison de rejeter cette vision pessimiste pour préférer l'interprétation optimiste : "un avant-goût de ce qui m'attendra d'ici quelques années". Treize ans plus tard, je confirme : c'était effectivement un avant-goût. L'hiver 2011-2012 était un aperçu temporaire de ce qui est devenu ma vie permanente depuis 2021.

Les fondations de 2012 ont-elles porté leurs fruits ?

Absolument. En décembre 2012, j'écrivais avoir "pratiquement achevé d'amortir mon premier achat immobilier" désormais en location, avec revenus couvrant les intérêts de mon logement actuel. Cette base immobilière de 2012 a effectivement été déterminante pour la suite.

Entre 2012 et 2021, ce premier immeuble locatif a continué à générer des revenus stables. Les loyers ont formé une partie de mes revenus passifs qui m'ont finalement permis de démissionner en 2021.

Donc oui, les "fondations 2012" dont je parlais ont effectivement supporté l'édifice final. Sans cette base immobilière, le parcours aurait été plus long ou plus difficile.

L'hiver comme "rappel cyclique" :

Cette observation poétique de décembre 2012 - l'hiver comme rappel annuel de la dureté du travail - était juste. Chaque hiver, les conditions se dégradent (froid, neige, routes verglacées, nuits longues), et ça rend encore plus pénible le fait de devoir se lever tôt et aller travailler.

Treize ans plus tard, en décembre 2025, l'hiver est devenu une saison comme les autres. Agréable même, car je n'ai plus à me lever à 5h dans le noir et le froid pour aller bosser. Je peux rester au chaud, regarder la neige tomber tranquillement, exactement comme je le faisais ce jour de décembre 2012 documenté dans cet article.

La différence ? En décembre 2012, c'était exceptionnel (jour de congé). En décembre 2025, c'est ma vie normale.

"Travailler ce n'est pas normal" :

Cette phrase de décembre 2012 - "c'est comme si la nature entière voulait me faire comprendre que travailler ce n'est pas normal. Les animaux hibernent, alors pourquoi pas nous ?" - était subversive et profonde.

Le travail salarié moderne est effectivement une aberration du point de vue naturel. Les humains ont évolué pendant des millions d'années sans réveil à 5h, sans trajets quotidiens forcés, sans semaines de 40-60h. Cette structure artificielle créée par le capitalisme industriel est récente (200 ans) et pas du tout "naturelle".

L'hiver rend cette aberration encore plus visible. Se lever dans le noir et le froid pour aller travailler va fondamentalement contre nos instincts biologiques. D'où la dépression saisonnière, le blues hivernal, etc.

"En apparence seulement..." :

Cette conclusion de décembre 2012 était clairvoyante. Je reconnaissais que "en apparence" je n'avais "pas vraiment progressé depuis l'hiver dernier" (qualité de vie détériorée, boulot bouffe tout le temps). Mais j'ajoutais "en apparence seulement", impliquant que sous la surface, les fondations 2012 constituaient un progrès réel même invisible.

Treize ans plus tard, je confirme : c'était exact. Les progrès vers FIRE ne se mesurent pas toujours en qualité de vie immédiate. Parfois, construire les fondations (acheter un immeuble locatif, rembourser un prêt) détériore temporairement la qualité de vie (moins de cash, plus de stress, plus de travail pour compenser). Mais ces sacrifices temporaires portent leurs fruits à long terme.

Entre décembre 2012 et 2021 (9 ans), beaucoup d'autres "fondations" ont été posées. Certaines années, la qualité de vie s'améliorait. D'autres années, elle se détériorait. Mais la tendance générale allait vers l'objectif.

Le message pour les lecteurs :

Si vous traversez une période difficile sur votre parcours FIRE - qualité de vie détériorée, boulot qui bouffe tout votre temps, impression de stagner voire régresser - souvenez-vous de cet article de décembre 2012.

J'étais exactement dans cette situation. J'avais connu une période magique (hiver 2011-2012), puis j'étais retombé dans l'oppression (décembre 2012). J'aurais pu me décourager. Mais j'ai choisi l'optimisme têtu : voir ça comme un avant-goût, continuer à poser les fondations, croire que "en apparence seulement" je stagnais. L'hiver ne me rappelle plus rien aujourd'hui, sinon à quel point j'ai bien fait de tenir.

Le parcours FIRE a des allers-retours. Acceptez-les. Continuez à poser les fondations. L'apparence n'est pas la réalité. Et un jour, vous vous réveillerez un matin de décembre avec la neige qui tombe, et vous réaliserez que vous n'avez plus à aller travailler. Jamais. Mission accomplie.

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4 réflexions sur “Journal d’un futur rentier (7) : réflexion hivernale”

  1. Bonjour Jérôme,

    Par ces temps neigeux et froids, je comprends ton envie de rester bien au chaud…
    Même si je n’aspire pas à devenir rentier, j’aimerai moi aussi aussi rester chez moi quelques jours par an en me disant que je suis privilégié, et que je vais passer une journée sans soucis, loin des tracas quotidiens. C’est un peu un luxe 🙂

    Joli article en tout cas et bonne journée

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