Emmi AG (EMMN) : retour sur un investissement à +327% (2011-2018)

Capsule temporelle — mise à jour en mars 2026. Cet article documente un investissement clôturé.

Analyse Emmi AG (EMMN) : retour sur 7 ans de performance

Entre août 2011 et avril 2018, Emmi AG (EMMN:SWX) a été l'un de mes meilleurs investissements. +327.14% de performance totale, soit 24.55% annualisé, contre +105.15% (11.47% annualisé) pour l'indice MSCI Switzerland sur la même période. Ce récit retrace les deux décisions — l'achat et la vente — avec les données et le raisonnement de l'époque.

Emmi en quelques mots

Fondée en 1907, Emmi AG est le premier groupe laitier suisse. Ses produits phares incluent le Caffè Latte, la boisson Benecol et le yogourt probiotique Aktifit. L'entreprise s'appuie sur une position dominante en Suisse, complétée par une présence internationale en Europe et en Amérique du Nord (Redwood Hill Farm, Cypress Grove, Emmi Roth USA). Un business simple, compréhensible, peu sensible aux cycles économiques : exactement ce que je recherchais à l'époque.

L'achat : août 2011

J'ai acquis mes premières actions Emmi le 11 août 2011, en profitant de la correction des marchés de cet été-là. Le contexte macro était difficile — crise de la zone euro, franc suisse en surchauffe — mais Emmi présentait un profil qui me semblait solide pour traverser la turbulence.

Les principaux indicateurs de l'époque :

IndicateurValeur (août 2011)
P/E12.11x
P/B (price to book)1.24x
Rendement dividende1.74%
Payout ratio21.12%
ROE10.51%
Marge nette3.89% (TTM)
Croissance BPA (5 ans)+9.39% / an
Dette/capital0.25
Current ratio1.93
Beta0.38

Ce qui m'a convaincu : une valorisation raisonnable (P/E à 12x dans un secteur défensif), un bilan solide (dette/capital à 0.25, current ratio quasi 2), et un payout ratio de seulement 21% laissant une marge considérable pour des hausses de dividende. Le beta de 0.38 confirmait le caractère défensif du titre. À 72.7% de chiffre d'affaires réalisé en Suisse en 2010, l'exposition au risque de change restait limitée.

Emmi répondait à ma philosophie de l'époque : trouver des entreprises suisses de qualité, peu chères, peu volatiles, capables de croître leur dividende sur le long terme.

7 ans de détention

Les années qui ont suivi ont confirmé la thèse d'investissement. Emmi a continué sa stratégie d'expansion internationale (acquisitions aux États-Unis notamment), amélioré ses marges et régulièrement augmenté son dividende. La Suisse restait le socle, l'international apportait la croissance.

Le titre a surperformé le marché suisse de manière constante, avec une volatilité inférieure à la moyenne — un profil idéal pour un portefeuille orienté revenus et stabilité.

La vente : avril 2018

En avril 2018, j'ai décidé de solder ma position. Non pas parce que l'entreprise avait changé, mais parce que le marché lui avait attribué une valorisation qui ne laissait plus de marge de sécurité.

Les indicateurs au moment de la vente :

IndicateurValeur (avril 2018)
P/E~26x
Rendement dividende1.3%
Surestimation estimée~40%
Beta~0.6

Un P/E à 26x et un rendement dividende à 1.3% pour une entreprise agroalimentaire sans croissance explosive : c'était excessif à mes yeux. La hausse de l'endettement à long terme commençait également à mériter attention. J'ai estimé la surestimation à environ 40% et pris mes gains.

Bilan de l'investissement

Emmi AG (EMMN)MSCI Switzerland
Performance totale 2011-2018+327.14%+105.15%
Performance annualisée+24.55% / an+11.47% / an
Performance post-vente (2018-oct. 2024)+19.65%+57.87%

La performance post-vente est particulièrement instructive : entre avril 2018 et mon retour sur le titre en octobre 2024, Emmi a progressé de seulement 19.65% en performance totale, contre 57.87% pour le MSCI Switzerland. La décision de vente, contestable sur le moment, s'est révélée juste a posteriori.

Leçons tirées

La valorisation d'entrée est déterminante. Acheter Emmi à P/E 12x en 2011 dans une période de pessimisme généralisé a été la décision la plus importante. Une même entreprise achetée à P/E 26x aurait délivré un résultat radicalement différent — comme le prouve la sous-performance post-2018.

La discipline de vente vaut la discipline d'achat. Vendre une position qu'on a longtemps aimée est psychologiquement difficile. L'attachement au titre, la tentation de laisser courir les gains, peuvent pousser à conserver trop longtemps une position surévaluée. Ici, respecter un critère objectif (valorisation excessive) a permis de réallouer le capital vers de meilleures opportunités.

Un secteur ennuyeux peut produire des résultats remarquables. L'industrie laitière n'est pas glamour. Emmi ne faisait pas la une des médias financiers. C'est précisément ce type de titre — compréhensible, stable, sous-suivi — qui peut générer des rendements exceptionnels quand on l'achète au bon prix.

Le beta ne ment pas. Un beta de 0.38 à l'achat signifiait une volatilité bien inférieure au marché. Sur 7 ans de détention, cela s'est traduit par un trajet psychologiquement confortable — une condition souvent sous-estimée dans la construction d'un portefeuille long terme orienté FIRE.

Questions fréquentes

Pourquoi avoir vendu Emmi alors que c'était une excellente entreprise ?

Parce que la qualité d'une entreprise et la qualité d'un investissement sont deux choses différentes. En 2018, Emmi était toujours une excellente entreprise — mais son titre était surévalué d'environ 40% au regard de ses fondamentaux. Un bon investissement requiert à la fois une bonne entreprise et un prix d'achat raisonnable. Payer trop cher, même pour un business de qualité, plombe le rendement à long terme.

Comment as-tu estimé la surestimation de 40% en 2018 ?

En comparant le P/E de 26x avec la moyenne historique du titre et la valorisation de secteurs comparables, et en rapportant le rendement dividende de 1.3% à ce que j'estimais être un rendement "normal" pour ce type d'entreprise (autour de 2%). La convergence des deux méthodes pointait vers une surestimation significative. Ce n'est pas une science exacte, mais c'est suffisant pour décider d'alléger une position fortement en plus-value.

Emmi est-elle un bon investissement pour une stratégie FIRE ?

Le profil d'Emmi — secteur défensif, dividende croissant, beta faible — correspond bien à ce que recherche un investisseur FIRE en phase d'accumulation ou en début de phase de retrait. En 2011, elle constituait une position idéale dans cette logique. La question clé reste toujours la valorisation d'entrée. Cet article étant une capsule temporelle, je ne commente pas la situation actuelle du titre.

Quel rendement annualisé peut-on espérer sur une action défensive suisse ?

Sur le long terme, le marché suisse a historiquement délivré autour de 7 à 9% annualisé dividendes réinvestis. Une action de qualité achetée à valorisation attractive peut faire mieux — comme l'illustre Emmi à 24.55% annualisé sur cette période. Mais ce type de résultat résulte d'une conjonction favorable (achat en bas de cycle, qualité intrinsèque, discipline de sortie) et ne doit pas être anticipé comme la norme.

Sources et données

Données financières 2011 et 2018 : archives dividendes.ch et FactSet (données historiques au moment des décisions d'investissement).

Informations sur l'activité d'Emmi AG : site institutionnel Emmi.

Performances comparées MSCI Switzerland : données historiques Bloomberg/FactSet.


En savoir plus sur dividendes

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

7 réflexions sur “Emmi AG (EMMN) : retour sur un investissement à +327% (2011-2018)”

  1. blank
    dividindeTop membre 🏅🗣️💬

    Bravo pour cette magnifique opération boursière. Je partage ton point de vue, Emmi est une superbe entreprise mais sa valorisation me donne le vertige. A ta place j’aurais aussi vendu et avec ce capital acheté plusieurs actions valorisées plus raisonnablement. Ce ne sont pas les occasions qui manquent actuellement!

  2. blank
    JérômeTop membre 🏅🗣️💬

    Ouais c’est quand même encore assez cher de manière générale…
    Laissons Trump foutre encore un peu la merde avec ces tweets d’un autre temps.

  3. blank
    Philippe de Habsbourg

    C’est quand même incroyable que le rythme des bourses voire de l’économie planétaire est à la merci du cerveau disjoncté d’un maniac comme Trump! C’est pathétique…
    Est-ce que le président de la Suisse pourrait avoir un impact sur les bourses européennes selon vous?

  4. blank
    dividindeTop membre 🏅🗣️💬

    Faut pas non plus tout mettre sur le dos de ce simplet et surestimer son importance. La bourse baisse actuellement surtout… parce qu’elle était montée trop haut et trop vite avant. Ni plus ni moins.

    Alors bien sûr, Trump apparaît comme l’élément déclencheur, mais sans ses interventions on aurait lu dans les médias que les bourses chutent à cause du prix du pétrole, de la FED, de la récolte de cacao ou de la guerre civile dans tel pays.

    Au final, la bourse fait ce qu’elle a à faire, le reste n’est qu’une tentative futile de rationnaliser quelque chose d’irrationnel, le besoin humain de chercher une explication à tout afin d’avoir une vague impression de contrôle.

    1. blank
      JérômeTop membre 🏅🗣️💬

      Tu as raison. Néanmoins je ne peux m’empêcher d’avoir cette vision : Trump derrière son écran en train de préparer des tweets débiles et un prête-nom de son camp juste à côté de lui en train de trader dans le sens ou à rebours du marché en fonction de la grosse de ce qu’il va sortir.

  5. blank
    dividindeTop membre 🏅🗣️💬

    Emmi a perdu environ 20% depuis son plus haut historique. La valorisation est toujours élevée, mais déjà beaucoup plus raisonnable. Bientôt le moment de repasser du côté des acheteurs?

    1. blank
      JérômeTop membre 🏅🗣️💬

      Toujours un peu cher pour moi, mais effectivement ça commence à aller du bon côté.
      Encore un peu de patience, de toute façon, on n’attrape pas un couteau qui tombe…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *