Investissement quantitatif : pourquoi les chiffres dominent

Dernière mise à jour : mars 2026

Le web financier regorge de commentaires qualitatifs sur les entreprises cotées : perspectives de croissance, compétences managériales, rumeurs de restructuration. Ces informations, souvent contradictoires et invérifiables, créent plus de bruit que de valeur pour l'investisseur. À l'opposé, l'investissement quantitatif s'appuie exclusivement sur des données mesurables, auditables et reproductibles.

Illustration d'un enquêteur à la loupe symbolisant l'approche quantitative en investissement : chercher les faits mesurables plutôt que les rumeurs

Après 25 ans d'investissement et une évolution progressive vers le value investing quantitatif, j'ai constaté qu'une approche basée sur des données factuelles mesurables produit des résultats supérieurs à long terme — et que cette supériorité est documentée par des décennies de recherche académique. Cet article constitue le hub conceptuel de ma philosophie d'investissement : pourquoi le quantitatif, quels ratios utiliser, comment les combiner, et comment y intégrer le momentum.

Le problème des analyses qualitatives

Des commentaires invérifiables

Sur les forums et réseaux sociaux financiers, on trouve typiquement :

  • "Les managers manquent d'expérience" ou "le management est vieillissant"
  • "L'entreprise a des développements prometteurs en R&D"
  • "Le secteur est très concurrentiel, les perspectives sont mauvaises"
  • "Il y a des rumeurs sérieuses sur la vente d'une filiale"
  • "C'est un scénario hypothétique mais assez probable"
  • "Le carnet de commandes est peu fourni, difficile d'en expliquer les raisons"

Le problème : ces affirmations restent au conditionnel, mélangent opinions et faits, et sont souvent contradictoires d'une source à l'autre. On demeure à un niveau très subjectif et hypothétique, avec un usage massif du "je pense", "j'imagine", "il me semble".

Ce qui pose surtout problème, c'est qu'on est très loin des faits. Au lieu de parler d'éléments tangibles et réels qui déterminent la valeur d'une entreprise, on tourne autour du pot sans jamais attaquer le problème de front. On perd son temps et on oublie que ce qui compte c'est d'acheter au meilleur prix par rapport à ce qui est connu et factuel.

L'illusion de la prédiction

Imaginer ce qui va se passer dans quelques mois ou années n'a rien de scientifique, même en utilisant le plus beau jargon financier. C'est de la spéculation. Les bénéfices fluctuent naturellement, le contexte sectoriel évolue, les managers changent. Il est très difficile, pour ne pas dire impossible, d'obtenir des résultats fiables par cette voie.

L'autre problème avec les analyses qualitatives, c'est qu'on perd la vision d'ensemble. On se focalise sur tel ou tel problème, telle ou telle nouveauté, mais on oublie de regarder l'entreprise comme un tout, avec son historique. Discuter à n'en plus finir sur les raisons de la baisse ou de la hausse des bénéfices du dernier exercice ne va pas changer la donne.

Warren Buffett intègre certes des variables qualitatives dans son approche, notamment sur le management. Mais la différence, c'est que ce génie de la finance, grâce aux moyens énormes qu'il possède et à son influence, peut avoir un impact significatif sur les gestionnaires. Il ne perd par ailleurs jamais de vue les aspects quantitatifs. Son approche est difficilement reproductible par le commun des investisseurs.

Pourquoi les chiffres sont plus fiables

Les données quantitatives présentent des avantages décisifs sur les analyses qualitatives :

  1. Objectivité : un P/E de 12 est un fait, pas une opinion
  2. Comparabilité : permet de mettre en concurrence des centaines d'entreprises simultanément
  3. Traçabilité : les résultats financiers sont auditables et vérifiables
  4. Historicité : analyse sur 5 à 10 ans pour identifier les tendances réelles
  5. Réplicabilité : méthodologie applicable systématiquement à tout univers d'actions

La preuve par les faits, il n'y a que ça. Si vous achetez à bon prix une entreprise de qualité selon des critères quantitatifs solides, vous n'avez rien à craindre si son carnet de commandes est moins fourni pendant quelques trimestres. De même, une entreprise avec un historique financier solide, surtout dans un secteur défensif, peut traverser quasiment n'importe quel changement de management. Tout ceci n'a pas d'importance tant que les résultats mesurables suivent.

La hiérarchie des ratios de valorisation

Tous les ratios ne se valent pas. La recherche académique — notamment les travaux d'O'Shaughnessy, Vanstraceele & du Toit, et Ibbotson — permet d'établir une hiérarchie claire basée sur la surperformance historique par rapport au marché.

Les chiffres de surperformance ci-dessous sont issus de backtests couvrant de longues périodes et de larges univers internationaux. Des écarts existent naturellement lorsqu'on restreint l'analyse à des marchés et des périodes spécifiques — comme mes propres backtests sur 20 ans pour les marchés suisse et français le montrent. Ces différences ne remettent pas en cause l'efficacité des ratios : elles reflètent simplement la réalité de tout exercice quantitatif, où les résultats varient selon le contexte géographique, la période étudiée et la taille des entreprises. La hiérarchie globale reste néanmoins cohérente.

Les ratios classiques (surperformance de 2 à 3 points/an)

Le PER (Price/Earnings Ratio) est le ratio le plus suivi. Il compare le cours d'un titre à ses bénéfices annuels nets par action. Acheter des entreprises à faible PER est une stratégie prouvée, mais principalement efficace sur les grandes capitalisations. Son talon d'Achille : les bénéfices sont manipulables comptablement et naturellement volatils. J'ai backtesté ce ratio sur 20 ans sur les marchés suisse et français — les résultats confirment son efficacité, avec des nuances importantes selon la taille des entreprises.

Le rendement en dividendes (Yield) a l'avantage d'être impossible à manipuler — il tombe directement dans votre portefeuille. Mais il souffre d'un suivi institutionnel massif qui réduit l'avantage informationnel, et les hauts rendements cachent souvent des entreprises en difficulté ("yield traps"). Le backtest sur les marchés franco-suisses révèle que les dividendes modérés et croissants surperforment systématiquement les hauts rendements.

Les ratios performants (surperformance de 4 à 7 points/an)

C'est là que les choses deviennent vraiment intéressantes. Ces ratios offrent un avantage structurel significatif par rapport aux deux précédents :

Le P/B (Price-to-Book) mesure le rapport entre le cours et la valeur comptable par action. Plus stable dans le temps que les bénéfices, il permet également de valoriser une entreprise temporairement déficitaire. Sa variante, le PTBV (Price-to-Tangible Book Value, qui exclut les intangibles et le goodwill), est légèrement plus robuste. Un P/B inférieur à 1.5 constitue un seuil d'attractivité, un PTBV inférieur à 1.5 encore davantage. J'ai documenté ses performances sur 20 ans en Suisse et en France — le ratio fonctionne quelle que soit la taille des entreprises.

Le P/S (Price-to-Sales) rapporte le cours au chiffre d'affaires. Les ventes sont moins sujettes aux manipulations comptables que les bénéfices et s'appliquent même aux entreprises temporairement déficitaires. Il fonctionne pour toutes les tailles d'entreprises. Un ratio inférieur à 1 est attractif, inférieur à 0.5 encore plus. Signal de vente utile au-delà de 3. Backtesté également sur 20 ans sur les marchés CH/FR.

Le P/FCF (Price/Free Cash Flow) divise le cours par le flux de trésorerie disponible par action. C'est l'indicateur le moins sujet aux manipulations comptables : le cash, ça ne ment pas (ou beaucoup moins que les bénéfices). Il est souvent considéré comme l'un des ratios les plus fiables, toutes tailles confondues. J'apprécie particulièrement les entreprises affichant un P/FCF inférieur à 10.

L'EBIT/EV et l'EBITDA/EV sont les ratios les plus sophistiqués de cette catégorie. En divisant un résultat opérationnel par la valeur d'entreprise (capitalisation + dette - cash), on obtient une image plus subtile que le simple PER : ces ratios permettent de comparer efficacement des entreprises ayant des structures de capital et des fiscalités différentes. Un EBIT/EV supérieur à 8% et un EBITDA/EV supérieur à 10% constituent de bons seuils d'attractivité. L'EBITDA/EV est considéré par certains chercheurs comme le facteur unique offrant le meilleur ratio de Sharpe. J'ai backtesté l'EBITDA/EV sur 20 ans — il identifie efficacement les actions sous-évaluées, surtout parmi les small caps.

Le FCF/EV est le plus performant des ratios uniques selon les backtests. En divisant le free cash flow par la valeur d'entreprise, on combine les avantages du cash (fiabilité) avec une prise en compte de la structure de capital. Un FCF/EV supérieur à 10% est particulièrement attractif.

Le tableau suivant synthétise la hiérarchie des ratios uniques, basée sur une moyenne de plusieurs backtests issus de la littérature académique :

RatioCe qu'il mesureSurperformance annuelleEfficace sur
FCF/EVCash généré / valeur totale+4 à +7 ptsToutes tailles
EBITDA/EVRésultat opérationnel / valeur totale+4 à +7 ptsToutes tailles
EBIT/EVRésultat avant intérêts+impôts / valeur totale+4 à +7 ptsToutes tailles
P/B (PTBV)Cours / valeur comptable+4 à +7 ptsToutes tailles
P/SCours / chiffre d'affaires+4 à +7 ptsToutes tailles
P/FCFCours / free cash flow+4 à +7 ptsToutes tailles
YieldDividende / cours+2 à +3 ptsGrandes caps
PERCours / bénéfice par action+2 à +3 ptsGrandes caps

Les indicateurs de qualité

La valorisation seule ne suffit pas. Une action bon marché peut l'être pour de très bonnes raisons : entreprise en voie de faillite, fraude comptable, disruption technologique. Les indicateurs de qualité servent à éliminer ces "value traps".

ROE et ROIC : des filtres binaires

Le ROE (Return on Equity) est l'un des ratios de qualité les plus suivis. Son efficacité est binaire plutôt que progressive : filtrer les entreprises à ROE négatif améliore la performance, mais sélectionner celles au ROE le plus élevé ne donne pas de meilleurs résultats — les secteurs très rentables sont aussi les plus concurrentiels.

Le ROIC (Return on Invested Capital) offre une mesure de qualité plus complète. Il est l'un des critères utilisés par l'équipe O'Shaughnessy pour filtrer les micro-caps. Comme le ROE, son efficacité est davantage binaire que progressive.

Le Piotroski F-Score : l'indicateur de qualité le plus performant

Le score de Piotroski est de loin la mesure de qualité qui offre les meilleurs résultats dans les backtests, avec une surperformance annuelle de 5 à 7 points pour les scores les plus élevés (et jusqu'à 7 points pour les small caps). Son avantage décisif : il évalue non seulement l'état d'une entreprise à un instant donné, mais surtout son évolution par rapport à l'année précédente.

Il attribue un score de 0 à 9 selon neuf critères regroupés en trois catégories :

Rentabilité (4 critères) : ROA positif, cash flow opérationnel positif, amélioration du ROA, cash flow opérationnel supérieur au ROA (signe de qualité des bénéfices).

Effet de levier et liquidité (3 critères) : réduction du ratio d'endettement long terme, amélioration du current ratio, absence d'émission de nouvelles actions.

Efficacité opérationnelle (2 critères) : amélioration de la marge brute, amélioration du taux de rotation des actifs.

Un score de 8 ou 9 signale une entreprise solide sur une tendance positive — exactement ce qu'on recherche, particulièrement sur les petites capitalisations délaissées par le marché. J'apprécie en priorité les scores de 8 et 9.

La puissance des indicateurs combinés

O'Shaughnessy a démontré que les sociétés sélectionnées sur la base de plusieurs ratios surclassent celles choisies selon un seul ratio 82% du temps. Combiner les ratios lisse les périodes de sous-performance propres à chaque indicateur pris isolément.

Le Value Composite (VC2) : la référence

Le Value Composite Two combine cinq ratios de valorisation (P/B, P/S, EBITDA/EV, P/CF, PER) auxquels s'ajoute le rendement actionnarial (dividendes + rachats d'actions). Chaque entreprise est classée par centile pour chaque ratio, puis les rangs sont agrégés. Les sociétés les plus sous-évaluées obtiennent un score de 1, les plus chères un score de 100.

Le VC2 produit une surperformance annuelle de 6 à 8 points par rapport au marché selon les différents backtests, avec un ratio de Sharpe supérieur aux autres variantes. C'est l'indicateur combiné de référence, mais il gagne à être complété par un filtre de qualité comme le Piotroski.

La Magic Formula de Greenblatt

La formule combine l'EBIT/EV (valorisation) et le ROIC (qualité). Simple et efficace, elle produit selon les backtests une surperformance de 6 à 8 points par an en moyenne. Elle fonctionne mieux sur les moyennes et grandes capitalisations. Son principal défaut : n'utiliser qu'un seul ratio de valorisation la rend moins robuste que le VC2.

L'ERP5 : un combinaison adaptée aux small caps

L'ERP5 est une extension de la Magic Formula qui ajoute le P/B (marge de sécurité) et le ROIC moyen sur 5 ans (qualité long terme). En combinant EBIT/EV + ROIC + ROIC 5 ans + P/B, on s'assure que l'entreprise est bon marché à la fois sur les bénéfices et sur la valeur comptable, et qu'elle est profitable à court et long terme. Selon ses auteurs, l'ERP5 a généré une surperformance de 10 points par an sur les small caps.

En résumé :

Indicateur combinéRatios utilisésSurperformanceIdéal pour
VC2P/B + P/S + EBITDA/EV + P/CF + PER + rendement actionnarial+6 à +8 ptsToutes tailles
Magic FormulaEBIT/EV + ROIC+6 à +8 ptsMoyennes/grandes caps
ERP5EBIT/EV + ROIC + ROIC 5 ans + P/B+10 pts (small caps)Micro/small caps

Le momentum : le filtre complémentaire indispensable

L'investisseur value traditionnel cherche les titres malmenés et attend que le marché les réévalue. C'est une approche valide sur 3 à 5 ans. Mais à plus court terme, sur un horizon de 6 à 18 mois, c'est l'effet momentum qui prédomine — et il est documenté par une masse considérable de recherches académiques.

Le momentum mesure la progression du cours sur une période donnée (typiquement 6 ou 12 mois). Son intérêt principal : il filtre les "couteaux qui tombent". Un titre qui vient de perdre 30% peut paraître attractif selon les ratios fondamentaux, mais si sa trajectoire est baissière, le marché n'a peut-être pas encore intégré toutes les mauvaises nouvelles. Le momentum résout ce problème.

Associé aux ratios de valorisation et de qualité, le momentum produit une surperformance supplémentaire de 9 à 12 points par an selon les différents backtests. C'est particulièrement vrai pour les micro-capitalisations de valeur. La combinaison optimale consiste à sélectionner d'abord les entreprises sous-évaluées de qualité, puis à retenir parmi elles celles dont le cours est en progression sur 3 et 6 mois, avec confirmation sur 12 mois.

Attention : le momentum seul augmente la volatilité. C'est précisément pourquoi il doit intervenir après les filtres fondamentaux, et non à leur place.

L'avantage spécifique des micro-capitalisations

La combinaison qualité + valeur + momentum fonctionne sur tous les marchés, mais produit ses meilleurs résultats sur les micro-capitalisations (entre 50 et 200 millions de dollars de capitalisation). Plusieurs raisons structurelles expliquent cet avantage :

Les micro-caps sont ignorées par les institutionnels — leurs milliards à investir ne peuvent pas entrer et sortir de ces positions sans impacter massivement le cours. L'investisseur individuel n'a pas ce problème. Mieux : il bénéficie d'un avantage concurrentiel réel sur les gros acteurs.

Elles sont peu couvertes par les analystes, ce qui crée des inefficiences de marché exploitables. Une entreprise suivie par 50 analystes a peu de chances d'être durablement mal valorisée. Une micro-cap suivie par zéro analyste peut l'être pendant des mois.

Leur illiquidité relative est paradoxalement une source de rendement : les titres illiquides surperforment le marché de +4 points par an en moyenne, avec moins de volatilité. Les titres liquides de petites capitalisations (très tradés) sous-performent. Ce sont les illiquides qu'il faut cibler.

En cumulant taille, valeur, qualité et momentum sur les micro-caps, les backtests documentent une performance annuelle réelle de l'ordre de 18 à 20% — soit environ 10 points au-dessus du marché.

Ma propre évolution vers le quantitatif

De 2010 à 2017, j'ai pratiqué une approche dividend growth, sélectionnant des "aristocrates du dividende" sur des critères en partie qualitatifs : secteur défensif, marque reconnue, histoire et perspectives de croissance. Les résultats étaient corrects mais pas systématisables ni reproductibles à grande échelle.

À partir de 2017, j'ai progressivement adopté une stratégie quantitative pure : screening automatisé sur plusieurs critères financiers objectifs, élimination complète du biais émotionnel, rééquilibrage mécanique régulier sans interprétation.

Résultat : performance plus stable, moins de temps passé en analyse, décisions plus sereines, et beaucoup moins de stress à lire l'actualité et les commentaires qualitatifs des forums.

Les limites du tout quantitatif

L'approche quantitative n'est pas infaillible. Il existe des situations où la qualité compte réellement :

  • Fraude comptable : les chiffres sont truqués (Wirecard, Enron). La diversification est la principale protection.
  • Disruption technologique majeure : changement de paradigme non encore reflété dans les chiffres historiques (Kodak face au numérique).
  • Changement réglementaire radical : interdiction soudaine d'une activité.

Solution : diversifier suffisamment — idéalement une quarantaine de positions ou plus si les frais de courtage le permettent. Avec une diversification adéquate, même 2 ou 3 entreprises sur 40 en grandes difficultés n'impactent le portefeuille qu'à hauteur de 5 à 7%.

Pour l'investisseur individuel sans accès privilégié à l'information qualitative fiable et sans influence sur les décisions managériales, l'analyse quantitative reste le meilleur compromis entre rigueur et efficacité.

Utiliser un screener pour mettre en pratique

Je vous renvoie à mon article sur l'utilisation d'un screener boursier pour mettre en place concrètement une analyse quantitative. L'essentiel est de construire un processus reproductible que vous appliquez de manière disciplinée, sans vous laisser influencer par le bruit médiatique. J'y mentionne également quelques outils gratuits et payants disponibles.

Conclusion

L'investissement quantitatif repose sur une hiérarchie claire : les ratios uniques (FCF/EV, EBITDA/EV, EBIT/EV en tête) surperforment les ratios classiques. Les indicateurs combinés (VC2, ERP5) surperforment les ratios uniques. La qualité (Piotroski) combinée à la valeur surperforme chacune prise isolément. Et le momentum amplifie tout cela, en particulier sur les micro-capitalisations.

En construisant votre stratégie sur ces données factuelles plutôt que sur des spéculations qualitatives, vous éliminez le bruit médiatique et vous concentrez sur ce qui détermine réellement la valeur d'une entreprise. Cette approche factuelle, progressivement adoptée au cours de mes 25 années d'investissement, m'a permis d'atteindre la liberté financière avec une stratégie systématique, réplicable et sereine.

Les chiffres ne mentent pas. Les commentaires qualitatifs, si.

Questions fréquentes

Quel est le meilleur ratio unique pour sélectionner des actions value ?

Selon les différents backtests académiques, le FCF/EV ressort comme le ratio unique le plus performant avec une surperformance annuelle de 4 à 7 points par rapport au marché. L'EBITDA/EV et l'EBIT/EV offrent des résultats similaires. Ces ratios incluant la dette dans l'équation (via la valeur d'entreprise) sont structurellement supérieurs aux ratios basés uniquement sur le prix de l'action.

Vaut-il mieux combiner plusieurs ratios ou se concentrer sur un seul ?

Plusieurs ratios valent mieux qu'un seul. O'Shaughnessy a démontré que les approches combinées surclassent les ratios uniques 82% du temps. Les indicateurs composites comme le VC2 ou l'ERP5 lissent les périodes de sous-performance propres à chaque ratio pris isolément. Entre 5 et 12 critères constituent un bon équilibre — en dessous de 5 le modèle manque de robustesse, au-delà de 15 on crée de l'over-fitting.

L'analyse quantitative fonctionne-t-elle sur tous les marchés ?

Elle fonctionne mieux sur les marchés développés (États-Unis, Europe, Suisse, Japon) avec des données fiables et des normes comptables strictes. Plus délicat sur les marchés émergents où la qualité et la fiabilité des données comptables peuvent être douteuses. Sur les marchés franco-suisses en particulier, mes backtests sur 20 ans confirment l'efficacité des principaux ratios.

Peut-on combiner analyse quantitative et qualitative ?

Oui, en gardant le quantitatif comme filtre principal. Les critères qualitatifs peuvent intervenir pour départager deux entreprises aux métriques similaires, pas comme critère de sélection initial. Le quantitatif doit représenter au minimum 80% du processus de décision.

Que faire si les ratios se dégradent pour une position détenue ?

Si la dégradation est ponctuelle (un trimestre difficile), il est généralement préférable de garder la position. Si elle est structurelle (3 à 4 trimestres consécutifs de détérioration des métriques clés), il convient de vendre lors du prochain rééquilibrage. L'objectif est d'éviter les réactions émotionnelles immédiates — c'est précisément là que l'approche mécanique protège.

Quelle est la différence entre le Piotroski F-Score et le Value Composite ?

Ce sont deux outils complémentaires. Le Piotroski F-Score mesure la qualité d'une entreprise (rentabilité, solidité financière, efficacité opérationnelle et leur évolution dans le temps). Le Value Composite mesure la valorisation (est-ce que l'action est bon marché par rapport à ses fondamentaux ?). Les meilleurs résultats s'obtiennent en les combinant : Piotroski pour filtrer les entreprises de qualité, VC2 ou ERP5 pour s'assurer qu'elles sont attractivement valorisées.

Sources et données

  • O'Shaughnessy, J. — What Works on Wall Street, McGraw-Hill, 2011
  • Vanstraceele, P. & du Toit, T. — Quantitative Value Investing in Europe: What works for achieving alpha, 2014
  • Ibbotson, R.G. & Hu, W.Y. — Liquidity Styles and Strategies in U.S., International, and Global Markets, 2011
  • Greenblatt, J. — Le Petit Livre qui bat le marché, Editions Gutenberg, 2006
  • Gray, W.R. & Carlisle, T.E. — Quantitative Value, Wiley Finance, 2013
  • Novy-Marx, R. — The Other Side of Value: The Gross Profitability Premium, 2012
  • Stanhope, E. (OSAM) — Microcaps: Factor Spreads, Structural Biases, and the Institutional Imperative, 2017
  • Fat Pitch Financials — backtests P/B, P/S, P/FCF, FCF/EV, Piotroski, ROIC
  • Rousseau, J. — Les Déterminants de la Richesse, disponible sur Amazon

En savoir plus sur dividendes

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12 réflexions sur “Investissement quantitatif : pourquoi les chiffres dominent”

  1. D’où la proposition de Buffet pour l’investisseur lambda ayant peu de temps à consacrer à l’analyse et la recherche de titres et s’y connaissant peu en finance: acheter un fond indiciel sans se poser plus de questions, et y investir régulièrement pour lisser le prix moyen. Avec le temps, ces entreprises, tout comme l’indice, tendent à croître et notre portefeuille aussi.

    1. JérômeTop membre 🏅🗣️💬

      Oui c’est un bon compromis pour l’investisseur lambda ou débutant. Pour l’investisseur avancé c’est aussi un bon moyen de diversifier un segment de portefeuille. Mais les ETFs ne sont pas la panacée. A partir d’une certaine taille de portefeuille il devient nécessaire d’investir dans de vraies actions afin de ne pas être trop exposé aux ETFs. La plupart des ETFs ont un biais vers les grosses capitalisations (cap-weighted) et pratiquent la prêt de titre (securities lending) pour diminuer artificiellement leurs frais de gestion. Sans compter qu’ils maintiennent sous perfusion des entreprises aux bilans et résultats discutables.

  2. dividinde🏅 Membre 5 ans 🗣️💬

    Jérôme : Peut-être seras-tu intéressé à regarder de plus près Alfa Laval (Suède)? 🙂

      1. dividinde🏅 Membre 5 ans 🗣️💬

        Non, pas plus d’infos, c’est un titre que j’ai placé dans ma watchlist sur la base de ses fondamentaux.

      2. dividinde🏅 Membre 5 ans 🗣️💬

        Désolé mais je pense que ça va être difficile ces prochains temps. Je reviens tout juste de Majorque, je retourne demain au boulot et je déménage bientôt donc le peu de temps libre qui va rester sera consacré aux cartons… Je vais essayer de poster sporadiquement un petit commentaire mais je ne veux pas promettre plus et ensuite ne pas m’y tenir.

      3. JérômeTop membre 🏅🗣️💬

        Pas de souci! Et surtout bon courage pour ton déménagement et profite de ton nouveau statut de propriétaire !

  3. dividinde🏅 Membre 5 ans 🗣️💬

    Je me prends la tête avec l’entreprise de croisières Carnival… Les fondamentaux ne sont certes pas extraordinaires mais plus que corrects et j’ai du mal à comprendre pourquoi le cours pointe au sud depuis deux ans. Le dividende est également excellent et ne semble pas en danger. As-tu une explication, maître?

    1. JérômeTop membre 🏅🗣️💬

      Il y a problème de FCF à cause de dépenses en capital assez importantes (127% du bénéfice en moyenne), en plus d’un endettement assez important (taux d’endettement à long terme par rapport aux actifs 18% – en hausse), même si le ratio debt/equity est raisonnable (0.42). Si on regarde la valorisation par rapport aux bénéfices, on se dit que c’est une occase, avec un PER courant de 9.5. Par contre si on regarde par rapport au FCF on grimpe déjà à 16.70. Pire, si on utilise la valeur d’entreprise plutôt que la capitalisation pour comparer au FCF (ratio EV/FCF), on monte à 21.89. Par rapport au dividende, même problème : il semble nettement en sécurité par rapport aux bénéfices (payout de 42%), mais plus délicat par rapport au FCF (payout de 73%).
      Conséquence de ce problème de FCF et d’endettement, les réserves de liquidités sont à la ramasse, avec un current ratio de 0.24 et un quick ratio de 0.19. Difficultés de paiement en vue.
      Notons encore que le recours à l’endettement a représenté ces cinq dernières années un retour négatif moyen par annéee pour l’actionnaire de -1.44%.
      Enfin (et je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas dit en premier), c’est un couteau qui tombe !
      Mis-à-part cela il y a quelques belles choses, comme la marge brute, la marge nette, les frais généraux corrects et un score de Piotroski de 8! Ceci montre que les fondamentaux sont en cours d’amélioration…
      Voilà frérot !

      1. dividinde🏅 Membre 5 ans 🗣️💬

        Merci frérot pour ces précisions très pertinentes qui me font apparaître cette entreprise sous une toute autre lumière.

        Tu es un phare dans les méandres et les ténèbres de la bourse! 🙂

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