Rebalancing de portefeuille : guide complet 2025

Article original rédigé par dividinde en mai 2019, mis à jour par mes soins en décembre 2025

Le rebalancing (ou rééquilibrage de portefeuille) est une stratégie qui consiste à ajuster périodiquement la pondération des différentes classes d'actifs pour revenir à votre allocation cible. Cette approche disciplinée permet de réduire la volatilité de votre portefeuille tout en maintenant le niveau de risque initialement souhaité.

Illustration du rebalancing de portefeuille montrant une balance en équilibre avec actions et obligations, symbolisant le rééquilibrage périodique pour maintenir l'allocation d'actifs cible

Si vous visez par exemple un portefeuille de 60% d'actions et 40% d'obligations, mais que la surperformance boursière a porté votre allocation à 70/30, le rebalancing consiste à vendre une partie de vos actions pour racheter des obligations et revenir à 60/40.

Qu'est-ce que le rebalancing et comment fonctionne-t-il ?

Le rebalancing se différencie clairement de deux autres stratégies d'investissement :

  • Buy and hold : conserver ses positions sans y toucher une fois acquises
  • Market timing : tenter de prédire les mouvements futurs du marché

Le rebalancing ne cherche pas à anticiper le marché. Il s'agit simplement de corriger mécaniquement les dérives d'allocation causées par les mouvements passés du marché. Cette approche vous permet naturellement de vendre haut et acheter bas, une stratégie anticyclique qui s'avère payante sur le long terme.

Concrètement, vous achèterez plus d'actions pendant un marché baissier (bear market) que pendant un marché haussier (bull market), optimisant ainsi vos points d'entrée sans avoir à prédire l'évolution future des cours.

Avantages et inconvénients du rebalancing

Comme toute stratégie d'investissement, le rebalancing présente des avantages et des limites qu'il est essentiel de comprendre avant de l'adopter.

Les avantages principaux

  • Réduction du risque de concentration : empêche une position de devenir trop importante et dangereuse pour votre portefeuille
  • Lissage des résultats : diminue la volatilité globale du portefeuille
  • Approche mécanique : limite l'impact des émotions sur vos décisions d'investissement
  • Discipline d'investissement : force à vendre haut et acheter bas de manière systématique

Les inconvénients à considérer

  • Frais de transaction supplémentaires : chaque rééquilibrage génère des coûts de courtage et potentiellement des impacts fiscaux
  • Limitation des gagnants : risque de brider la croissance de vos meilleures positions
  • Choix arbitraire de la fréquence : faut-il rééquilibrer annuellement, trimestriellement ou selon un seuil de déviation (5% ou 10%) ? Cette décision a un impact significatif sur les résultats
  • Exposition accrue aux perdants : racheter systématiquement des actifs en baisse peut amplifier les pertes si leur déclin se poursuit

Deux types de rebalancing : ne pas confondre

Il est crucial de distinguer deux approches fondamentalement différentes du rebalancing, qui ne produisent pas les mêmes résultats.

Rebalancing entre classes d'actifs

Je suis convaincu que les avantages l'emportent largement sur les inconvénients pour le rééquilibrage entre classes d'actifs différentes (actions, obligations, immobilier, matières premières, etc.). Cette approche mécanique permet de limiter l'impact de nos émotions et de réduire efficacement la volatilité du portefeuille.

Sans rebalancing, la surperformance historique des actions sur les obligations entraîne une dérive progressive de votre allocation. Vanguard a calculé qu'un portefeuille composé en 1926 de 50% d'actions internationales et 40% d'obligations aurait contenu 97% d'actions en 2014 sans rééquilibrage (en réinvestissant dividendes et coupons). Une concentration extrême, même pour un investisseur agressif.

Dans cette étude, le portefeuille non rééquilibré a affiché un rendement annualisé de 8.9% contre 8.1% pour le portefeuille rééquilibré annuellement. Mais cette légère surperformance s'est accompagnée d'une volatilité bien plus élevée : 13.2% contre 9.9% annualisé.

Conclusion des recherches : le rééquilibrage entre classes d'actifs réduit légèrement la performance brute mais diminue fortement la volatilité. Le rendement ajusté au risque (ratio de Sharpe) s'améliore nettement.

Rebalancing à l'intérieur d'une classe d'actifs

Mon avis diverge radicalement concernant le rebalancing pratiqué à l'intérieur d'une même classe d'actifs. Je trouve cette approche souvent contreproductive.

Vendre systématiquement vos positions gagnantes (actions qui ont surperformé) pour augmenter le poids de vos actions à la traîne revient à vous tirer une balle dans le pied. Cela va à l'encontre du principe fondamental : « couper court ses pertes et laisser courir ses positions gagnantes ».

Vente sélective, oui. Vente systématique, non ! Vendre une position uniquement parce qu'elle a gagné de la valeur ne me semble pas judicieux.

Si des actions de qualité comme Nestlé, Geberit, Givaudan, Lonza ou Schindler doublent et que leurs fondamentaux restent solides, aucune raison de les vendre (totalement ou partiellement). Une action qui a doublé peut parfaitement continuer sa progression.

De plus, alléger une position sous le seul prétexte que son cours s'est apprécié revient à laisser le marché dicter vos décisions, plutôt que d'agir selon votre propre analyse fondamentale.

Les exceptions justifiant une vente

Certaines situations justifient toutefois un rééquilibrage sélectif :

  • Surreprésentation de positions spéculatives : actions cycliques, bancaires ou technologiques devenues trop importantes (ces secteurs plus volatils méritent une surveillance accrue)
  • Surévaluation flagrante : une action de qualité devenue grotesquement surévaluée selon vos critères d'analyse
  • Concentration excessive : une position représentant par exemple 15% du portefeuille alors que votre seuil maximal est de 5% (risque de concentration)

Dans ces cas, réduire le poids du titre fait sens pour limiter votre exposition au risque et respecter vos règles de diversification.

Ma stratégie personnelle : le rebalancing « soft »

J'applique une approche que j'appelle le rebalancing passif ou « soft » : réinvestir mes dividendes dans des actions que je ne possédais pas encore ou qui sont sous-représentées dans mon portefeuille.

Cette méthode permet de plafonner mécaniquement le poids relatif de vos plus grosses positions sans avoir à les vendre. Vous bénéficiez ainsi :

  • D'un effet de rééquilibrage progressif
  • Sans frais de transaction sur les ventes
  • Sans impact fiscal potentiel lié aux plus-values
  • Tout en conservant vos positions gagnantes

C'est ce que j'appelle avoir le beurre et l'argent du beurre.

Recommandations pratiques pour les investisseurs autonomes

Si vous gérez votre portefeuille vous-même (contrairement aux mandats bancaires qui rééquilibrent automatiquement), voici mes recommandations :

Pour le rebalancing entre classes d'actifs :

  • Définissez une fréquence fixe (annuelle ou semestrielle) ou un seuil de déviation (5-10%)
  • Privilégiez le rééquilibrage annuel pour limiter les frais
  • Utilisez les nouveaux apports pour rééquilibrer avant de vendre

Pour le rebalancing intra-classe d'actifs :

  • Évitez les ventes systématiques de vos gagnants
  • Réinvestissez vos dividendes dans les positions sous-représentées
  • Ne vendez que si la valorisation devient excessive ou si une position dépasse largement votre seuil de concentration
  • Conservez vos actions de qualité tant que les fondamentaux restent solides

Foire aux questions (FAQ)

À quelle fréquence faut-il rééquilibrer son portefeuille ?

La fréquence optimale dépend de votre situation. Un rééquilibrage annuel représente un bon compromis entre efficacité et frais de transaction. Certains investisseurs préfèrent une approche basée sur des seuils (rééquilibrer dès qu'une classe d'actifs dévie de 5-10% de sa cible). L'essentiel est de choisir une méthode et de s'y tenir avec discipline.

Le rebalancing est-il obligatoire pour un portefeuille d'ETF ?

Non, mais c'est fortement recommandé pour les portefeuilles multi-classes d'actifs (actions/obligations). Si vous investissez uniquement en ETF actions monde, le rebalancing interne est déjà géré par l'ETF. En revanche, si vous détenez plusieurs ETF représentant différentes classes d'actifs, le rééquilibrage entre ces ETF reste pertinent.

Faut-il rééquilibrer pendant un krach boursier ?

Oui, c'est même le moment idéal ! Un krach fait baisser mécaniquement votre exposition actions. Le rebalancing vous force alors à racheter des actions « en solde », appliquant le principe fondamental d'acheter bas. C'est précisément dans ces moments que la discipline mécanique du rebalancing montre sa valeur, en vous protégeant de vos émotions.

Quels sont les frais typiques d'un rebalancing ?

Les frais dépendent de votre courtier. Avec les courtiers modernes comme Interactive Brokers, DEGIRO ou Trade Republic, les frais sont minimes (souvent 1-5€ par transaction). Pour un portefeuille de 100'000 CHF rééquilibré une fois par an avec 4-5 transactions, comptez 10-25 CHF de frais annuels. L'impact fiscal des plus-values peut être plus significatif selon votre pays de résidence.

Peut-on automatiser le rebalancing ?

Oui, partiellement. Les roboadvisors comme Viac (Suisse) ou Yomoni (France) rééquilibrent automatiquement votre portefeuille. Certains courtiers proposent aussi des options de rééquilibrage automatique. Pour les investisseurs autonomes, vous pouvez créer un rappel calendrier annuel et suivre une checklist systématique de rééquilibrage.

Conclusion

Le rebalancing de portefeuille est une stratégie nuancée qui mérite d'être appliquée intelligemment. Mon approche recommandée :

Pratiquez le rebalancing entre classes d'actifs (actions/obligations/immobilier) pour maintenir votre profil de risque et réduire la volatilité. Les bénéfices en termes de rendement ajusté au risque sont démontrés.

Soyez sélectif dans le rebalancing intra-classe. Conservez vos positions gagnantes tant qu'elles restent fondamentalement solides. Ne vendez que pour des raisons valables (surévaluation, sur-concentration, détérioration des fondamentaux).

Et n'oubliez pas la stratégie du rebalancing passif : réinvestir vos dividendes dans vos positions sous-représentées. Simple, efficace, et sans frais de vente.




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2 réflexions sur “Rebalancing de portefeuille : guide complet 2025”

  1. Merci dividinde pour cet article complet et intéressant.
    Cela fait longtemps que je pratique aussi ce que tu appelles le rebalancing entre classes d’actifs.
    Je l’applique d’ailleurs dans mon allocation d’actifs : https://www.dividendes.ch/allocation-dactifs/
    Je pense aussi que le rebalancing à l’intérieur d’une classe d’actifs ne fait aucun sens puisque là d’autres critères sont en jeu, en particulier des aspects fondamentaux pour les actions.

    Pour aller plus loin sur le sujet je conseille ma série d’articles sur la diversification :
    https://www.dividendes.ch/2017/08/comment-diversifier-son-portefeuille-pour-se-prevenir-des-risques-de-marche-120/

    et aussi dans une certaine mesure cet article qui parle aussi des pondérations actions/obligations dans un portefeuille :
    https://www.dividendes.ch/2019/02/vivre-exclusivement-des-dividendes-ou-bouffer-son-capital/

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