Dernière mise à jour : décembre 2025
L'allocation d'actifs constitue la pierre angulaire d'une stratégie d'investissement réussie. Aujourd'hui, nous inaugurons une nouvelle série d'articles consacrée à l'analyse approfondie de différentes stratégies d'allocation d'actifs. Notre évaluation ne se limitera pas uniquement aux performances, mais intégrera également une étude détaillée des risques associés, de la volatilité et de la pérennité financière sur le long terme.

Dans mon ouvrage "Les déterminants de la Richesse", j'ai déjà procédé à l'examen minutieux de nombreux portefeuilles d'investissement. Pour cette série, plutôt que de réexaminer l'ensemble de ces portefeuilles, nous nous concentrerons d'abord sur les stratégies les plus réputées, avant d'explorer des approches plus innovantes et moins conventionnelles.
La prolifération des ETFs
Je saisirai cette occasion pour aborder le sujet des ETFs (fonds négociés en bourse), qui constituent les différentes classes d'actifs au sein des portefeuilles d'investissement. Leur croissance est tout simplement spectaculaire. Fin 2024, le marché mondial des ETFs représente environ 13.8 billions de dollars d'actifs sous gestion, avec plus de 9.500 ETFs disponibles à travers le monde. Cette industrie connaît une croissance annuelle moyenne de 20% depuis 2008, et rien qu'en 2024, les flux entrants ont dépassé 1.67 billion de dollars.
Cette prolifération rend la navigation dans l'univers des ETFs de plus en plus complexe. Pour mettre les choses en perspective, il existe désormais environ un ETF pour quatre entreprises cotées sur les marchés boursiers mondiaux. On observe ici un paradoxe saisissant : ces instruments financiers, initialement conçus pour simplifier l'investissement en consolidant l'offre, finissent par créer une fragmentation contre-productive du marché.
Parmi les tendances marquantes de 2025, nous observons également une montée en puissance des ETFs actifs, dont les actifs sous gestion ont progressé de 52% pour atteindre 1.03 billion de dollars. Les ETFs thématiques (intelligence artificielle, cybersécurité, énergies renouvelables) connaissent aussi un engouement considérable auprès des investisseurs.
L'importance de l'allocation d'actifs
Pourquoi parler des portefeuilles ? N'est-il pas plus important de se focaliser sur les actions individuelles ou alors directement d'investir dans un ETF qui constitue déjà, en tant que tel, un portefeuille ?
Avant toute chose, il convient de respecter le principe fondamental de la diversification, comme le souligne la sagesse populaire : "Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier". À titre d'illustration, un portefeuille composé uniquement d'une vingtaine de valeurs d'entreprises suisses ne saurait être considéré comme véritablement diversifié. La problématique ne réside pas tant dans le nombre de titres détenus, mais plutôt dans la double concentration des risques : d'une part, sur une unique classe d'actifs (les actions) et d'autre part, sur une seule zone géographique. Cette approche monolithique expose l'investisseur à une vulnérabilité excessive face aux aléas du marché.
Les risques liés à la concentration
Par ailleurs, il convient de noter que la détention d'un ETF unique, même hautement diversifié, n'est pas exempte de risques. Prenons pour illustration le cas de GAL, géré par SPDR (SSGA). Sa composition actuelle se répartit comme suit : un tiers en actions américaines, un quart en actions internationales (hors États-Unis), un tiers en obligations et le solde en liquidités. La composition intrinsèque de cet ETF n'est pas problématique en soi. Au contraire, elle présente même un niveau de diversification tout à fait appréciable pour un instrument de ce type.
La problématique majeure réside dans la concentration excessive du portefeuille sur un unique ETF. Bien que l'émetteur SSGA jouisse d'une solide réputation, il serait imprudent d'écarter complètement les risques de fraude ou de défaillance de contrepartie. L'histoire financière récente nous a démontré, à maintes reprises, que même les institutions financières les plus prestigieuses et apparemment inébranlables peuvent connaître des revers dramatiques. Par conséquent, il s'avère peu judicieux d'investir une part substantielle de son capital dans un seul ETF, exception faite des investisseurs débutants disposant d'un patrimoine modeste, pour qui cette approche peut constituer un point de départ pragmatique dans leur parcours d'investissement.
La maîtrise de la volatilité
La seconde raison majeure de porter une attention particulière à l'allocation de ses actifs réside dans la maîtrise de la volatilité. Cette dernière est intrinsèquement liée à une diversification judicieuse et méthodique des éléments constitutifs du portefeuille d'investissement. Bien que la performance demeure un critère essentiel, elle ne peut être considérée comme l'unique facteur décisionnel.
Si tel était le cas, les investisseurs concentreraient exclusivement leurs placements sur le bitcoin, dont le rendement annuel moyen excède les 100%. À un tel taux de rentabilité, chacun accéderait rapidement à la fortune. Si cette stratégie n'est pas universellement adoptée, c'est qu'elle comporte des risques significatifs qu'il convient de prendre en considération.
Les trois dimensions du risque de volatilité
1. L'impact psychologique sous-estimé
Même lorsque nous nous estimons psychologiquement solides, nous avons généralement tendance à minimiser considérablement l'influence des fluctuations boursières sur notre état émotionnel et, par conséquent, sur notre capacité à prendre des décisions rationnelles. Il s'avère particulièrement délicat de maintenir son sang-froid face aux variations des marchés financiers, car nous sommes naturellement enclins à nous enthousiasmer excessivement devant les fortes hausses et, à l'inverse, à céder à la panique lors des baisses significatives.
2. L'imprévisibilité des marchés
De plus, l'avenir demeure, par essence, imprévisible. Bien que le Bitcoin ait connu une ascension spectaculaire durant la dernière décennie, nul ne peut prédire avec certitude son évolution future. Cette cryptomonnaie pourrait poursuivre sa croissance remarquable lors des dix prochaines années, maintenir une certaine stabilité, ou au contraire, connaître un déclin significatif qui la ramènerait à ses valeurs initiales. La prudence et la perspective à long terme restent donc de mise face à ces incertitudes inhérentes aux marchés financiers.
3. Le risque de séquence des rendements
Enfin, comme je le développe en détail dans mon ouvrage, la volatilité constitue un risque majeur intrinsèque, particulièrement durant la phase de retrait du capital. Une allocation d'actifs trop exposée aux investissements hasardeux et présentant une diversification inadéquate peut compromettre sérieusement la pérennité financière et entraîner une insuffisance de ressources à un moment critique. Cette vulnérabilité doit être anticipée et gérée avec la plus grande attention dans toute stratégie d'investissement à long terme.
Par conséquent, une diversification judicieuse des classes d'actifs au sein d'un portefeuille s'avère indispensable, permettant ainsi de maîtriser et d'atténuer efficacement l'ensemble de ces risques financiers.
Les principales classes d'actifs
Pour construire un portefeuille véritablement diversifié, il est essentiel de comprendre les différentes classes d'actifs disponibles et leurs caractéristiques spécifiques. Voici un aperçu des options principales :
- Actions des pays développés : Offrent un potentiel de croissance élevé avec une volatilité relativement modérée.
- Actions des marchés émergents : Présentent un potentiel de rendement assez élevé avec une volatilité accrue. Ces marchés représentent les économies en forte croissance.
- Obligations d'État : Constituent une classe d'actifs défensive, mais pas exempte de risques.
- Obligations d'entreprises : Offrent un rendement supérieur aux obligations d'État avec un risque légèrement plus élevé.
- Matières premières : L'or et les autres métaux précieux servent de protection contre l'inflation et les crises systémiques.
- Immobilier (REITs) : Permettent une exposition au secteur immobilier avec la liquidité d'un titre coté en bourse.
Questions fréquentes
Pourquoi ne pas investir uniquement dans le meilleur ETF du moment ?
Cette approche présente deux problèmes majeurs. Premièrement, il est impossible de prédire quel ETF sera le plus performant à l'avenir. Les performances passées ne garantissent jamais les résultats futurs. Deuxièmement, même le meilleur ETF subit des périodes de sous-performance. Une diversification entre plusieurs classes d'actifs permet de lisser ces variations et de réduire le risque global du portefeuille.
Combien d'ETFs devrait contenir un portefeuille diversifié ?
Il n'existe pas de réponse universelle, mais généralement, un portefeuille bien diversifié peut être construit avec 4 à 8 ETFs couvrant différentes classes d'actifs et zones géographiques. Au-delà de ce nombre, les bénéfices de la diversification diminuent tandis que la complexité de gestion augmente. L'objectif est de trouver l'équilibre optimal entre diversification et simplicité.
Quelle est la différence entre allocation d'actifs et diversification ?
La diversification consiste à répartir ses investissements entre plusieurs titres pour réduire le risque spécifique. L'allocation d'actifs va plus loin en déterminant la répartition stratégique entre différentes classes d'actifs (actions, obligations, matières premières...). C'est l'allocation d'actifs qui détermine environ 90% de la performance et du risque d'un portefeuille sur le long terme.
Les ETFs sont-ils adaptés pour la phase de retrait du capital ?
Absolument. Les ETFs offrent plusieurs avantages durant la phase de retrait : liquidité quotidienne, frais réduits, transparence et facilité de rééquilibrage. Toutefois, l'allocation d'actifs devient encore plus critique à ce stade, car le risque de séquence des rendements peut compromettre la pérennité du capital.
Suite de la série
Notre prochain article sera consacré à une analyse approfondie des ETFs (fonds négociés en bourse). Même si vous privilégiez l'investissement direct en actions, obligations, or ou immobilier, il est pertinent de s'intéresser à ces instruments financiers. En effet, la majorité d'entre eux répliquent des indices et représentent ainsi différentes classes d'actifs. Cette caractéristique en fait des outils précieux pour optimiser la structuration d'un portefeuille d'investissement, que l'on choisisse ou non de les intégrer dans notre stratégie finale.
Sources et données
Les statistiques et données présentées dans cet article proviennent des sources suivantes :
- Statista - Worldwide ETF Assets Under Management
- EY Global - ETF Trends 2025
- Tidal Financial Group - 2024 ETF Year in Review
- PwC - ETFs 2029: The Path to $30 Trillion
- State Street Global Advisors - Why ETF Growth is Booming
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Contenu très pertinent et utile, comme toujours. Vivement l’article suivant…Merci !
Merci Patience. L’article suivant (sur les ETFs) est déjà bien avancé. Il nécessite encore quelques jours de travail, car plus j’avance sur le sujet, plus il soulève de questions secondaires.