Pourquoi j’ai abandonné les dividendes et ce que je fais maintenant

Dernière mise à jour : février 2026

Mon site s'appelle dividendes.ch. Pendant 17 ans, j'ai investi dans les aristocrates des dividendes. J'ai construit mon indépendance financière avec cette stratégie.

Et aujourd'hui, je ne l'utilise plus.

Pire : dans mon livre "Les Déterminants de la Richesse", j'explique pourquoi les dividendes ne sont pas la meilleure approche pour atteindre le FIRE.

Illustration comparant deux chemins vers l'indépendance financière : la stratégie dividendes (plus longue et fiscalement inefficiente) versus le value investing quantitatif (plus efficace après impôts)

Pourquoi en parler maintenant, alors que j'ai changé de stratégie en 2017 ? Parce que je reçois encore régulièrement des questions sur "ma stratégie dividendes". Parce que mon nom de domaine crée une confusion. Et surtout, parce qu'il est temps d'assumer publiquement cette évolution.

Comment en suis-je arrivé là ? Laissez-moi vous raconter mon parcours — et pourquoi il pourrait changer votre façon d'investir.

Phase 1 : Pourquoi j'étais devenu 100% dividendes (2000-2017)

Le baptême du feu

J'ai commencé à investir en 2000. Le pire timing de l'histoire moderne : pleine bulle Internet.

J'ai vu mon portefeuille s'effondrer de 2000 à 2003. Puis encore en 2008-2009. Deux krachs majeurs avant même d'avoir dix ans d'expérience. J'ai fait toutes les erreurs possibles : JDSU et autres valeurs technologiques surévaluées.

J'ai appris une leçon brutale : mon premier ennemi était moi-même. Mes émotions. Mon impatience. Ma cupidité.

La solution rassurante : les dividendes

Face à ces traumatismes, j'ai cherché la sécurité. Et je l'ai trouvée dans les aristocrates des dividendes :

  • Des entreprises qui versent des dividendes croissants depuis 25 ans ou plus
  • Des revenus réguliers, quoi qu'il arrive
  • Une stratégie défensive qui m'empêchait de paniquer

Ça a marché. Entre 2010 et 2017, cette stratégie m'a permis de traverser les turbulences sans stress et de progresser vers l'indépendance financière.

Je suis même devenu un évangéliste des dividendes, lançant dividendes.ch en 2010 pour partager cette approche.

Les signaux d'alarme (2015-2017)

Le marché a changé

Vers 2015-2017, j'ai commencé à observer des anomalies.

1. Les aristocrates des dividendes devenaient très chers

Les ratios P/E explosaient. Johnson & Johnson, Coca-Cola, McDonald's... Tous ces piliers défensifs se négociaient à des multiples historiquement élevés.

Pourquoi ? Parce que tout le monde voulait des dividendes. Les taux d'intérêt étaient à zéro. Les retraités cherchaient du rendement. La stratégie s'était popularisée.

Je me suis retrouvé à payer 25 à 30 fois les bénéfices pour des entreprises à croissance lente.

2. Certaines entreprises "ennuyeuses" surperformaient

En fouillant dans les données, j'ai découvert quelque chose de troublant : certaines entreprises que je ne considérais même pas — parce qu'elles ne payaient pas assez de dividendes — affichaient de meilleures performances.

Des boîtes "ennuyeuses" avec des valorisations basses (P/E inférieur à 15), des bilans solides, une croissance modeste, mais peu ou pas de dividendes. Pas toutes, bien sûr. Mais suffisamment pour me faire réfléchir.

3. Le coût fiscal, émotionnel et financier

En Suisse, les dividendes sont imposés comme des revenus. Je perdais une part non négligeable de mes dividendes en impôts.

Et psychologiquement ? Je passais mes journées à surveiller si une entreprise réduisait son dividende, et à réinvestir manuellement ces dividendes (avec des coûts de transaction à chaque fois).

J'étais devenu esclave de mes dividendes.

La révélation : ce que dit la science

Le moment "Ah merde"

En 2018-2019, j'ai commencé à creuser la littérature académique sur les dividendes. Non pas les blogs d'investisseurs amateurs, mais les études scientifiques publiées dans des revues à comité de lecture.

Ce que j'ai découvert m'a secoué : les dividendes ne créent pas de valeur supplémentaire.

C'est le théorème de Modigliani-Miller (Prix Nobel) : dans un monde sans frictions fiscales, le choix entre dividendes et rachats d'actions est neutre pour la valeur de l'entreprise.

Mais on vit dans un monde avec frictions :

  • Les dividendes sont immédiatement taxés
  • En Suisse, les plus-values ne sont pas taxées (pour les personnes physiques)
  • Les rachats d'actions sont donc bien plus efficaces fiscalement

En me focalisant sur les dividendes, je m'imposais une pénalité fiscale inutile.

Ce que montre vraiment la recherche

J'ai passé des mois à compiler les études. Les résultats sont dans mon livre "Les Déterminants de la Richesse".

Les facteurs qui prédisent vraiment la performance :

  1. Value : acheter pas cher (P/E, P/B bas)
  2. Quality : entreprises rentables et solvables
  3. Momentum : tendances de prix sur 6 à 12 mois
  4. Size : petites capitalisations
  5. Low volatility : actions peu volatiles

Vous remarquez ce qui manque ? Les dividendes.

Le dividende n'est pas un facteur de surperformance robuste. C'est un sous-produit d'autres caractéristiques — surtout value et quality. En me concentrant sur les dividendes, j'utilisais un proxy imparfait plutôt que les vrais facteurs.

Ma transition : du dividende au quantitatif (2017-2020)

Phase de transition (2017-2019)

Je n'ai pas changé du jour au lendemain. J'avais 17 ans de convictions à remettre en question.

J'ai d'abord élargi mon univers d'investissement : entreprises value qu'elles paient ou non des dividendes, focus sur le P/E, le P/B et le rendement sur fonds propres, avec moins d'attention au rendement du dividende.

Cette transition m'a préparé à la phase suivante, même si les performances n'étaient pas immédiatement spectaculaires.

Phase quantitative (2020-aujourd'hui)

À partir de 2020, j'ai systématisé mon approche.

1. Investissement factoriel systématique

J'ai construit des portefeuilles basés sur des backtests rigoureux : sélection multifactorielle (value + quality + momentum), rééquilibrage discipliné, élimination des biais émotionnels.

2. Résilience du portefeuille

Le vrai bénéfice est apparu lors des turbulences du début des années 2020. Mon portefeuille quantitatif value a mieux résisté aux baisses que le marché général. La diversification factorielle et la discipline de sélection ont payé quand ça comptait vraiment.

C'était la validation que j'attendais : cette approche n'était pas juste théorique, elle fonctionnait dans le monde réel.

Les dividendes ne sont plus ma cible. Ils sont la conséquence d'un bon investissement value.

Les résultats : une approche plus robuste

Je ne peux pas comparer directement mes performances dividendes (2010-2017) vs quantitatives (2020+). Les périodes de marché sont trop différentes — la décennie 2010 était exceptionnelle pour la bourse.

Ce que je peux dire :

Résilience

Mon approche quantitative a démontré sa robustesse lors des turbulences récentes. La diversification factorielle et la discipline systématique ont limité les pertes pendant les corrections de marché.

Diversification

Mon portefeuille contient maintenant plus de 50 titres de qualité value, et non plus seulement 20 à 30 aristocrates potentiellement surévalués.

Flexibilité

Je ne suis plus limité par le critère "doit payer des dividendes croissants". Mon univers d'investissement est bien plus large.

Pourquoi je ne regrette rien

Les dividendes m'ont aidé à me reconstruire

Je n'étais pas dans les dividendes pendant les krachs de 2000-2003 et 2008-2009. J'ai tout pris de plein fouet avec des stratégies bien plus risquées.

Mais après ces traumatismes, j'avais besoin de stabilité. Les dividendes m'ont offert cette béquille psychologique : voir des revenus tomber chaque trimestre, sentir que mon portefeuille "travaillait" pour moi même en période difficile.

Les dividendes étaient la bonne stratégie pour me remettre de ces épreuves.

Mais j'ai évolué

Aujourd'hui, j'ai 25 ans d'expérience. J'ai traversé deux krachs majeurs, commencé à devenir financièrement indépendant dès 2012, et appris à comprendre mes biais émotionnels. Je n'ai plus besoin de cette béquille psychologique.

Les dividendes sont comme les petites roues sur un vélo d'enfant. Essentielles pour apprendre. Limitantes une fois qu'on sait rouler.

Les dividendes pour le FIRE : le problème

Beaucoup dans la communauté FIRE ne jurent que par les dividendes. "Je vis de mes dividendes !" C'est sous-optimal, et voici pourquoi.

Problème n°1 : l'inefficience du capital

C'est le plus gros problème, rarement mentionné : pour vivre uniquement de dividendes, vous devez constituer un capital énorme.

Exemple simplifié : si vous avez besoin de 100'000 CHF par an et que le rendement dividende moyen est de 3%, le capital nécessaire est de 3'333'000 CHF. Avec un taux de retrait de 4% (retrait de capital), ce même besoin ne nécessite que 2'500'000 CHF.

Note : un taux de retrait fixe à 4% reste une approximation utile mais imparfaite Une approche adaptative comme la méthode VPW — Variable Percentage Withdrawal — est plus personnalisée : elle ajuste le taux de retrait selon votre âge, l'allocation de votre portefeuille et ses résultats réels.

Différence : 833'000 CHF, soit plusieurs années de travail supplémentaires pour atteindre le FIRE.

Pire encore : si vous ne touchez jamais au capital et vivez uniquement de dividendes, votre capital continue de croître pendant la retraite. Résultat ? Vous laissez un héritage confortable... mais vous n'aurez pas profité de votre propre argent.

Le FIRE, c'est partir tôt pour profiter de la vie. Pas travailler 5 ans de plus pour laisser des millions à vos héritiers.

Problème n°2 : l'inefficience fiscale

En Suisse, les dividendes sont soumis à l'impôt anticipé de 35%, puis imposés comme revenus au niveau cantonal et fédéral. Les plus-values, elles, ne sont pas taxées pour les personnes physiques — soit 0% d'impôt.

C'est un avantage fiscal considérable que la Suisse offre et que les investisseurs dividendes ignorent volontairement.

Problème n°3 : la concentration sectorielle

Les bons payeurs de dividendes se concentrent dans quelques secteurs : finance, utilities, consommation défensive. Vous vous retrouvez surpondéré sur ces secteurs et sous-diversifié par rapport au marché global.

Problème n°4 : l'illusion du "revenu passif"

Psychologiquement, recevoir 30'000 CHF de dividendes "semble" différent de vendre pour 30'000 CHF d'actions. Mais économiquement, c'est identique. Les deux réduisent votre patrimoine de 30'000 CHF. La seule différence ? L'impôt que vous payez sur les dividendes — et que vous évitez avec la vente d'actions.

Alors, quoi faire ?

Pour les débutants

Si vous débutez et que les krachs vous terrorisent : les dividendes peuvent être votre allié. Ils vous aideront à tenir psychologiquement, à ne pas vendre en panique. Mais sachez que vous payez une prime d'assurance sous forme d'impôts et de performance réduite.

Pour les intermédiaires

Si vous avez quelques années d'expérience : élargissez votre approche. Gardez quelques aristocrates si ça vous rassure, mais ajoutez des entreprises value de qualité, même si elles ne paient pas de dividendes.

Pour les avancés

Si vous visez l'optimisation maximale : passez au quantitatif. Investissement factoriel (value + quality + momentum), backtests rigoureux, élimination des biais, optimisation fiscale. C'est ce que je fais dans mes portefeuilles PFD & PP 2.x.

Le vrai message

Ne soyez pas dogmatique

Le plus grand danger dans l'investissement ? Le dogme. "Les dividendes, c'est la seule voie." "L'ETF monde passif, c'est la seule voie." "Le Bitcoin, c'est la seule voie." Aucune de ces affirmations ne résiste à l'analyse.

La meilleure stratégie dépend de votre niveau d'expérience, de votre psychologie, de votre horizon de temps, de votre situation fiscale et du contexte de marché. J'ai changé de stratégie trois fois en 25 ans. Et je changerai peut-être encore.

Évoluez avec les données

Ce qui m'a sauvé ? Être prêt à remettre en question mes convictions. Quand les données m'ont montré que je me trompais, je n'ai pas nié. J'ai changé.

C'était difficile. J'avais des années d'investissements dans les dividendes, un blog entier construit là-dessus, des lecteurs qui attendaient mes analyses de dividendes. Mais mon ego importe moins que mes résultats.

Conclusion : pourquoi j'ai quitté les dividendes

Les dividendes ne sont pas "mauvais". Ils sont juste sous-optimaux pour quelqu'un qui a de l'expérience, comprend ses émotions, optimise pour la performance après impôts et utilise une approche scientifique.

Je suis reconnaissant envers les dividendes. Ils m'ont aidé à me remettre de deux krachs. Ils m'ont permis d'atteindre l'indépendance financière.

Mais aujourd'hui, j'ai évolué. Avec le value investing quantitatif, j'ai une approche plus robuste, plus diversifiée, et plus alignée avec ce que dit la science de l'investissement.

Mon site s'appelle toujours dividendes.ch. Mais maintenant, vous savez pourquoi je ne me concentre plus uniquement sur les dividendes.

Et vous ? Êtes-vous prêt à remettre en question vos convictions ?

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Pourquoi abandonner les dividendes si la stratégie a bien fonctionné ?

Parce qu'une stratégie adaptée à un moment de votre vie ne l'est pas forcément pour toujours. Les dividendes m'ont aidé à me reconstruire psychologiquement après les krachs de 2000-2003 et 2008-2009. Mais avec l'expérience, la maîtrise émotionnelle et une meilleure compréhension de la science financière, continuer avec les dividendes revenait à payer une prime inutile — en impôts et en performance — sans bénéfice réel en retour.

Est-ce que les dividendes sont vraiment mauvais pour le FIRE ?

Pas "mauvais", mais sous-optimaux. Vivre uniquement de dividendes oblige à accumuler un capital 30 à 40% plus élevé qu'avec une approche de retrait sur capital (comme la méthode VPW). Cela représente plusieurs années de travail supplémentaires — à contre-courant de l'objectif du FIRE. À cela s'ajoute l'inefficience fiscale en Suisse, où les dividendes sont imposés comme des revenus alors que les plus-values sont exonérées.

Faut-il un taux d'épargne très élevé pour atteindre le FIRE ?

Non. L'idée reçue selon laquelle il faut épargner 50% ou plus de ses revenus pour atteindre l'indépendance financière est une simplification trompeuse. Un taux d'épargne autour de 20%, combiné à une bonne stratégie d'investissement et à la disparition des frais professionnels après le FIRE, suffit à atteindre l'indépendance financière en moins de 20 ans.

Qu'est-ce que le value investing quantitatif concrètement ?

C'est une approche systématique qui sélectionne des actions selon des critères objectifs et mesurables — valeur (P/E, P/B bas), qualité (rentabilité, solidité du bilan) et momentum (tendance des prix sur 6 à 12 mois) — en s'appuyant sur des backtests rigoureux. L'objectif est d'éliminer les biais émotionnels et de capter les primes de risque documentées par la recherche académique.

Peut-on encore investir dans les dividendes si on débutant ?

Oui, et c'est même une bonne approche de départ. Les aristocrates des dividendes offrent une stabilité psychologique précieuse quand on n'a pas encore traversé de krachs majeurs. L'essentiel est de savoir qu'il s'agit d'une étape, pas d'une destination, et d'évoluer vers des approches plus efficientes à mesure que l'expérience et la confiance s'accumulent.

Sources et données

  • Modigliani, F. & Miller, M. H. (1961). "Dividend Policy, Growth, and the Valuation of Shares". Journal of Business. — jstor.org
  • Fama, E. F. & French, K. R. (1993). "Common risk factors in the returns on stocks and bonds". Journal of Financial Economics. — sciencedirect.com
  • Jérôme, dividendes.ch. "Les Déterminants de la Richesse". — amazon.fr
  • Administration fédérale des contributions (AFC). Impôt anticipé sur les dividendes (35%). — estv.admin.ch
  • S&P Global. S&P 500 Dividend Aristocrats methodology. — spglobal.com

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