Donald Trump réclame le prix Nobel de la paix. Pourquoi pas. Après tout, l'homme a une conception assez personnelle de la paix — celle qu'on impose à coups de décrets, de menaces et de bombardements préventifs. Mais soyons honnêtes : s'il y a un Nobel qui lui tend les bras, c'est bien celui d'économie.

En à peine plus d'un an, il a réussi l'exploit de secouer la plus grande économie du monde — une économie qui était en pleine forme au moment où il prenait possession de la Maison-Blanche. Comme locataire, précisons-le, même s'il semble parfois l'oublier.
Premier acte : les tarifs douaniers. Un choc d'offre autoinfligé, sans ennemi extérieur à blâmer, sans crise à gérer — juste une décision souveraine de se tirer une balle dans le pied économique en espérant que ça fasse mal aux autres d'abord.
Deuxième acte : la guerre en Iran. Et avec elle, un choc pétrolier en bonne et due forme. Nouveau choc d'offre, nouvelle autoflagellation, nouvelle démonstration qu'on peut parfaitement créer une crise de toutes pièces quand on le décide vraiment.
Le génie de la méthode, c'est sa cohérence : dans les deux cas, personne ne l'y a forcé. Pas de pandémie, pas de subprimes, pas de dotcoms. Juste de la volonté politique pure et dure, appliquée avec constance à la destruction de valeur économique.
Pour ça, franchement, il mérite une récompense. Surtout quand on sait que le bonhomme a hérité d'au moins 400 millions de dollars de son père — millionnaire à 8 ans, selon le New York Times — et qu'il a tout de même réussi à faire faillite six fois, dont quatre fois avec des casinos. Faire perdre de l'argent à une maison de jeu : voilà un talent que peu peuvent revendiquer.
Il y a pile un an j'avais commencé le bilan du mois de mars avec cette citation du futur prix Nobel de l'économie :
"Les États-Unis sont sur le point de connaître un retour en force comme le monde n'en a jamais connu et n'en connaîtra peut-être jamais plus" (Trump devant le Congrès, 4 mars 2025)
Un an après on ne peut que lui donner raison : on n'avait jamais connu ça. Et on espère effectivement ne plus jamais le revivre. Mais les marchés, eux, ne philosophent pas — ils encaissent. Ou plutôt, pour être précis : ils décaissent. Voyons comment nos portefeuilles ont traversé ce mois de mars historique.
Performance du mois écoulé (portefeuilles et benchmarks - en CHF)
Comme l'indique notre page de statistiques, le PFD et le PP 2.x clôturent le mois de mars sur une correction assez sévère. Le MSCI Switzerland se fait encore plus secouer. A contrario, le S&P 500 a mieux résisté (on va voir tout de suite pourquoi) et l'indice mondial, très proche de l'indice américain en termes de composition, en a profité, tout comme le 60/40 "Boglehead".
| Portefeuille/Benchmark | Performance mars 2026 |
|---|---|
| PFD | -4.50% |
| PP 2.x | -4.26% |
| MSCI Switzerland | -6.02% |
| S&P 500 | -1.13% |
| Indice mondial | -2.43% |
| 60/40 "Boglehead" | -0.89% |
La relative bonne tenue du S&P 500 (en CHF) s'explique surtout par la forte remontée du dollar. En USD, le S&P a en effet plongé de 5.2%, soit presque autant que l'indice suisse. L'indice mondial en USD est même tombé plus bas, à -6.4%.
En temps normal, on pourrait se réjouir d'un dollar qui se redresse — il avait été fortement dévalué depuis janvier 2025 (-12%), un juste retour des choses en apparence. Sauf que cette fois, le dollar ne remonte pas pour les bonnes raisons. En 2025, sous les tarifs, il avait perdu son statut traditionnel de valeur refuge : quand les marchés plongeaient, le dollar plongeait avec eux — du jamais vu depuis des décennies. En mars 2026, il remonte, mais uniquement parce que la guerre en Iran provoque un choc pétrolier : les barils se négociant en dollars, la demande de billets verts grimpe mécaniquement.
Pendant ce temps, les taux obligataires montent eux aussi — non pas cette fois uniquement parce que les investisseurs fuient l'Amérique, mais surtout parce que le choc pétrolier ranime l'inflation et que la Fed ne peut plus baisser ses taux, voire pourrait les remonter. Résultat : dollar en hausse et obligations en baisse simultanément, une configuration qui n'a rien de rassurant. C'est une crise qui cumule risque inflationniste et risque de récession — la stagflation, cauchemar absolu des banques centrales.
Paradoxalement, la relative bonne tenue du S&P 500 et de l'indice mondial en CHF ce mois-ci n'est donc pas une bonne nouvelle : elle est le reflet d'un dollar qui monte pour de mauvaises raisons, dans un contexte de stagflation naissante. Un vernis de performance qui cache une détérioration de fond.
Détail des stratégies du PFD (mois écoulé - en CHF)
- Blue Chips : performance négative mais relativement contenue (-0.80%), grâce aux vertus défensives de la stratégie et à la force relative du dollar.
- Trading Auto Signal : mois plus compliqué que d'habitude (-2.81%), en léger retrait par rapport à son indice de référence, le S&P 500.
- Actions internationales : les titres ont été fortement chahutés avec de très grosses baisses en particulier parmi certaines micro caps. Grâce à la couverture dynamique (+18%), la stratégie finit malgré tout à -2.5%, ce qui est relativement bien tenant compte du contexte et de la volatilité des actions qui composent cette approche.
- Or : l'or a subi la double pression d'un dollar en hausse et de taux remontants — deux facteurs historiquement défavorables — ce qui a conduit à l'activation du signal de sortie en cours de mois. La stratégie clôture donc en repli de -14%, alors que l'or a rebondi juste après pour finir le mois à -8% : un possible faux positif — mais les semaines à venir, d'ici au prochain rééquilibrage, nous diront si la sortie était effectivement prématurée, ou si la correction se poursuit. Ce type de situation est inhérent à toute stratégie défensive : on sacrifie parfois du rendement à court terme pour éviter les corrections sévères. Malgré ce revers, la stratégie or reste en territoire positif depuis le début de l'année avec +1.35%, contre -3.48% pour le S&P 500.
- Immobilier suisse : même cette stratégie, habituellement défensive et décorrélée, a souffert (-2.7%).
- Actions suisses : performance décevante (-4.37%) mais meilleure que son indice de référence.
- Obligations suisses : pas de miracle non plus du côté obligataire, avec -1.38%.
- Bitcoin : le seul miracle est ici, et c'est sans doute le plus grand paradoxe de ce mois : à part la couverture dynamique et le cash, le bitcoin est le seul de tous les actifs et stratégies à avoir joué le rôle de valeur refuge (+3.7%).
La position cash a fortement progressé et se situe désormais à 33% du PFD. J'ai commencé à effectuer les premiers achats d'une nouvelle sous-stratégie des "Actions internationales" que j'avais évoquée le mois dernier. En revanche j'ai soldé plusieurs autres actions, notamment du fait de l'indicateur MM-UI, ce qui a mécaniquement fait fortement progresser les liquidités.
Autres statistiques
Pour les autres statistiques de nos deux portefeuilles (volatilité, ratio de Sharpe, perte maximale, corrélations et résultats à plus long terme) veuillez consulter notre nouvelle page dédiée.
Malgré cette forte dernière baisse, depuis le début de l'année, le PFD (+3.22%) et le PP 2.x (+1.69%) tiennent encore bien le coup par rapport aux autres indices (MSCI Switzerland -1%, S&P 500 -3.48%, indice monde -0.9%).
La performance annualisée indiquée du PFD (+12%) est désormais légèrement en dessous des trends historiques constatés dans mes backtests. En revanche, il faut pour l'instant prendre avec des pincettes celle affichée pour le PP 2.x (+20%), les statistiques live de ce PF n'étant calculées que depuis le 25.07.2025. À plus long terme, le CAGR devrait plutôt avoisiner les +10%.
Conclusion
Mars 2026 restera dans les annales comme un nouveau choc auto-infligé : après les tarifs douaniers, un choc pétrolier issu de la guerre en Iran. Ce cocktail stagflationniste — inflation relancée combinée à une croissance en berne — constitue l'environnement le plus difficile qui soit pour les portefeuilles traditionnels. Les obligations souffrent quand l'inflation monte. Les actions souffrent quand la croissance ralentit. Et les banques centrales se retrouvent les mains liées, incapables de baisser les taux sans alimenter davantage la hausse des prix.
Dans ce contexte, la résistance du PFD et du PP 2.x depuis le début de l'année illustre l'importance d'une diversification réelle et d'une gestion active des risques. Durant ce mois de mars, la sortie de l'or dans le PFD s'est révélée prématurée à très court terme, mais ce type de faux positif est inhérent à toute stratégie défensive : mieux vaut un signal d'alerte parfois trop tôt qu'une correction sévère sans filet. C'est précisément ce que j'appelle l'antifragilité appliquée à la gestion de portefeuille : accepter une légère inefficacité ponctuelle pour gagner en robustesse systémique.
Le paradoxe bitcoin mérite également d'être noté : dans un environnement où presque tous les actifs corrèlent à la baisse, la cryptomonnaie a tenu le rôle que l'or était censé jouer. Une donnée isolée ne fait pas une tendance structurelle, mais c'est un signal à surveiller dans les prochains mois.
Avec une position cash de 33%, les prochaines semaines seront déterminantes pour distinguer une correction technique d'un repricing plus profond. Cette réserve de liquidités n'est pas une posture défaitiste — c'est une munition offensive, prête à être déployée.
Questions fréquentes
Pourquoi le S&P 500 a-t-il mieux résisté en CHF qu'en USD en mars 2026 ?
En USD, le S&P 500 a en réalité plongé de 5.2% en mars 2026. Sa bonne tenue apparente en CHF (-1.13%) s'explique exclusivement par la remontée du dollar, elle-même causée par le choc pétrolier lié à la guerre en Iran : les barils étant libellés en dollars, la demande de billets verts a mécaniquement augmenté. Ce n'est donc pas une bonne nouvelle, mais un effet de change trompeur masquant une détérioration réelle des marchés américains.
Qu'est-ce que la stagflation et pourquoi est-elle redoutée par les banques centrales ?
La stagflation désigne la coexistence d'une inflation élevée et d'une croissance économique faible ou négative. C'est l'environnement le plus difficile pour les banques centrales car leurs outils sont contradictoires : monter les taux pour contenir l'inflation aggrave la récession, et baisser les taux pour soutenir la croissance alimente davantage la hausse des prix. Pour les portefeuilles, c'est également le pire des scénarios : les actions souffrent du ralentissement économique, les obligations souffrent de la hausse des taux, et peu de classes d'actifs jouent réellement leur rôle de protection.
Pourquoi le bitcoin a-t-il progressé alors que presque tous les actifs étaient en baisse ?
En mars 2026, le bitcoin (+3.7%) a paradoxalement joué le rôle de valeur refuge que l'or n'a pas pu tenir. Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer : son indépendance vis-à-vis des banques centrales le rend attractif en contexte de défiance institutionnelle, et sa liquidité mondiale lui permet de capter des flux de capitaux en fuite rapide. Il ne s'agit pas nécessairement d'une tendance structurelle, mais d'un signal que la diversification vers les actifs décorrélés — y compris les cryptomonnaies — mérite d'être prise au sérieux dans un portefeuille FIRE.
La sortie de l'or en cours de mois était-elle une erreur ?
À très court terme, oui : l'or a rebondi juste après le signal de sortie pour finir le mois à -8%, contre -14% pour la stratégie. Mais juger une stratégie défensive sur un seul événement serait une erreur méthodologique. La stratégie reste en territoire positif depuis le début de l'année (+1.35%), ce qui valide son utilité globale. Les faux positifs sont le prix à payer pour éviter les corrections sévères.
Que signifie une position cash de 33% dans le PFD ?
Une position cash de 33% n'est pas une capitulation ni un aveu d'impuissance — c'est une décision tactique active. Elle résulte de la combinaison de plusieurs signaux de sortie et représente une réserve de munitions prête à être déployée. Dans un environnement de stagflation et d'incertitude élevée, conserver des liquidités permet de saisir des points d'entrée opportunistes sans être contraint de vendre d'autres positions à perte. C'est la flexibilité au service de la performance à long terme.
Sources et données
- Statistiques portefeuilles PFD et PP 2.x : dividendes.ch/stats
- New York Times — enquête sur l'héritage reçu par Donald Trump de son père Fred Trump
- Données de performance indices (MSCI Switzerland, S&P 500, indice mondial) : FactSet
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