Le marché est passé en l'espace de seulement quelques semaines d'un état dépressif à un état euphorique. La guerre en Iran et ses répercussions sur le pétrole et les taux ont créé une séquence de signaux contradictoires : d'abord un choc de volatilité qui a déclenché certaines protections défensives, puis un retournement brutal avec le cessez-le-feu du 8 avril, puis la réouverture partielle du détroit d'Ormuz, propulsant les marchés mondiaux vers de nouveaux records. Le S&P 500 signe ainsi son meilleur mois depuis 2020, clôturant même pour la première fois au-dessus des 7'200 points.
Le PFD, comme toute stratégie défensive bien calibrée, a encaissé le choc initial mieux que ses benchmarks, mais a manqué le rebond en V.

C'est le coût structurel d'avoir des stratégies défensives dans un régime Trump. Le problème c'est qu'on ne peut pas filtrer ce bruit à l'avance sans introduire de la discrétion dans un système qui tire précisément sa force d'être mécanique. Ce n'est pas la première fois : on a déjà vécu la même chose en 2025 avec les tarifs, et en décembre 2018 avec ses tweets contre la Chine.
Le PFD est en quelque sorte neutralisé à court terme, dans les deux sens (hausse/baisse). C'est le paradoxe d'une stratégie multi-couches dans un régime d'incertitude extrême — les protections se compensent mutuellement et se retrouvent quasi-stationnaires quelle que soit la direction du marché.
Il faut aussi rappeler un élément structurel important : la corrélation du PFD avec le marché est de 0.57. Un portefeuille faiblement corrélé ne suit pas les marchés à la hausse — il suit son propre chemin. C'est précisément ce qui lui permet d'amortir les chocs quand les marchés s'effondrent.
Dans un régime de bulle IA et de bull market à momentum concentré, battre un indice par l'allocation d'actifs devient structurellement difficile. Quand le S&P 500 est tiré par une poignée de méga-caps technologiques qui progressent comme des fusées, aucune diversification raisonnée ne peut rivaliser à court terme. Ce n'est pas une faiblesse du système — c'est la mécanique des marchés en phase euphorique. La vraie question n'est pas de savoir si le PFD suit le rallye, mais ce qui se passera quand le rallye s'arrêtera.
Performance du mois écoulé (portefeuilles et benchmarks - en CHF)
Comme l'indique notre page de statistiques, le PFD et le PP 2.x clôturent le mois d'avril sur des résultats contrastés. Le MSCI Switzerland a en revanche bien tiré son épingle du jeu. Mais le vrai exploit se trouve chez les indices mondiaux et surtout américains.
| Portefeuille/Benchmark | Performance avril 2026 |
|---|---|
| PFD | -0.16% |
| PP 2.x | +1.37% |
| MSCI Switzerland | +1.98% |
| S&P 500 | +8% |
| Indice mondial | +6.71% |
| 60/40 "Boglehead" | +3.09% |
Contrairement au mois dernier, le dollar n'a pas aidé le S&P 500 (en CHF). Au contraire, celui-ci a même fondu de plus de 1% face au CHF. Ceci rend cette remontée d'autant plus spectaculaire. J'avais dit il y a un mois que la remontée du dollar offrait au S&P un vernis de performance qui cachait une détérioration de fond. De toute évidence, à court terme du moins, je me suis trompé. On verra ce que cela donne les prochains mois.
Détail des stratégies du PFD (mois écoulé - en CHF)
Stratégie or : un mois difficile, une leçon utile
Avril a été un mois compliqué pour la stratégie sur l'or (-5.2%). Le 24 mars, le signal de sortie s'est déclenché — les taux américains à court terme ont brièvement bondi — puis le marché a fait exactement l'inverse de ce qu'anticipait la chaîne causale : détente des taux, or qui rebondit. Vendu trop bas, racheté plus haut, avant que l'or ne reflue à nouveau. C'est ce qu'on appelle un whipsaw.
Première réaction naturelle : abandonner ou changer la stratégie. Mauvaise idée.
Une stratégie défensive a, par construction, un coût : elle génère occasionnellement de faux signaux. C'est le prix de la protection. Exactement comme la moyenne mobile à 200 jours — que j'évoque dans mon article sur les stratégies défensives — qui vous fait sortir du marché quelques semaines trop tôt ou trop tard lors des retournements. Ce coût de friction est connu, documenté, et déjà intégré dans les performances historiques. La stratégie, dans sa version originale, surperforme largement le GLD en buy & hold sur 26 ans. Un mauvais mois ne remet pas ça en question.
La vraie question n'est donc pas "faut-il abandonner la stratégie ?" mais "peut-on l'améliorer sans en changer les fondements ?"
La réponse est oui — à une condition stricte : que l'amélioration repose sur une logique économique indépendante de l'épisode douloureux, et qu'elle soit validée sur des données historiques antérieures, notamment 2008.
C'est ce que j'ai fait. J'ai ajouté une couche supplémentaire qui s'inspire de l'approche MM-UI (combinaison moyenne mobile / taux de chômage) que j'utilise par ailleurs dans le PFD : un filtre technique qui confirme ou infirme le signal macro avant de déclencher la sortie. Le signal fondamental — basé sur les taux Treasury — n'est pas modifié. Il est simplement mieux encadré.
Conformément au signal, j'ai repris position à la mi-avril.
Blue Chips
Bonne performance, avec +1.99%.
Trading Auto Signal
Un nouveau mois compliqué (-1.77%), surtout par rapport à son indice de référence le S&P 500. Comme la stratégie or, le TAS souffre depuis 2 mois à cause des signaux contradictoires du marché.
Actions internationales
Les stratégies des actions internationales ont relativement bien fonctionné mais elles ont été fortement pénalisées par la couverture dynamique QLD/TZA, TZA étant resté activé durant presque tout le mois. Au final, pour l'ensemble de la stratégie, le résultat est décevant, avec -2%.
Immobilier suisse
L'immobilier suisse a contribué à sauver les meubles, avec une très bonne performance (+4.7%).
Actions suisses
Après un dernier mois compliqué, la stratégie "Actions suisses" a connu un superbe mois d'avril, avec +7.23%, une performance bien meilleure même que son indice de référence.
Obligations suisses
Presque à l'équilibre, avec -0.13%.
Bitcoin
Comme le mois dernier, la stratégie "Bitcoin" réalise des prouesses, avec +7.39%.
Le cash
La position cash se situe désormais à 15% du PFD, ce qui nous laisse toujours des munitions si besoin.
La conclusion de ce mois particulier
La relative bonne nouvelle cachée derrière ce mois difficile c'est que plusieurs composantes ont suivi ou battu le marché helvétique sur avril. Cela confirme que le moteur quantitatif fonctionne. La sous-performance globale du PFD vient des couches défensives (en particulier l'or, le Trading Auto Signal et la couverture dynamique QLD/TZA), pas du stock picking. Des strats décorrélées qui traînent dans un rallye risk-on, c'est exactement ce qu'elles sont censées faire — elles protégeront quand les autres chuteront.
Autres statistiques
Pour les autres statistiques de nos deux portefeuilles (volatilité, ratio de Sharpe, perte maximale, corrélations et résultats à plus long terme) veuillez consulter notre nouvelle page dédiée.
Depuis le début de l'année, le PFD (+3.06%) et le PP 2.x (+3.08%) tiennent bien le coup par rapport au MSCI Switzerland (+0.96%). En revanche, suite à ce mois incroyable sur les actions américaines et mondiales, ils prennent désormais du retard sur le S&P 500 (+4.24%) et l'indice mondial (+5.75%). Reste à savoir si ce rebond extraordinaire est viable sur le long terme. Comme je l'ai écrit tout récemment, il y a plusieurs red flags qui commencent à s'accumuler et, dans ce contexte, mieux vaut rester prudent.
La performance annualisée indiquée du PFD (+11.23%) est désormais légèrement en dessous des tendances historiques constatées dans mes backtests. Il faut par ailleurs toujours prendre avec des pincettes celle affichée pour le PP 2.x (+19.81%), les statistiques live de ce portefeuille n'étant calculées que depuis le 25.07.2025. À plus long terme, le CAGR devrait plutôt avoisiner les +10%.
Conclusion
Avril illustre parfaitement la tension inhérente à toute stratégie défensive dans un marché en mode risk-on : on paye un coût de friction visible — la sous-performance — pour une protection invisible, qui ne se révèle que lors des corrections. Ce coût est réel. Il est aussi délibéré.
Le mois confirme deux choses. D'abord, que le moteur quantitatif tourne : les actions suisses, le bitcoin et l'immobilier helvétique ont tenu ou battu leur benchmark. La sous-performance globale vient des couches défensives, pas du stock picking — c'est une distinction qui compte. Ensuite, que la discipline mécanique reste le seul rempart contre les biais comportementaux qu'un mois comme avril génère naturellement : l'envie de modifier, d'optimiser à chaud, de rattraper le marché. La seule modification apportée ce mois — le filtre technique sur la stratégie or — repose sur une logique économique préexistante validée historiquement, pas sur la douleur du whipsaw.
Les red flags macroéconomiques s'accumulent. Le rebond en V du S&P 500 est spectaculaire ; sa durabilité reste à démontrer. Dans ce contexte, un portefeuille à 0.57 de corrélation, avec 15% de cash, n'est pas en retard — il est en position.
Sources et données
- Statistiques portefeuilles PFD et PP 2.x : dividendes.ch/stats
- Données de performance indices (MSCI Switzerland, S&P 500, indice mondial) : FactSet
- S&P 500 meilleur mois depuis 2020, première clôture au-dessus de 7'200 points : CNBC, 1er mai 2026
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Salut Jérôme,
j’attendais avec impatience de lire ta publication sur ce mois d’avril.
Le marché réagit toujours encore au bruit généré par le « grand blond », alors qu’il vaut mieux ignorer tout ce bruit, justement parce que ça n’est que du bruit et que, si tu fais un bruit effrayant à côté d’un troupeau de moutons, ils se mettront tous à courir dans la même direction.
Merci d’avoir partagé ton analyse et bravo pour ta performance.
« si tu fais un bruit effrayant à côté d’un troupeau de moutons, ils se mettront tous à courir dans la même direction » > je l’encadre ! 🙂
On est en plein dans la théorie des marchés (in)efficients… https://www.dividendes.ch/2015/03/une-petite-ballade-au-hasard/