Juillet 2026 aura été un mois de faux calme. Wall Street a été portée par la publication trimestrielle de Microsoft (bond de près de 9% hors séance, prévisions de cloud relevées, capex 2026 revu à la baisse), la Fed de Kevin Warsh a maintenu sa pause tout en réaffirmant son objectif d'inflation à 2%, et les tensions au Moyen-Orient ont continué de soutenir le pétrole. Mais la fin du mois a rappelé que l'appétit pour le risque reste fragile : le Kospi sud-coréen a chuté de plus de 6% en une séance, entraînant l'ensemble de la tech asiatique dans son sillage.

Résultat, un mois en ordre dispersé où l'indice mondial (-0.65%) et le 60/40 "Boglehead" (-0.97%) reculent. Le PFD cède -0.74% et le PP 2.x -0.42%, deux replis modérés qui doivent presque tout à un mois où les rôles se sont inversés par rapport à juin : cette fois, ce sont l'or et le bitcoin qui ont protégé le portefeuille, tandis que les actions suisses ont lourdement chuté malgré un indice de référence dans le vert.
Table des matières
Performance du mois écoulé (portefeuilles et benchmarks, en CHF)
Comme l'indique notre page de statistiques, le PFD et le PP 2.x terminent le mois de juillet en repli, dans un contexte où la plupart des indices de référence font également du surplace ou reculent.
| Portefeuille/Benchmark | Performance juillet 2026 en CHF |
|---|---|
| PFD | -0.74% |
| PP 2.x | -0.42% |
| MSCI Switzerland | +0.54% |
| S&P 500 | +0.08% |
| Indice mondial | -0.65% |
| 60/40 "Boglehead" | -0.97% |
Détail des stratégies du PFD (mois écoulé, en CHF)
Le mois de juillet inverse presque terme à terme la configuration de juin. Les deux actifs de diversification, tant décriés le mois dernier, redeviennent des moteurs positifs : le bitcoin rebondit nettement (+4.87%) et l'or progresse à son tour (+0.91%), porté par les tensions géopolitiques persistantes et par une pause de la Fed qui a brièvement soutenu les métaux précieux.
Les Blue Chips terminent également bien orientées (+2.55%). Le Trading Auto Signal recule en revanche (-1.44%). Les Actions internationales cèdent aussi du terrain (-1.21%). L'Immobilier suisse reste quasiment stable (+0.17%).
La vraie surprise du mois vient des Actions suisses, en net repli (-5.76%), alors que le MSCI Switzerland termine dans le vert (+0.54%). Cet écart de plus de six points entre la stratégie factorielle et l'indice pondéré par la capitalisation rappelle, en miroir, la mécanique déjà observée en juin sur d'autres marchés : un indice porté par une poignée de grandes capitalisations peut très bien progresser pendant qu'une sélection de titres recule. J'y reviens plus bas, à la lumière des données de notre nouvelle page de valorisation.
| Stratégie | Performance juillet 2026 en CHF |
|---|---|
| Bitcoin | +4.87% |
| Blue Chips | +2.55% |
| Or | +0.91% |
| Immobilier suisse | +0.17% |
| Actions internationales | -1.21% |
| Trading Auto Signal | -1.44% |
| Actions suisses | -5.76% |
Le cash
La position cash s'établit à 25.12% du PFD, en hausse par rapport au mois précédent (22.29%). Cette réserve de liquidités continue de refléter une posture prudente face à des valorisations qui restent tendues sur les segments les plus recherchés du marché (on y revient plus loin). Elle offre au portefeuille la marge de manœuvre nécessaire pour saisir les opportunités qui se présenteront, correction généralisée ou retour en grâce des approches factorielles.
Mise en perspective : l'assurance qui rembourse enfin
En juin, l'or et le bitcoin avaient coûté cher au PFD pendant que les actions suisses portaient le portefeuille. En juillet, c'est très exactement l'inverse. Cette bascule n'a rien d'un hasard statistique isolé, elle illustre le principe même de la diversification : des actifs peu corrélés entre eux ne rendent pas service tous les mois, mais ils changent de rôle au fil du temps, et c'est précisément cette rotation qui réduit le risque du portefeuille dans la durée. Le mois où l'assurance ne sert à rien est suivi, tôt ou tard, du mois où elle rembourse.
Le repli des Actions suisses (-5.76%) alors que le MSCI Switzerland progresse (+0.54%) mérite un mot d'explication, à la lumière des données de notre page Valorisation des marchés actions, lancée ce mois-ci (voir la section suivante). Le marché suisse reste dominé, comme le marché américain, par un nombre restreint de très grandes capitalisations, et un indice pondéré par la capitalisation peut avancer sur la seule force de ces quelques titres pendant qu'une stratégie factorielle, moins concentrée et davantage exposée aux petites et moyennes valeurs, recule.
C'est la même mécanique qui expliquait, en juin, la sous-performance des stratégies factorielles par rapport au marché. Rien n'indique que ce régime va tourner à brève échéance, mais l'histoire montre qu'il finit toujours par le faire.
Nouveautés sur le site
Sur la page de statistiques, vous retrouverez désormais le détail de la performance de chaque stratégie du PFD ainsi que l'historique complet de mon portefeuille depuis 2010.
Sur la page du PP 2.x, un outil de suivi et de rebalancement calcule, à partir d'un montant visé, le nombre de titres par ETF à acheter ou à vendre; les membres peuvent enregistrer leur montant et leurs positions d'une visite à l'autre.
Le screener FCF Yield, présenté dans la série "La guerre des ratios", se met à jour automatiquement chaque semaine sur l'univers des actions européennes.
La page rendement et corrélations des classes d'actifs couvre quant à elle un historique remontant à 2004, également actualisé chaque semaine.
La nouveauté principale du mois est la mise en ligne de la page Valorisation des marchés actions. Elle mesure chaque semaine l'écart de valorisation entre le décile d'actions le plus cher et le décile le plus abordable du marché (mesuré sur le ratio prix/ventes), ainsi que la prime ou la décote payée pour trois facteurs suivis séparément en Europe et aux États-Unis : la value, la qualité et le momentum.
Au 27 juillet 2026, l'écart américain ressort à 86.4x (en baisse de 7.2% par rapport au relevé précédent). Malgré ce récent repli, cet écart reste très élevé du point de vue historique. L'écart européen se situe quant à lui à 73.9x (en hausse de 3.6%). L'écart de valorisation sur le vieux continent est certes élevé par rapport au passé, mais dans une proportion moindre qu'aux USA. Le niveau absolu de valorisation demeure par ailleurs plus abordable en Europe (P/S médian à 1.48) qu'aux États-Unis (2.35).

Le récent reflux US pourrait indiquer un début de retour à la normalité et donc de retour en grâce des stratégies factorielles, notamment value. Mais rien ne nous assure à ce stade qu'il s'agisse d'un mouvement de fond. Affaire à suivre donc.
Cette concentration du marché sur une poignée de très grandes capitalisations, technologiques en tête, n'est pas propre au seul mois de juillet : elle pèse sur les approches factorielles, et donc sur le PFD, depuis plusieurs mois déjà.
Du côté des facteurs, la décote payée pour la value européenne se situe à un niveau plus profond que d'habitude (29e centile de son histoire depuis 2007), tandis que la prime versée pour le momentum est au contraire plus élevée que la normale (67e centile). Aux USA c'est la qualité qui se paie très cher actuellement.

Ce nouvel outil permet de suivre, semaine après semaine et en français, un terrain jusqu'ici couvert presque uniquement par des maisons institutionnelles anglophones.
Autres statistiques
Pour les autres statistiques de nos deux portefeuilles (volatilité, ratio de Sharpe, perte maximale, corrélations et résultats à plus long terme), veuillez consulter notre page dédiée.
Depuis le début de l'année, le PFD (+1.75%) et le PP 2.x (+5.78%) restent en retrait du MSCI Switzerland (+9.39%), et plus nettement encore du S&P 500 (+12.38%) et de l'indice mondial (+13.05%).
La performance annualisée affichée du PFD (+8.84%) demeure en dessous des tendances historiques constatées dans mes backtests, et reste, pour un second mois consécutif, sous celle du MSCI Switzerland (+11.08%). Ce retard reflète la concentration persistante du marché autour de quelques mega caps évoquée plus haut, un régime qui pénalise structurellement les stratégies factorielles.
Sur l'ensemble d'un cycle et en rendement ajusté du risque, l'avantage du PFD reste intact. Il faut par ailleurs toujours prendre avec des pincettes la performance annualisée du PP 2.x (+17.51%), ses statistiques live n'étant calculées que depuis le 25.07.2025 : à plus long terme, le CAGR devrait plutôt avoisiner les +10%.
Le graphique de l'évolution des portefeuilles (PFD et PP 2.x) depuis leurs lancements respectifs, face au MSCI Switzerland, est disponible sur la page de statistiques, tout comme les graphiques détaillés par stratégie du PFD, désormais en ligne.
Conclusion
Juillet 2026 offre une belle illustration du principe de diversification en action : les actifs qui avaient pesé sur le PFD en juin, l'or et le bitcoin, sont ceux qui l'ont soutenu ce mois-ci, pendant que les actions suisses prenaient le relais du côté des mauvaises surprises malgré un indice de référence positif. Avec une réserve de liquidités portée à 25.12%, le portefeuille conserve les moyens d'agir si les valorisations venaient à se détendre. Le mois marque aussi le lancement de la page Valorisation des marchés actions, qui permettra désormais de suivre semaine après semaine l'ampleur de ces écarts entre grandes capitalisations et reste du marché. La patience demeure la première vertu de l'investisseur systématique.
Sources et données
- Statistiques portefeuilles PFD et PP 2.x : dividendes.ch/stats
- Données de performance des indices (MSCI Switzerland, S&P 500, indice mondial, 60/40) : FactSet
- Écarts de valorisation et valorisations relatives par facteur : dividendes.ch/valorisation-marches-actions
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L’article a l’air plus court que d’hab, Jérôme, et je m’en réjouissais, mais je réalise que je devrai creuser plein de trucs 😉
Un ami qui suit de près ce qui se passe avec l’or m’a passé cette vidéo (que je n’ai pas encore regardée) qui pourrait engendrer une revalorisation de l’or d’après ce qu’il m’en a dit ?! https://www.youtube.com/watch?v=uzQPRVMnKMs
Curieux d’avoir ton avis là dessus.
Salut Pedro,
Merci pour le retour. « Plus court » c’était du deuxième degré, rassure-moi :-). Pour un bilan mensuel ce n’est peut-être pas le record, mais on doit s’en approcher.
D’abord deux remarques sur la vidéo que tu as partagée, puis mon avis sur la question de la valorisation.
D’abord, la question selon laquelle une dévaluation monétaire se traduit par de l’inflation nominale n’a rien de nouveau : c’est un raisonnement bien établi, popularisé depuis longtemps (J.Siegel, Dalio, Lyn Alden, etc.), et c’est justement la raison pour laquelle on investit dans des actifs comme les actions, l’immobilier ou l’or pour se protéger de ce phénomène. Je ne vais pas m’attarder là-dessus.
Sur le mécanisme du « paper gold » lui-même, la thèse repose sur une hypothèse forte : que l’arbitrage entre le prix papier et le prix physique puisse se rompre durablement. Historiquement, les épisodes de tension (le « silver squeeze » de janvier 2021, avec des primes supérieures à 30% sur les Silver Eagles et des négociants en rupture de stock) se sont résorbés en quelques semaines. Cela dit, l’exemple récent de l’argent montre qu’une raréfaction physique réelle peut, elle, produire une revalorisation durable : les stocks LBMA ont fondu de près de 40% depuis 2021, et le métal a été multiplié par plus de deux entre mi-2025 et début 2026.
Autrement dit, la thèse de Jay Martin n’est pas absurde, mais elle relève d’un pari sur un scénario, pas d’un cadre de valorisation. Elle mérite d’être suivie, sans en faire le pilier d’une allocation. Pour ma part, deux arguments me semblent nettement plus solides.
D’abord, il faut rappeler que l’or n’a pas de valeur intrinsèque (contrairement à une action, qui représente une part de bénéfices futurs, ou une obligation, qui représente un flux de coupons). C’est davantage une monnaie d’échange, comme le formulait Jean-Marie Eveillard : sa particularité est de ne pas pouvoir être dévaluée, à la différence des monnaies fiduciaires. Cette absence de valeur intrinsèque rend son évaluation intrinsèquement difficile : on ne peut pas calculer un « juste prix » comme pour une entreprise via ses cash-flows.
Un des moyens pour évaluer l’or reste de le comparer au marché actions, via le fameux ratio Dow/Gold (combien d’onces d’or faut-il pour « acheter » le Dow Jones).
Malgré une tendance plutôt favorable à l’or depuis les années 2000 (soit ces 26 dernières années), l’or reste dans une fourchette où il demeure relativement bon marché par rapport aux actions, et c’est d’autant plus vrai depuis sa correction de ce début d’année. C’est contre-intuitif, car on entend depuis des années que l’or bat record sur record (sauf justement en 2026).
Mais au-delà de la question de valorisation, souvent au cœur des débats, il y a un point plus important que beaucoup de gens négligent : l’or est avant tout un formidable outil de diversification. C’est l’une des seules classes d’actifs qui affiche une corrélation quasi nulle avec toutes les autres (actions, obligations, immobilier). C’est cette caractéristique, plus que sa valorisation ponctuelle, qui justifie sa présence dans un portefeuille : elle permet un meilleur équilibre global, sans nécessairement sacrifier la performance. On en revient à Claude Shannon, que tu connais bien 🙂
Les nouveaux outils concernant les valorisations sont vraiment intéressants! La différence relative de valorisation pour les actions qualité entre Europe et US est vraiment étonnant!
Pour la Valorisation relative par facteur, qu’entends tu par « fourchette habituelle »? Quelque chose comme entre le 15ème et 85ème décile?
Merci William. Deux notions distinctes se cachent ici. Le décile dont on parle pour définir un facteur porte sur les actions : les 10% de titres retenus par le facteur contre les 10% écartés. La fourchette colorée du graphique porte, elle, sur le temps : c’est l’intervalle dans lequel ce rapport s’est tenu la plupart des semaines depuis 2007, en écartant les 10% de relevés les plus bas et les 10% les plus hauts de toute la série, donc du 10e au 90e centile de l’historique. Tout est expliqué sous le graphique sur la page dédiée. Le trait blanc marque la valeur médiane sur cette période, le cercle la valeur d’aujourd’hui.